Elena Ferrante : Celle qui fuit et celle qui reste (L'amie prodigieuse III)

Celle qui fuit et celle qui reste  L’amie prodigieuse III.

(Époque intermédiaire)    par    Elena Ferrante.

Gallimard/ du monde entier (2017) 479 pages ; Folio (2018) 544 pages.Traduit de l’italien par Elsa Damien.

Titre original : Storia di chi fuge et di chi resta (L’Amica geniale. Volume terzo).

 

 

 

Elena Greco, la narratrice, m’a repris dans son récit et j’ai à nouveau plongé dans cette histoire tellement napolitaine mais aussi italienne, histoire d’amitié, d’amours mais aussi sociale et politique de la fin du XXe siècle. On le sait, Elena Ferrante n’est pas le vrai nom de l’auteure de cette saga, L’amie prodigieuse, maintenant adaptée en série télé, mais le talent de celle qui écrit ne se dément pas.

 

 

Avant de replonger dans le passé, Elena (Lenuccia ou encore Lenù) se situe en 2010 et dit que la dernière fois qu’elle a rencontré son amie, Raffaella Cerullo, appelée plutôt Lina ou Lila, c’était en 2005. Retrouvant Naples, sa ville natale et son dialecte, elle constate : « Quand je rentrais de Pise, le gratte-ciel de la gare, loin de symboliser le renouveau d’une communauté, ne me semblait plus qu’une preuve supplémentaire de son inefficacité. » Elle ajoute même : « une ville faite d’un feuilleté de plus en plus friable. »

 

 

Si Lila ne veut pas qu’elle écrive sur elle, c’est raté ! En effet, c’est parti et nous voilà quarante ans plus tôt pour prendre la suite de leur jeunesse avec cet âge adulte, cette Époque intermédiaire, comme l’indique le sous-titre de ce volume III.

 

 

Les hommes, maris, amants, copains d’enfance, prennent une place importante mais c’est Nino Sarratore qui éclipse finalement tous les autres. Il fascine, déçoit, attire, est aimé, adoré, détesté puis aimé à nouveau par ces femmes dont les sentiments, les désirs, les souffrances, les joies, les déceptions sont si bien rendus par un texte d’une finesse incroyable.

 

 

De plus, il y a la famille, les familles, certaines modestes, d’autres parvenues et d’autres encore qui ont eu la chance de posséder l’argent, cet argent que les Solara gagnent par tous les moyens.

 

 

Puis, c’est le monde du travail que Lila permet d’explorer avec les salaisons de Bruno Soccavo où les gens sont exploités, les femmes abusées, maltraitées où la toute-puissance du patron n’a pas de limites, empêchant par tous les moyens l’émergence du syndicalisme. C’est là enfin que le contexte politique apparaît avec la bataille féroce engagée par les fascistes pour permettre à ceux qui ont le pouvoir de le conserver. Mai 1968, en France, mobilise aussi en Italie et les débats dans les universités sont virulents.

 

 

Elena fait sa vie dans tout ça, retrouve épisodiquement son amie prodigieuse, ne la laisse jamais tomber. J’ai trouvé ce livre encore plus riche et plus dense que les précédents. Les personnages s’aiment, souffrent, se déchirent, se retrouvent, étudient, publient. Le tout est écrit avec une extrême sensibilité, un sens aigu des sentiments humains, des difficultés à vivre ensemble et cela donne un roman passionnant qui captive de bout en bout et me motive pour lire le tome IV bientôt.

Jean-Paul

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