Jean-Baptiste Del Amo : Règne animal

Règne animal        par      Jean-Baptiste Del Amo.

nrf – Gallimard (2016), 418 pages ; Folio (2018), 496 pages.

Livre Inter 2017.

 

Pour son quatrième roman, Jean-Baptiste Del Amo (photo ci-contre) a frappé très fort et sûrement dérangé beaucoup de consciences car, contrairement, à ses ouvrages précédents qui avaient été salués par la critique, Règne animal n’avait jamais été cité pour une récompense quelconque… Heureusement, ce livre remarquablement écrit avec un souci du détail digne des tableaux de Brueghel, a obtenu Le Prix du Livre Inter 2017 !.

 

 

Toute l’action se déroule dans une ferme, près du village fictif de Puy-Larroque, au cœur du Gers. Le XIXe siècle se termine dans cette « campagne hostile, terre rétive qui finira bien par avoir leur peau. » Le père et la mère, nommée la génitrice avant de devenir la veuve, élèvent des cochons, plus quelques vaches et une jument pour les labours. Après plusieurs fausses couches, Éléonore est venue au monde. Elle tente de faire sa place, mène et garde les porcs dans la chênaie. Le père étant malade, le cousin Marcel vient vivre chez eux. Il va avoir 19 ans.

 

 

Au fil des pages, j'ai été plongé dans le quotidien de cette ferme et les diverses tâches accomplies sont décrites avec une précision remarquable. Le cimetière du village est important et revient souvent, semblant animé d’une vie souterraine.

 

 

Hélas, l’été 1914 arrive. Les femmes ont fait la grande lessive, les hommes commencent à faucher. « Le jour de sa communion solennelle, Éléonore fait en secret le vœu de bannir tout sentiment, toute inclinaison religieuse. » Il faut dire que le comportement du Père Antoine, curé du village, n’est pas favorable à cela. La vie des paysans est rude : « Aucun d’eux ne peut traverser la vie sans sacrifier un membre, un œil, un fils ou une épouse, un morceau de chair… »

 

 

C’est la guerre ! Tous les hommes de 18 à 40 ans sont mobilisés mais qui fera les moissons ? « Mis à part ceux qui gardent le souvenir de 70, la guerre est une abstraction… et ils agitent leur main pour saluer la sœur, la mère, l’amante qui pleure sur la place de Puy-Larroque. » Alors, les femmes… « Elles apprennent à aiguiser la lame des faux, elles empruntent le chemin des champs, le manche des outils sur l’épaule, vêtues de leurs robes grises… » L’auteur réussit des pages magnifiques sur le rôle de celles qui ont tout assuré pendant l’absence des hommes… à lire absolument.

 

 

Les premiers avis de décès arrivent. Éléonore vit dans le souvenir de Marcel. « La guerre ravive la foi vacillante. » On réquisitionne le bétail et voici les trains puis l’arrivée où quinze équipes de bouchers doivent fournir 2 000 kg de viande pour un régiment d’infanterie, une apocalypse aussi pour les animaux massacrés… Quelle description de la guerre avec Marcel en plein champ de bataille !

 

 

Quand le cauchemar est terminé, « la peur, la douleur et la honte ont saccagé le désir… » mais la vie doit continuer pour passer subitement à 1981, toujours dans la même ferme où Henri, le patriarche, avec Serge et Joël, ses deux fils, a monté une porcherie hors-sol grâce aux crédits de la Politique Agricole Commune… Quelle débauche de traitements pour pallier carences et déficiences volontairement créées par l’homme ! Les porcs n’ont plus de défenses immunitaires pour donner toujours plus de viande et le lisier envahit tout… Après avoir lu des pages aussi fantastiques où rien ne manque, odeurs comprises, peut-on encore se délecter de cette viande qui envahit les bacs des super et hypermarchés ?

 

 

Jusqu’au bout, Jean-Baptiste Del Amo est passionnant sur les pas de ces paysans devenus exploitants agricoles ne respectant plus ces animaux élevés pour l’abattage alors qu’enfin « la Bête, le Règne animal, reprend sa Liberté, échappe aux hommes et à leur folie. »

Jean-Paul

 

 

Règne animal        par      Jean-Baptiste Del Amo.

nrf – Gallimard (2016), 418 pages ; Folio (2018), 496 pages.

Livre Inter 2017.

 

Je lis beaucoup, beaucoup de romans superbes, mais je suis rarement touchée par un livre comme je l’ai été avec Règne animal.

 

 

Il me semble qu’on ne peut pas sortir indemne après la lecture d’un tel livre ! Je ne mangerai plus une côte de porc ou une tranche de jambon sans penser à ce bouquin ! Mais ça ne s’arrête pas là, l’écriture est dense, riche et nous étreint tout au long de ce roman qui couvre une période de la vie d’une famille paysanne de 1898 à nos jours et si la vie a bien évolué, il n’est pas sûr que l’homme soit plus heureux et les animaux non plus.

 

 

La vie au début du XXe siècle est décrite de telle manière qu’il nous semble être dans cette masure et partager la vie de la petite Éléonore que nous allons continuer à accompagner pendant la guerre de 1914 – 1918, guerre que l’auteur va dépeindre de manière exceptionnelle avec le rôle des femmes et le retour de quelques rescapés de l’horreur, horreur qu’ils ramènent avec eux.

 

Enfin, dans la seconde et la troisième partie, nous retrouvons Éléonore et sa descendance dans cette nouvelle ferme et surtout ce nouveau bâtiment tout neuf construit pour l’élevage des cochons. Cette porcherie va devenir quasiment le lieu de vie de ces agriculteurs. Un film, des images, seraient moins parlants que ces magnifiques lignes nous décrivant l’enfer dans lequel vivent ces animaux, ces hommes et ces femmes. Seul Jérôme semble épargné en vivant dans son monde à lui. Beaucoup de philosophie dans ce roman.

 

 

Pourquoi ce livre n’a-t-il pas figuré sur la liste des goncourables ? Il le méritait certainement. Aucun prix, rien ! Dérangerait-il trop nos consciences ? Enfin, le Prix du Livre Inter est venu récompenser ce roman en 2017 !

 

Ghislaine

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