V. Correspondances de Manosque 2020.

Correspondances de Manosque 2020

 

22ème édition : Un régal malgré tout…

 

Dimanche 27 septembre

Serge Joncour : Nature humaine :

Ce dimanche matin, dernier jour des Correspondances, nous retrouvons avec plaisir Serge Joncour, sur la place de l’Hôtel de Ville. Il fait frais, bien sûr mais l’auteur de Chien-Loup et de bien d’autres romans qui nous ont régalés à chaque fois, se charge de réchauffer l’atmosphère, déclenchant à de nombreuses reprises  les rires dans l’assistance. Même Yann Nicol avait du mal à tenir son sérieux alors qu’il tentait de ramener le débat sur Nature humaine qui vient de paraître.

Dans ce livre, Serge Joncour (photo ci-contre) s’attache à un période allant de la grande sécheresse de 1976 à la grande tempête de 1999, les dernières années du XXe siècle durant lesquelles tant de choses ont évolué, pas forcément dans le bon sens.

 

Avec son héros, Alexandre, c’est l’histoire d’une famille et du délitement familial qu’il conte car le progrès économique n’aboutit pas au progrès humain. Toutes ces luttes contre le nucléaire, conte l’agrandissement du camp militaire du Larzac, entre autres, nous les avons un peu oubliées. Pourtant, elles ont marqué aussi le milieu rural comme l’arrivée des hypermarchés et des autoroutes déchirant brusquement une campagne qui vivait tranquillement jusque-là.

 

Voilà aussi qu’Alexandre tombe amoureux de Constance qui voyage car elle s’investit dans l’humanitaire. Ainsi, Alexandre va s’engager pour la retrouver et se pose la question de la rentabilité de son travail à la ferme. Serge Joncour (photo ci-contre : il nous dédicace son livre), originaire du Lot, connaît bien le milieu rural et le met parfaitement en scène comme dans L’amour sans le faire, ce qui permet de nous poser beaucoup de bonnes questions sur notre société.

 

Véronique Olmi : Les Évasions particulières et Angélique Villeneuve : La Belle Lumière :

Après avoir vibré à l’histoire de Bakhita, nous étions curieux de retrouver Véronique Olmi (photo ci-dessous) pour un roman se déroulant bien chez nous, cette fois, avec trois sœurs issues d’une famille catholique modeste et vivant à Aix-en-Provence.

Tout se passe après le choc de 1968 et les évolutions qui en découlent. Alors que leur père refuse d’accepter l’évolution des mœurs, surtout pour les femmes qui découvrent la contraception et commencent à se libérer du patriarcat. Nous savons hélas que le chemin est encore long mais cette fresque familiale montre que les femmes ne sont pas les égales des hommes  et qu’il y a toujours des classes sociales.

 

Aux côté de Véronique Olmi, Élodie Karaki, une animatrice que nous découvrons pour l’occasion, nous présente Angélique Villeneuve qui publie La Belle Lumière. Cette autrice est déjà confirmée car elle a publié huit romans et plusieurs titres pour la jeunesse.

 

Dans La Belle Lumière, elle nous emmène en Alabama, en 1880, aux côtés de Kate, la mère d’Helen Keller, une enfant sourde et muette mondialement connue. Helen est infernale. On conseille à la mère de la mettre à l’asile mais Kate tient bon, impose que sa fille soit présente à tous les repas de famille jusqu’au jour où elle doit se séparer d’elle car Ann Sullivan, venue du nord des États-Unis, a réussi à lui apprendre un mot : water ! Helen doit partir à Boston et Angélique Villeneuve (photo ci-dessus) conte cet amour absolu d’une mère pour sa fille qui, un an après, lui écrit des lettres ! La Belle Lumière, un roman à lire, un roman qui doit faire vibrer, nous n’en doutons pas.

Barbara Cassin : Le Bonheur, sa dent douce à la mort :

Pour terminer, une fois n’est pas coutume, place à la philosophie avec Barbara Cassin, une helléniste de renom qui, à partir d’anecdotes, tente de définir ce qu’est la vérité. Elle va de l’anecdote à l’idée, reprenant des conversations avec son fils qui a quarante ans aujourd’hui.

Interrogée par Sophie Joubert, Barbara Cassin est intarissable à propos de cette autobiographie. Elle parle de sa famille, de son grand-père venu de Hongrie, de ses mensonges qui lui ont sauvé la vie durant la Seconde guerre mondiale. Elle évoque aussi la peinture car sa mère était peintre, parle de son père avocat et de ses rencontres avec Jacques Lacan mais aussi avec Heidegger et surtout avec René Char. Enfin, elle explique que le titre assez énigmatique de son livre : Le Bonheur, sa dent douce à la mort, vient d’un poème de Rimbaud qui lui fait penser à la maladie de son mari, heureux malgré l’approche de la mort. Elle ajoute : « Le monde entier est dans chaque instant quand la mort approche. On se tenait par les yeux, avec mon mari. »

 

C’est avec Barbara Cassin (photo ci-contre), philosophe, chercheuse au CNRS, philologue, neuvième femme à être élue à l’Académie Française, que se termine, pour nous, cette vingt-deuxième édition des Correspondances de Manosque. Malgré le contexte pandémique inquiétant, tout s’est bien déroulé car les mesures barrières étaient bien respectées, les bénévoles rappelaient gentiment à ceux qui devenaient négligents de repositionner leur masque et les autorités locales se chargeaient de bien accompagner toutes les précautions prises par les organisateurs que nous remercions très chaleureusement.

 

Nous espérons retrouver Manosque en 2021 dans de meilleures conditions, normales, peut-être ? Mais il est bien trop tôt aujourd’hui pour le dire et même l’espérer…

Ghislaine et Jean-Paul

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Dominique Sudre 09/10/2020 16:21

bravo ! on revit avec vous ces journées manosquines avec un grand plaisir, quel talent pour tout retranscrire.
Et surtout, n'hésitez pas à lire "La belle lumière", c'est un très beau roman, et oui, ce passage où Ann Sullivan fait comprendre à Helen que les mots veulent dire quelque chose et permettent une relation à l'autre, une merveille, la compréhension du langage par celle qui vivait dans le noir au-delà de la cécité, finalement.

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