Alexis Jenni : L'art français de la guerre

L’art français de la guerre     par    Alexis Jenni.

Éditions Gallimard (2011) 633 pages ; Folio (2013) 784 pages.

 

Prix Goncourt 2011.

 

 

Se lancer dans L’art français de la guerre est une véritable aventure. Dans ce livre de plus de six cents pages, Alexis Jenni (photo ci-dessous) réalise une fresque incroyable qui débute en 1991 avec le départ des Spahis de Valence (Drôme) pour la guerre du Golfe, la fameuse opération Daguet.

 

 

La ville de Lyon est le lieu choisi par le narrateur pour ancrer son récit avec, parfois, des descriptions peu flatteuses pour la capitale des Gaules.

 

 

Alexis Jenni décrit bien la guerre et s’appuie sur le film montrant l’intervention de l’armée américaine à Mogadiscio, en Somalie, pour nous faire toucher du doigt la dissymétrie constante dans le dénombrement des morts. Là, on avait 19 soldats américains tués pour 1000 somaliens…

 

 

Le rapport habituel est de 1 pour 10, la proportion du massacre colonial.


 

Arrive enfin la rencontre avec Victorien Salagnon, dans un bistrot lyonnais. C’est un ancien d’Indochine et c’est son histoire qui sert de trame à ce livre qui a décroché le Prix Goncourt 2011. S’il l’avait voulu, l’auteur aurait très bien pu servir son œuvre en plusieurs volumes mais le résultat étant couronné de succès, c’est ce professeur de biologie qui a eu raison, dès sa première publication.


 

Alexis Jenni réussit à nous montrer comment un homme, sans s’en rendre compte, commet à son tour les atrocités qu’il a vues faire par les allemands… Pour lui, c’est le système de la colonie et de la gestion des troupes de cette colonie qui a généré la torture. Là, nous sommes dans les « Commentaires II », l’auteur décrit une scène fantastique avec la réception des invités par un couple. A lire absolument.


 

 

Petit à petit, l’histoire progresse et nous mène des chantiers de jeunesse à la guerre d’Algérie, en passant par le maquis et l’Indochine et cet amour du dessin qui sauvera Victorien Salagnon, devenu lui-même professeur pour le narrateur.

 

 

Les commentaires permettent de retrouver notre homme aujourd’hui avec son compère Mariani et la dérive vers une extrême-droite jusqu’au-boutiste. Ainsi est menée en parallèle l’épopée guerrière d’une France qui essaie de conserver ses colonies et l’escalade de la violence urbaine avec la course à l’armement à laquelle nous assistons. Pour un même échec final ?

 

 

 

Enfin, il ne faut pas oublier que ce sont toujours les survivants qui racontent les guerres, un détail qui a son importance.

 

Jean-Paul

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