Angélique Villeneuve : La belle lumière

La belle lumière     par    Angélique Villeneuve.

 Le Passage (2020) 236 pages.

 

 

 

La majorité des gens ont entendu parler un jour ou l’autre de Helen Keller. Ces quelques mots pour la présenter : Elle est née en 1880 et est devenue sourde, aveugle et muette après de fortes fièvres à l’âge de 19 mois. Cette enfant farouche et considérée comme idiote par beaucoup, Ann Sullivan, jeune éducatrice parviendra à la mener jusqu’à la lumière du langage et elle deviendra notamment la première personne handicapée à obtenir un diplôme universitaire.

 

 

Des films, livres et une BD relatent son parcours. Mais Angélique Villeneuve, elle, a voulu s’intéresser à la mère d’Helen, Kate Adams Keller, cette mère aujourd’hui repoussée dans l’ombre et sans qui, pourtant, Helen n’aurait sans doute jamais pu accéder au miracle de la connaissance.  Angélique Villeneuve, se sentant assez proche de Kate, pour avoir elle aussi subi de terribles épreuves a dû prendre quelques libertés pour imaginer les pensées, les sentiments, la douleur de cette femme et les tourments qu’elle a pu endurer. Cependant, tout repose sur des faits réels.

 

 

Pour cela, l’auteure s’est glissée dans la peau de son personnage, au plus proche de son cœur et nous offre un livre remarquable et bouleversant.

 

Photo ci-contre : Helen Keller (1880 - 1968)

 

Nous assistons tout d’abord à cet immense  bonheur qu’est la naissance de cette enfant pour Kate qui, pour suivre son mari, un veuf de vingt ans plus âgé qu’elle, a dû abandonner sa famille et venir s’installer à Tuscumbia, cette petite ville du nord de l’Alabama.

 

 

 

Mais la fillette  est soudain victime  de terribles fièvres dont elle sortira aveugle, sourde et muette, malgré tous les soins prodigués. Kate est ravagée par la douleur mais ne s’avoue pas vaincue et tente toutes les solutions possibles pour la sauver. En vain. Même son frère Fred lui conseille l’asile.

 

 

En dernier recours, c’est un livre de Charles Dickens, Voyage en Amérique, qui la mettra sur la voix de l’Institution des Aveugles à Boston. Elle sera alors mise en relation avec Ann Sullivan.

 

Prête à tout pour sauver sa fille et lui donner une chance de communiquer, elle  acceptera en 1888, malgré le déchirement et une séparation quasi inhumaine, de laisser partir Helen avec Ann pour rejoindre l’Institution Perkins à Boston. L’auteure décrit admirablement cette méthode nouvelle de la langue des doigts et ce qu’a été la difficulté pour Helen d’arriver d’abord à se maîtriser, puis apprendre à obéir pour ensuite apprendre à communiquer et ensuite ce désir intense d’apprendre toujours plus.

 

 

Photo ci-contre : maison natale d'Helen Keller.

 

 

Le portrait que fait l’écrivaine de cette mère dépeint une femme déchirée, rongée par la culpabilité mais dont l’amour pour sa fille est sans bornes. Avec une écriture sensuelle, viscérale et tellement sensible, Angélique Villeneuve, nous donne à vivre sa solitude, son amour de la nature, des roses, ses doutes, ses colères, cet amour fusionnel entre elle et sa fille, sa force de caractère et sa combativité sans faille.

 

Cette vie se déroule dans un contexte historique spécial, à la fin du 19e siècle, dans ce Sud des États-Unis, encore marqué par la guerre de Sécession et les tensions raciales.

 

Avec Kate, nous traversons donc une période sombre et la force de l’auteure est de nous faire découvrir, en fin de roman,  comme un cadeau en quelque sorte : La belle lumière.

 

 

J’ai pu assister, en septembre dernier, aux Correspondances de Manosque, à la présentation de ce livre par son auteure, Angélique Villeneuve (photo ci-contre) et l’émotion transperçait fortement  dans ses mots lorsqu’elle parlait de cette mère qu’avait été Kate et nous disait être encore habitée par son personnage, ce qui était très perceptible dans ses propos.

 

 

La belle lumière est une fiction basée sur la réalité, très documentée, à la fois pleine de force et pleine de sensibilité que je recommande chaleureusement !

Ghislaine

 

Photo ci-dessus : maison natale d'Helen Keller devenue musée.

 

La belle lumière       par     Angélique Villeneuve.

 Le Passage (2020) 236 pages.

 

Quelle lecture extraordinairement enrichissante ! Angélique Villeneuve, découverte lors de Correspondances de Manosque 2020, m’avait étonné puis ému avec la présentation de son nouveau roman : La belle lumière.

 

 

Alors qu’Helen Keller est devenue mondialement célèbre, première femme aveugle et sourde à obtenir un diplôme universitaire, il fallait du courage et du cœur pour oser remonter dans le temps et écrire sur sa mère, Kate Keller, née Adams (photo ci-contre).

 

Comme elle l’explique dans la postface, Angélique Villeneuve n’avait que très peu d’éléments sur cette femme qu’elle a su faire magnifiquement revivre. Un point commun les réunit cependant : avoir traversé de bien rudes épreuves.

 

 

Après un premier chapitre où Kate, enceinte de son deuxième enfant, cherche Helen, sa fille, cachée dans la masse des rhododendrons sauvages, en 1886, voilà Kate qui, à 22 ans, doit apprendre à vivre en Alabama. Sans trop savoir pourquoi, elle a accepté d’épouser Arthur Keller, veuf, de vingt ans son aîné. Ils habitent à Tuscumbia, dans ce sud des États-Unis encore profondément marqué par les années d’esclavage et la guerre de Sécession (1861 – 1865). D’ailleurs, tout au long du livre, l’autrice montre bien la vie de ces anciens esclaves noirs toujours au service des riches propriétaires blancs et subissant un racisme des plus violents.

 

 

 

Février 1882, Helen, son bébé, est victime d’une très forte fièvre qui dure dix jours. Scarlatine, typhoïde… on n’a jamais su exactement. Alors que le médecin annonce sa mort prochaine, elle guérit mais elle reste aveugle, sourde et muette.

 

 

 

Avec beaucoup d’imagination et de délicatesse, Angélique Villeneuve m’a plongé dans le quotidien de cette famille et sa domesticité. Elle décrit toutes les tentatives pour essayer de guérir l’enfant et les échecs.

 

 

Kate, en mère admirable, supporte tout ainsi que son entourage. Helen (photo ci-dessus) touche tout, dévaste tout, ne respecte rien, agit souvent avec violence. Les conseilleurs parlent d’asile, poussent les parents à se débarrasser de cette enfant qui accumule les catastrophes.

 

 

Kate a une relation fusionnelle avec sa fille qui accepte mal la naissance d’une petite sœur, Mildred, alors qu’elle va avoir 7 ans. Heureusement, Kate a lu Voyage en Amérique de Charles Dickens où il parle d’une institution, à Boston, où vivent normalement des enfants sourds-muets.

 

 

 

Malgré l’éloignement, 1800 km, arrive Miss Sullivan, envoyée par l’Institut Perkins de Boston. C’est le début d’une bataille fantastique qu’il faut vraiment lire car elle est racontée avec tellement de force et de douceur, permettant de comprendre comment la petite Helen a commencé à apprendre l’amour et l’obéissance. Petit à petit, grâce à Ann Sullivan (photo ci-contre : Helen et Ann Sullivan), elle signe avec ses doigts et s’approprie son environnement jusqu’au jour où, déchirement terrible, Kate doit accepter de laisser partir sa fille pour Boston, seule condition pour progresser encore…

 

 

 

Roman doux et violent à la fois, La belle lumière constitue un élément essentiel à la compréhension des familles vivant de pareilles épreuves. Il permet d’appréhender tout l’amour infini dont doivent faire preuve parents et proches pour permettre à leur enfant d'atteindre la belle lumière.

 

 

Pour moi, ce livre est un énorme coup de cœur !

Jean-Paul

 

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Dominique Sudre 16/01/2021 10:10

Ce roman est magnifique, le difficile parcours de cette mère qui sait se détacher de sa fille pour faire son bonheur, et lutter contre tous pour qu'elle puisse enfin vivre quasi normalement, j'ai tellement aimé.

angélique villeneuve 11/01/2021 10:06

merci à tous les deux pour votre formidable lecture de ma belle lumière! Manosque a constitué un moment fort pour parler de mon livre, merci d'avoir été là.
à bientôt j'espère
angélique villeneuve

Ghislaine et Jean-Paul 11/01/2021 13:43

Nous sommes très touchés par votre message.
À Manosque, vous nous aviez émus et conquis avec la présentation de La belle lumière et notre lecture a été au-delà de ce que nous attendions.
Avec nos plus vifs remerciements, en espérant vous lire et vous revoir à nouveau.
Ghislaine et Jean-Paul

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