Jean Teulé : Crénom, Baudelaire !

Crénom, Baudelaire !      par    Jean Teulé.

Mialet-Barrault Éditeurs (2020), 427 pages.

 

 

 

Avec Crénom Baudelaire, Jean Teulé nous offre une biographie romancée de l’auteur des Fleurs du mal, assez irrévérencieuse, mais ô combien savoureuse ! Ce très bon conteur, nous peint avec moult grivoiseries le portrait d’un homme décrit comme un punk défoncé du matin au soir, adepte de la confiture verte, extrait gras de haschisch mêlé à du miel et des aromates qu’il prenait en décoction dans du thé, et d’autres substances comme l’opium  ou le laudanum prescrit par son médecin pour soigner sa syphilis. Mais il ne tenait aucun compte des doses à ne pas dépasser.

 

Charles Baudelaire (photo ci-dessous) né à Paris en 1821 n’a que 6 ans lorsque son père François, âgé de plus de  34 ans que sa mère, décède. Loin d’en être affecté, il se sent au contraire soulagé, débarrassé d’un rival, sa mère n’aura plus, dès lors, que lui à aimer. Mais son bonheur dure peu, car Caroline, sa mère, se remarie 19 mois plus tard avec l’officier Jacques Aupick. Pour Charles, c’est une véritable trahison, car il lui prend une grande partie de l’affection de sa mère. Ce beau-père va vouloir le dompter et s’opposera même à sa vocation de poète. Ce sera une lutte incessante entre eux jusqu’à ce que, pour le mâter, le beau-père l’oblige à embarquer à bord du Paquebot-des-mers-du-Sud, direction L’Inde jusqu’à Calcutta, pour une durée d’un an. C’est d’ailleurs au cours de ce voyage en mer que notre jeune Charles, tout juste vingt ans, composera ce magnifique poème, L’Albatros, ayant assisté à la pêche et à la capture de de cet oiseau ensuite ridiculisé et maltraité par l’équipage et incarnant pour lui l’artiste incompris et rejeté.

 

Sa mère l’ayant trahi, une blessure déterminante, il ne fait plus confiance aux femmes. Il va alors mener une vie dissolue, fréquenter des prostituées, dont Sarah la Louchette et bien sûr la devenue célèbre Jeanne Duval, cette grande et jeune métisse qu’il nomme son soleil noir, en quelque sorte son alter-ego, qui sera sa maîtresse et sa muse et  avec qui il aura des relations orageuses tout comme avec Marie Daubrun ou Apollonie Sabatier.

 

 

C’est cette face sombre du poète, cette personnalité méconnue, cet éternel ado révolté, ce personnage odieux et dépravé, cet homme qui se cherche, et aussi cet homme malheureux souffrant  d’une forme de dépression, que nous raconte merveilleusement Jean Teulé, dans ce roman  assez long, pas moins de 430 pages, mais jamais rébarbatif, bien au contraire. Le texte est émaillé de nombreux poèmes ou de morceaux choisis de ses plus belles rimes, judicieusement placés. L’auteur montre bien également le temps qu’il prenait et le travail et l’application que mettait Charles Baudelaire à peaufiner ses écrits. Il dresse par ailleurs des portraits hauts en couleurs de tous les personnages.

 

Si Jean Teulé (photo ci-dessous) affirme que tout est exact sur ce côté détestable de ce génie littéraire, difficile pour moi de confirmer, ne connaissant que peu sa vie.

 

 

 

J’ai particulièrement apprécié ce livre qui permet, à travers la personnalité  méconnue de cet immense poète maudit dont le recueil  Les Fleurs du mal, publié en 1857, fera scandale à sa sortie et dont six poèmes devront être supprimés de l'œuvre incriminée de mieux comprendre son œuvre. Outre les poèmes inclus dans le roman, Jean Teulé a également inséré quelques vers avec les corrections de l’auteur envoyées à l’éditeur.

 

L’écrivain réussit à merveille à faire revivre ce 19ème siècle avec les grands travaux entrepris dans Paris. Il nous permet aussi de côtoyer avec Charles toutes ces figures célèbres que sont entre autres Gustave Flaubert, Théophile Gautier, Gustave Doré, les frères Goncourt, Edouard Manet, Gustave Courbet, Nadar ou encore Auguste Poulet-Malassis, cet éditeur qui a osé publier Les Fleurs du mal.

 

Crénom Baudelaire m’a beaucoup appris tout en m’amusant beaucoup. Il faut, à mon avis, beaucoup de talent pour réussir une œuvre de vulgarisation comme cet ouvrage sans tomber dans le ridicule ou le niais. C’est à la fois très divertissant et hautement instructif et sérieux.

 

Ghislaine

 

Tableau de Gustave Courbet, ci-dessus :

L'Atelier du peintre (1854-1855) avec Charles Baudelaire, à droite. Musée d'Orsay.

 

 

Crénom, Baudelaire !       par    JeanTeulé.

Mialet-Barrault Éditeurs (2020), 427 pages.

 

Avec sa verve habituelle, Jean Teulé ne déçoit pas en publiant Crénom, Baudelaire !, hommage vibrant au plus grand des poètes.

 

Pourtant, tout au long du livre, il ne ménage guère son héros, cet homme qui ne pouvait exprimer son génie que drogué, halluciné, toujours très désagréable avec les gens qu’il croise.

 

Sa chute au sortir de l’église Saint-Loup de Namur, en 1866, ouvre ce roman plein de surprises et d’enseignements, ouvrage qui permet de lire ou relire les vers du poète, ce qui est parfait.

 

Sans délai, le voilà à cinq ans, complètement accroché à sa mère, Caroline (33 ans). Sa passion pour elle marque à jamais sa personnalité. Son père a 34 ans de plus que Caroline et décède le 10 février 1827. Pendant dix-neuf mois, Charles vit une relation passionnelle avec sa mère qui se remarie avec Jacques Aupick (39 ans), un officier. Cette rupture est très dure à vivre pour l’enfant, traumatisé par ce qu’il vit comme un abandon.

 

Quelques années plus tard, alors qu’il est élève au lycée Louis-le-Grand, il en est exclu. À vingt ans, Louis-Philippe étant au pouvoir, il traîne dans les cabarets, clame qu’il veut être poète, dépasser Racine et Hugo. C’est après avoir agressé son beau-père que celui-ci l’envoie sur le Paquebot-des-Mers-du-Sud, à Bordeaux pour un an de navigation. Il vit très mal cette punition. Mélancolique, boudeur, il est horrifié par le piégeage d’un albatros par les matelots et rédige un poème magnifique :

 

« Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers. »

 

Toujours coiffé d’un chapeau très original et vêtu comme un dandy, il se paie une prostituée pour qu’elle le dépucèle. Résultat : une blennorragie, la chaude-pisse ! Un peu plus tard, dans le Quartier latin, une actrice noire l’époustoufle. Cette mulâtresse originaire des Caraïbes, est grande, une tête de plus que lui. C’est elle, Jeanne Duval (portrait ci-dessous), qui sera sa muse, celle avec laquelle il vit les plus  forts moments de sa vie et les plus douloureux, lors des ruptures. Elle lui fait cadeau de la syphilis, la grande vérole, et Charles est pris dans l’engrenage infernal de la drogue : shit, laudanum, opium, avalant des doses impressionnantes pour être bien et surtout doper son inspiration géniale. J’ajoute qu’il dépense sans compter et qu’il est sans cesse la proie des huissiers et dépend de la générosité de sa mère.

 

Ainsi, au fil des chapitres enchaînés nerveusement, Jean Teulé m’a fait souffrir avec les déboires de Baudelaire, m’a enthousiasmé avec ces vers d’une force extraordinaire, m’a révolté devant l’attitude des bien-pensants qui iront jusqu’à le condamner et interdire plusieurs poèmes des Fleurs du Mal. Ici, je salue le formidable courage de son imprimeur, Auguste Poulet-Malassis. Il ira jusqu’à se ruiner pour publier ce poète qui le touche beaucoup.

 

J’ajoute que Jean Teulé sait bien faire ressentir la vie dans Paris au XIXe siècle, des plus beaux salons aux bas-fonds, qu’il démontre bien les bouleversements créés par Haussmann et surtout permet à son lecteur de rencontrer, dans le désordre : Félix Nadar, Edouard Manet, Charles Asselineau – son plus fidèle ami -, les frères Goncourt – pas à leur avantage-, Hector Berlioz, Daumier, Gustave Courbet - d’une patience infinie -, Gustave Flaubert, Gustave Doré, Alfred de Musset, Barbey d’Aurevilly, Gérard de Nerval, Eugène Delacroix que Charles Baudelaire, jamais de bonne humeur, croise chez la délicieuse Apollonie Sabatier qui tient salon le dimanche.

 

Voilà une belle brochette d’immenses artistes pour faire honneur au plus grand des poètes qui meurt le 31 août 1867, à 46 ans !

Jean-Paul

 

 

Autres livres de Jean Teulé à retrouver sur le blog :

- Charly 9

- Le Montespan

-Mangez-le si vous voulez

- Fleur de Tonnerre

- Entrez dans la danse

- Héloïse, ouille !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Dominique Sudre 28/01/2021 23:21

vous savez donner envie ! et Jean Teulé quand même !! il me tente beaucoup celui-là

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