Stéphanie Castillo-Soler : Libres dans leur tête

Libres dans leur tête       par    Stéphanie Castillo-Soler.

 Librinova (2020) 157 pages.

 

J’ai été absolument touchée et très émue à la lecture de ce roman Libres dans leur tête.

 

Le roman débute avec l’arrivée en prison de Romain. Ce jeune homme avait trouvé une certaine stabilité auprès de Fred et Marinette sa dernière famille d’accueil, quand il s’était laissé entraîner par deux autres garçons de la cité voisine à commettre de menus larcins, jusqu’à des événements plus que tragiques. En effet, c’est au cours d’un cambriolage chez une vieille dame que les choses ont mal tourné lorsque la personne est rentrée plus tôt que prévu ; celle-ci a été retrouvé morte, tuée par un seul coup à la tête porté par une statuette en bronze. L’enquête révèle que ce n’était pas Romain qui avait porté le coup, mais il est inculpé pour violation de domicile privé, extorsion aggravée ayant entraîné la mort de la victime, non-assistance à personne à danger et délit de fuite.

 

Romain va devoir partager sa cellule avec Laurent. Cet étudiant qui préparait ses concours d’admission aux grandes écoles, lui, a tué. Pour sauver sa demi-sœur qui se droguait, et qui voulait arrêter, il a voulu aller lui-même régler sa dette auprès du dealer qui l’attendait. Le type a paniqué en le voyant et a voulu le frapper, Laurent l’a devancé et la tête du dealer a cogné le mur : il était mort ! Ne sachant plus que faire, il repart chez lui et ce sont les parents, enfin rentrés qui alerteront les flics.

 

Tous deux ont souffert de l’abandon maternel. Romain a été abandonné à sa naissance par sa mère alors très jeune et, même si pendant trois ans Fred et Marinette ont réussi à lui montrer une certaine forme d’amour, il a manqué de repères. Laurent, lui, avait seulement 2 ans quand sa mère est partie, 3 ans quand son père s’est remarié, Il a donc trouvé ensuite un environnement familial stable. « Maintenant, leur principal point commun est le quotidien qu’ils partagent sans l’avoir choisi ». Ils vont devoir apprendre à se connaître, et malgré leurs différences apprendre à vivre ensemble et décoder les règles de l’univers carcéral. Mutuellement, au fil du temps, chacun va  apporter à l’autre le meilleur de son cœur. Ils seront aidés par un troisième détenu Serge, 56 ans, responsable de la bibliothèque.

 

Dans ce petit bouquin de moins de 160 pages, Stéphanie Castillo-Soler (photo ci-dessous) se débrouille, de manière sensible et juste  et de façon très documentée pour nous faire découvrir l’univers carcéral dans toute sa laideur, sa noirceur, sa vie cruelle et dangereuse, son absence d’avenir, tout en faisant naître au cœur de celui-ci, une bouleversante et véritable amitié solide ainsi que des liens d’amour et à démontrer avec talent la force de la solidarité, unique moyen pour faire face à l’adversité « La dure réalité de la prison montre aux hommes le vrai sens du mot solidarité. Sans elle la survie est quasi-impossible ».

 

Elle montre aussi l’extrême importance que revêtent le courrier et les visites pour les détenus, sans oublier le rôle des bénévoles qui n’hésitent pas à s’inscrire pour correspondre avec eux.

 

Tout au long du roman, est donnée une grande place à la lecture, à l’art, à l’écriture et à la poésie  qui seront salvateurs pour nos deux personnages. « Les livres sont porteurs de rêves, de messages, d’évasion. Ils permettent de chasser l’ennui, comblent le vide, procurent aux détenus un ersatz de liberté ».

 

Beaucoup de questions sur la vie sont évoquées dans ce récit, notamment et si ?, et après ? C’est un livre bourré de réflexions sur la culpabilité, la liberté, la solidarité, l’amitié, l’amour, les frustrations, l’apprentissage de la vie, en résumé, il est une philosophie de vie.

 

J’ai lu  Libres dans leur tête d’une seule traite, émerveillée par le talent de cette auteure qui apporte une lumière extraordinaire dans un lieu de ténèbres.

 

Pour conclure, je ne résiste pas à citer cette phrase qui est l’âme du roman et en évoque à merveille le contenu tout en décrivant la belle photo de couverture :

 

« Par un frais matin d’avril, les garçons remarquent qu’un coquelicot a poussé sur le mur. Le ravalement a éclaté par endroits, révélant la structure en briques, et sur un rebord moussu la fleur a trouvé suffisamment de vigueur pour s’élever, solitaire et gracile. Le rouge éclatant de ses pétales, semblables à de la soie, se détache sur la grisaille. Son apparente fragilité contraste avec une certaine force, la force de se trouver là, unique, délicate et ravissante au milieu de la laideur. Les garçons la contemplent un moment, sensibles à ce petit message d’espoir qu’ils décident d’y lire ».

À lire absolument !

Une écrivaine à suivre ...

Ghislaine

 

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