Antonio Ferrara : Le Petit Seigneur

Le Petit Seigneur       par  Antonio Ferrara.

Traduit de l’italien par Marc Lesage.

Titre original : Pusher.

Bayard (2021), 135 pages.

 

Mettre en lumière le sort de ces gosses de Naples obligés de dealer, de guetter, de travailler dur pour répondre aux exigences des adultes, le plus souvent leurs parents, Antonio Ferrara l’a superbement réussi avec Le Petit Seigneur.

 

De manière très simple et efficace, l’auteur m’a fait vivre au plus près le quotidien de Tonino (13 ans) que son père a mis très tôt dans le rôle du dealer, le Pusher, comme le dit le titre original.

 

Dès que ses petites sœurs, Assunta (8 ans) et Titina (9 ans) ont fini de préparer les sachets de « neige », il commence à vendre à la porte de l’appartement, son 7,65 semi-automatique dans la poche. Ensuite, dès onze heures du soir jusqu’à quatre heures du matin, il vend dehors cette cocaïne qui rapporte 50 000 € par jour. Dire que s’il n’y avait pas de consommateurs, ce trafic terrible et dévastateur n’existerait pas !

 

Les chapitres sont courts et le rythme du récit devient vite oppressant mais une première lueur d’espoir va poindre avec ce prof d’italien patient, courageux et innovateur. Il ne cesse d’insister pour que Toni retourne au collège et ne gaspille pas ses meilleures années d’apprentissage.

 

Ainsi, Le Petit Seigneur m’a plongé dans l’ombre de la ville de Naples et il est impossible de ne pas penser aux livres de Roberto Saviano : Gomorra, Extra-Pure, Piranhas, Baiser féroce ou encore Le contraire de la mort. Cet écrivain et journaliste si courageux a dénoncé ces trafics, l’exploitation des gosses, cette gangrène odieuse favorisée par des gens faisant partie de la haute société. Depuis, il vit sous protection policière.

 

Le Petit Seigneur est dédié « À certains enfants de Naples qui n’ont pas le droit de rêver et à Giancarlo Siani, journaliste libre, mort pour la liberté. » Antonio Ferrara (photo ci-dessous), simplement et efficacement, a bien démontré cette emprise des adultes sur ces gosses privés de leur enfance. Ces trafics se poursuivent et, nous le savons, ont atteint un niveau incroyable dans cette capitale du sud de l’Italie.

 

Ce livre que j’ai pu découvrir et lire en une soirée grâce à Babelio et aux éditions Bayard que je remercie, mérite d’être lu afin de redonner espoir à tous ceux qui ne veulent pas subir ces trafics, cette drogue, ce racket, cette mort qui menace et frappe les plus faibles comme les plus courageux. C’est un enfer, nous le savons, mais nous savons aussi que cela continue malgré la lutte menée pour tenter de faire cesser l’exploitation des gosses par la mafia.

 

Voilà encore un livre jeunesse qui peut et doit être lu à tout âge mais je souhaite vraiment que les ados s’en emparent. Il leur ouvrira les yeux sur une réalité terrible tout en montrant des perspectives optimistes grâce à des enseignants, des éducateurs, des magistrats, des policiers courageux refusant une fatalité qui fait honte à notre monde dit humain.

Jean-Paul

 

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