Lilia Hassaine : Soleil amer

Soleil amer   par   Lilia Hassaine.

Gallimard (2021) 157 pages ; À vue d’œil (2021)  352 pages.

 

Avec Soleil amer, je découvre une autrice que je ne connaissais pas.

 

Dans ce roman à la fois réaliste et nostalgique, Lilia Hassaine me fait prendre conscience de ce que représente l’arrachement au pays de ces familles venues vivre en France pour suivre un mari qui travaille dur afin de tenter de donner une vie décente à sa femme et assurer un avenir à leurs enfants.

 

Soleil amer, avec des chapitres courts, percutants, débute en 1959 pour se terminer en 1997.

 

Lilia Hassaine note soigneusement les années pour que son lecteur suive bien l’évolution de ses principaux personnages.

 

Ceux-ci se nomment Daniel et Amir. Leur naissance cache un secret que je me garderai bien de révéler. Naja a 26 ans et vit dans la Wilaya de Sétif, en Algérie.

 

 

Son mari, Saïd, est parti depuis six mois et travaille, en région parisienne, dans une usine produisant des automobiles. Finalement, Naja le rejoint avec ses trois filles : Maryam, Sonia et Nour. Naja qui ne sait ni lire ni écrire, est à nouveau enceinte.

 

 

Le frère de son mari, Kader, a épousé une Française, Ève ; une femme qui subjugue Naja. Kader réussit dans son travail : une chocolaterie en Belgique.

 

 

À partir de là, je suis deux garçons : Amir et Daniel. L’un vit chez Naja et Saïd, l’autre chez Ève. Beaucoup de péripéties jalonnent le récit mené par Lilia Hassaine, un récit rythmé par quantité d’événements, moments de bonheur   et de malheurs, la vie quoi !

 

Si Daniel est fort et développé, Amir a beaucoup de problèmes. Non seulement il est chétif mais durant sa petite enfance, il ne parle pas. Daniel le protège. À l’école, il n’hésite pas à être violent pour éloigner ceux qui s’en prennent aux plus faibles, comme Amir.

 

Tout au long de ce roman, l’arrachement au pays d’origine cause bien des tensions. Pour les enfants de Naja et Saïd, la France est leur pays même si leurs parents tentent d’éveiller leur esprit pour qu’ils prennent conscience de cette dualité difficile à accepter.

 

 

Toutes ces familles d’origine algérienne sont logées dans ces barres d’immeubles construites au début des années 1970, ces HLM édifiés rapidement. C’est la banlieue où tout se passe bien au début.

 

 

Si Maryam est mariée en Algérie par son père, ses deux sœurs ne subiront pas le même sort. Quant à Amir, il va souvent dans la famille de Daniel où il est choyé par Ève.

 

 

Un peu plus tard, c’est Daniel qui est recueilli par Naja et Saïd car Ève a subi un grave accident et  a été hospitalisée de longs mois. Quand Kader, chaque dimanche, vient chercher Daniel, celui-ci n’apprécie pas, tellement il vit en parfaite complicité avec Amir.

 

En 1977, dans l’usine où travaille Saïd, un événement révélateur se produit lorsque celui-ci se voit proposer une promotion. Pour la première fois, il se fait traiter de « Bougnoule » et, la mort dans l’âme, préfère refuser cet avancement qui aurait permis à sa famille d’améliorer ses conditions de vie.

 

 

C’est l’arrivée au pouvoir de Giscard qui amplifie le racisme. En effet, ce Président décide d’offrir 10 000 francs à chaque Algérien qui retourne au pays. De plus, les conditions de vie dans ces quartiers de banlieue se dégradent rapidement avec l’arrêt des aides qui permettaient animations, nettoyage des immeubles et de leurs abords.

 

Lilia Hassaine (photo ci-dessus) me conduit ainsi dans les années 1980 avec la drogue qui commence à envahir les cités. Amir, devenu un élève brillant, pour payer ses études de médecine, refuse l’argent proposé par Ève. Pour y arriver, il travaille très tôt le matin dans la boulangerie d’un certain Gilbert.

 

 

Amir, Sonia et Nour ont grandi et tentent de faire leur place dans la société. Amir, Daniel et leur copain Miloud font la fête, vont en boîte mais, dès 1987, une maladie sans nom commence à faire des ravages dans la jeunesse…

 

Ce parcours démontre les liens étroits entre la France et l’Algérie. Il rappelle la guerre d’Algérie, les Harkis et les manifestations pacifiques réprimées sauvagement par notre police.

 

 

Avec ces vies qui défilent, Lilia Hassaine me rappelle toutes ces années difficiles dont les conséquences n’ont pas disparu aujourd’hui. Il suffit de consulter les déclarations de certains  hommes et femmes politiques.

 

J’ai bien apprécié ce roman au plus près de ce qu’ont vécu ces familles arrachées à leur pays d’origine qui ont eu beaucoup de peine à faire leur place en France. Il ne faut pas oublier cela et c’est bien que Soleil amer fasse partie des huit romans retenus pour le Prix des Lecteurs des 2 Rives car je n’en avais jamais entendu parler jusqu’ici.

Jean-Paul

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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