Laurent Gaudé : Eldorado

Eldorado      par     Laurent Gaudé

Actes Sud (2006) 272 pages ; J’ai Lu (2009, 2016) 217 pages.

 

Dire que ce livre de Laurent Gaudé a plus de dix ans et qu’il est toujours aussi actuel !

 

 

Entre temps, les lieux de passage ont changé, on ne parle presque plus de l’île de Lampedusa mais les drames restent les mêmes, les rêves d’Eldorado sont toujours aussi vifs et les migrants toujours plus nombreux, pas seulement vers l’Europe de l’ouest mais aussi vers les États-Unis et sans doute ailleurs…

 

Laurent Gaudé ne m’a jamais déçu, que ce soit avec La mort du roi Tsongor, La porte des Enfers ou encore Écoutez nos défaites. Alors, quand Élodie a proposé cette lecture, je n’ai pas hésité et je ne l’ai pas regretté.

 

Dans Eldorado, il aborde le problème par l’autre bout, du côté de ceux qui sont censés empêcher les migrants de se réfugier chez nous. Il s’attache donc aux pas du commandant Salvatore Piracci qui fait une rencontre qui va changer sa vie, dans les rues de Catane, en Sicile : « Il patrouillait le plus clair de son temps au large de l’île de Lampedusa et partageait ainsi sa vie entre son navire, les escales à Lampedusa et son port d’attache, Catane. » Pour lui, rien n’avait changé avant cette femme. Il y avait eu les Albanais puis les Kurdes, les Africains, les Afghans toujours plus nombreux…

 

 

Alors, l’auteur nous plonge dans l’univers de cette femme qui avait pu embarquer à Beyrouth avec son petit garçon de onze mois, avec des Irakiens, des Afghans, des Iraniens, des Kurdes, des Somalis, soit cinq cents personnes abandonnées en pleine nuit par l’équipage, sans eau, sans nourriture. C’est la monstruosité de ceux qui exploitent avec un cynisme sans pareil la misère de leurs compatriotes.

 

 

Avant de retrouver le commandant sur sa frégate, une partie est consacrée à Jamal et à son frère, Soleiman, qui préparent leur départ de Port-Soudan… Nous les retrouverons plus tard. En attendant, Laurent Gaudé (photo ci-contre) livre un passage palpitant qui prend aux tripes : « Reprendre les hommes à la mort. Les extirper de la gueule de l’océan. Le reste, tout le reste, les procédures d’arrestation, les centres de rétention, les tampons sur les papiers, tout cela, à cet instant, était dérisoire et laid. »

 

 

Je ne peux en dire plus pour ne rien enlever à l’angoisse de la lecture de ce qui se passe ensuite. L’auteur nous emmène à Lampedusa, revient à Catane puis s’attache à l’épopée de Soleiman en Afrique du Nord, jusqu’à l’enclave espagnole de Ceuta.

 

 

Par une belle pirouette littéraire, Laurent Gaudé m’a offert un moment de grâce surprenant, une fin triste mais pleine d’espoir, peut-être la seule possible pendant que Soleiman tente d’atteindre ce qu’il pense être l’Eldorado

Jean-Paul

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S
Laurent Gaudé ne m'a jamais déçu non plus et Eldorado a été pour moi un bouleversement. C'est une plume puissante pour un sujet profondément injuste, dont on parlait encore trop peu à l'époque de son écriture. Merci pour cette critique. Je découvre votre site.
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P
Belle chronique pour un superbe récit comme sait si bien les faire Laurent Gaudé, un de mes auteurs préférés.
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J
Nous partageons les même goûts. Merci !
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