Jesmyn Ward : Le Chant des revenants
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Le Chant des revenants par Jesmyn Ward
Traduit de l’anglais (USA) par Charles Recoursé
Titre original : Sing, unburied, sing
Belfond (2019), 269 pages.
Grand Prix des lectrices - Elle - 2019

Deux enfants Jojo (13 ans) et Kayla (Michaëla ) (3 ans) sont élevés par leurs grands-parents maternels, noirs, dans une petite ville du Mississipi. Leur mère Léonie n'est auprès d'eux que de façon intermittente. Elle est souvent maladroite et même brutale avec ses enfants. Ce n'est pas qu'elle ne les aime pas, mais elle n'y arrive pas. Elle tente d'oublier dans la cocaïne et la méthamphétamine la mort de son jeune frère Given, assassiné, et l'absence de son compagnon Michael, emprisonné au pénitencier d'État de Parchman dont les parents sont blancs, et dont le père surtout, rejette : "La négresse qui a fait des enfants à son fils".
Apprenant que Michael va être libéré, Léonie décide de partir en voiture le chercher avec ses enfants et son amie Misty, sa pourvoyeuse de crack, et pour cela traverser le Mississipi, un voyage de tous les dangers.
Jesmyn Ward (photo ci-dessus), première femme deux fois lauréate du National Book Award livre ici un roman très fort sur la folie raciste des hommes, la violence et la misère mais aussi sur l'amour d'un grand frère pour sa petite sœur et sur l'amour de grands-parents pour leurs petits-enfants.

Le frère mort, Given, et un autre personnage, Richie, fantômes du passé vont interagir avec le présent et permettre ainsi à l'auteure et ce, de façon très originale, de nous faire vivre au cœur de la dureté d'une vie de noir pauvre et de nous confronter à la ségrégation.
Pour tisser l'intrigue du Chant des revenants, Jesmyn Ward fait intervenir trois voix qui se succèdent : Jojo, Léonie et plus tard dans le roman, Richie.
La force de ce livre, à mon avis, tient au grand antagonisme qu'il y a, entre d'un côté, l'âpreté de cette vie où le drame et l'horreur sont toujours présents et l'immense douceur de Jojo et de son grand-père. Impossible pour moi, de ne pas être perturbée en présence d'une telle violence et cruauté et en même temps réconfortée au vu de cette tendresse poignante.
Ghislaine
