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Marie-Hélène Lafon : Nos vies

Nos vies      par     Marie-Hélène Lafon.

 Buchet-Chastel (2017) 182 pages ; Folio (2019) 160 pages.

 

J’avais beaucoup aimé lire Marie-Hélène Lafon (photo ci-contre) dans Les Pays puis dans Joseph mais j’avoue que Nos vies m’a un peu désorienté. J’ai eu franchement l’impression qu’elle écrit en délayant beaucoup pour allonger le texte, qu’elle tente d’étoffer au maximum un récit qui n’a pas vraiment de raison d’être.

 

 

Alors, allons-y, pourquoi pas ? L’auteure avait déjà parlé d’une certaine Gordana, caissière dans le Franprix où elle est cliente et elle la replace en vedette de son roman et lui invente une vie, un passé. La description de Gordana est impressionnante. C’est un déferlement de vocabulaire avec une mention spéciale pour : « Les seins de Gordana jaillissent, considérables et sûrs, dardés. C’est un dur giron de femme jeune et cuirassée. »

 

 

Un peu plus loin, elle confirme sa démarche : « J’ai l’œil, je n’oublie à peu près rien, ce que j’ai oublié, je l’invente. » Je l’avoue volontiers, l’écriture est délicieuse, les mots sont recherchés par exemple lorsqu’elle parle de « l’éclat adamantin de son cou blanc ». C’est donc que ce cou a la couleur et la dureté du diamant…

 

 

Ne se contentant pas de Gordana, elle invente une vie à sa narratrice, donne un nom à un fidèle client du supermarché : Horacio Fortunato. On le retrouve régulièrement en alternance avec les autres protagonistes du roman. Par contre, elle n’aime pas le terme de cousinade qu’elle traite de vilain nom alors qu’il désigne un large rassemblement familial et a l’avantage de ne pas être emprunté à la langue d’outre-manche…

 

 

L’imagination de Marie-Hélène Lafon n’a plus de limites lorsque sa narratrice s’imagine mère d’Horacio. Elle parle aussi de Karim, un amour qui a duré dix-huit ans mais un homme refusé par ses parents parce qu’originaire d’Algérie. Les précisions données sont très révélatrices d’opinions encore largement répandues.

 

 

Lorsqu’elle décrit une femme enceinte, cliente du magasin qui vient de laisser tomber son porte-monnaie, c’est encore un régal : « Son beau visage blanc, presque enfantin, rond, ses yeux verts, ses longs cils dorés, les perles de ses dents brillantes, le rose de sa bouche éclatent en bouquet de couleurs dans le drapé sépulcral du vêtement qui l’engloutit et avale ses cheveux, ses oreilles, sa nuque, son cou, ses poignets, ses mains, ses chevilles, ses pieds et tout son corps que l’on devine félin et dansant en dépit du ventre phénoménal. »

 

 

Finalement, j’ai bien aimé lire ce nouveau roman de Marie-Hélène Lafon même si les reproches faits au début ont un peu gâché ma lecture.

Jean-Paul

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