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Patrick Grainville : Les yeux de Milos

Les yeux de Milos       par     Patrick Grainville

de l'Académie française.

Seuil (2021), 343 pages.

 

 

Ça foisonne, ça pullule, ça déborde… Patrick Grainville que je lis pour la première fois, s’est déchaîné, réalisant une peu ordinaire avalanche littéraire avec Les yeux de Milos.

 

En fait, si Milos s’exprime beaucoup en étant le porte-parole de l’auteur, c’est la peinture la vedette du roman et avant tout, Pablo Picasso.

 

Les yeux de Milos sont d’un bleu si profond, si unique que le pauvre garçon est obligé de les cacher derrière des lunettes noires car, en plus, le soleil le fait beaucoup souffrir. Zoé, sa toute première amoureuse, n’a pas eu d’autre idée que de lui jeter une poignée de sable au visage, déclenchant d’atroces douleurs. Suite à cette agression, le garçon doit changer d’école, à Antibes où il habite, et c’est Marine, sa nouvelle petite amoureuse qui entre dans sa vie.

 

 

À ce moment précis du récit, je crois être lancé dans une histoire familiale. Mais c’est alors que la peinture et les peintres entrent en scène. L’auteur commence à parler du musée Picasso (photo ci-dessous et Guernica, tableau ci-dessus) d’Antibes puis de Nicolas de Staël qui s’est suicidé, dans cette même ville, en se jetant du haut d’une terrasse surplombant la mer, le 16 mars 1955. Il avait 41 ans.

 

Ces deux grands artistes sont alors les deux stars du roman avec, quand même, un net avantage à celui qui a vu le jour à Málaga, en 1881. Bien sûr, il y a l’abbé Breuil en « vedette anglaise », ce passionné de préhistoire qui inspire beaucoup Milos travaillant au Musée de l’Homme à Paris puis effectuant des recherches ou visitant des lieux préhistoriques mythiques un peu partout dans le monde.

 

Enfin, l’amour et le sexe sont omniprésents avec des scènes souvent torrides, Patrick Grainville (photo ci-dessous) démontrant un talent certain pour exciter son lecteur. Hélas, avec les femmes de la vie de Milos, le drame est toujours imminent après des mois de fol amour.

 

 

Imbriquez tout cela avec les femmes de Picasso que je renonce à citer et vous obtenez un récit souvent lassant fait de beaucoup de répétitions, de redites. L’histoire de Milos devient vite accessoire même si l’auteur sait la relancer habilement de temps à autre.

 

 

Le tableau de la jaquette – portrait de Marie-Thérèse Walter, 1937, Musée Picasso à Paris – mis à part, j’ai été souvent frustré de ne pas avoir à portée de main le catalogue des œuvres évoquées, parfois disséquées. Qu’elles soient de Pablo Picasso, de Nicolas de Staël (Le Concert, tableau ci-dessus, Musée Picasso d'Antibes et photo du peintre, ci-dessous) ou d’un autre – beaucoup d’artistes sont cités -  les œuvres d’art déferlent et donnent envie de les voir ou de les revoir.

 

 

Au style soyeux, précieux parfois, des première pages, a succédé une écriture percutante, très crue, nommant les organes sexuels par leur nom – vulve arrive largement en tête devant couilles et trou du cul… -, suivant l’œuvre de celui qui s’éteignit à Mougins en 1973, à 91 ans. De plus, les mises au point politiques ou sociétales de l’auteur sont toujours bien senties.

 

 

Si Les yeux de Milos n’est pas une biographie de Picasso, le roman s’en rapproche beaucoup. L’auteur termine d’ailleurs par un rêve extraordinaire conté par Milos. Il retrace un enterrement fantastique du plus grand artiste du XXe siècle, une fresque formidable, pleine de surprises et de scènes surréalistes vraiment réussies.

 

 

Photo ci-contre : Portrait de Dora Maar 2 (1937) Musée national Picasso, Paris.

 

 

Avec Les yeux de Milos, Patrick Grainville a réussi un grand roman mais, à mon avis, il a voulu plaquer trop de choses, mettre en scène beaucoup trop de personnages et de lieux divers. C’est à la fois la richesse et le trop-plein du roman. Si, tout ce qu’il apporte dans son récit vise un même but, cela a embrouillé ma lecture, la rendant parfois pénible, ce que je regrette, tant le talent d’écriture de l’auteur est certain. En tout cas, je remercie Babelio et les éditions du Seuil pour cette belle découverte.

Jean-Paul

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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