Lola Lafon : Mercy, Mary, Patty

Mercy, Mary, Patty         par      Lola Lafon.

Actes Sud (2017) 233 pages ; Babel (2019) 240 pages.

 

 

Heureux de retrouver Lola Lafon (photo ci-contre) après La petite communiste qui ne souriait jamais, j’ai trouvé qu’elle s’était lancée dans une tâche redoutable, choisissant d’écrire une fiction autour de l’enlèvement de Patricia Hearst, le 4 février 1974.

 

 

Elle s’attache au problème des otages choisissant de rester avec leurs ravisseurs. Cela va plus loin que le syndrome de Stockholm et c’est d’ailleurs bien traité par l’auteure. Mercy, Mary, Patty sont les diminutifs des prénoms de trois femmes, dont Patricia, ayant refusé de quitter la vie qui leur avait été imposée alors qu’elles en avaient la possibilité.

 

 

L’action se passe dans les Landes, au bord de l’océan, et la narratrice s’adresse à Gene Neveva, professeure d’université aux États-Unis, invitée pour un an à enseigner en France. Elle est chargée par la défense de Patricia Hearst de rédiger un rapport afin de l’innocenter lors de son procès.

 

 

 

Elle recrute une jeune fille, Violette qui se fait appeler Violaine. Elle parle bien l’anglais et Neveva lui confie tous les documents en sa possession. Ce sont les cassettes des enregistrements des déclarations de la fille du célèbre magnat de la presse qui sont les plus étudiées, comme l’a fait le FBI.

 

 

 

Cela donne un roman assez décousu, difficile à suivre avec un retour régulier indispensable sur les événements de 1974. C’est d’ailleurs le plus intéressant mais Lola Lafon croit bon de mêler à cette histoire celle de villageoises prises en otage, en 1704, par des Amérindiens.

 

 

Le travail de Violaine s’étale sur dix-sept jours et l’on apprend que le père de Patricia a été obligé de distribuer de la nourriture aux plus nécessiteux à la demande de la SLA (l’Armée Symbionaise de Libération) qui détient Patricia. Celle-ci a ainsi découvert que plus de quatre millions de personnes n’avaient rien à manger, en Californie !

 

 

Autre constat sans concession, la narratrice déclare : « Vos États-Unis sont brinquebalants, ils ont de venimeux grincements de guerre, on y ferme des usines, on y fait la guerre pour de l’essence, les éditorialistes n’hésitent pas à déclarer que le pays est pris en otage par les Arabes. » Ce tableau réaliste est complété par une question : pas de racisme en France ?

 

 

Quand Violaine dit à Neveva que les hommes la dévorent des yeux, elle réagit : « le jour où les femmes arrêteront de confondre désir sexuel et masochisme, elles pourront enfin profiter du sexe sans craindre d’être dévorées et digérées. »

 

 

Patricia choisit de s’appeler Tania et déclare, le 3 avril 1974 : « J’ai appris que la classe dominante ne recule devant rien pour étendre son pouvoir sur les autres, même si cela inclut de sacrifier un des leurs. »

 

 

Un assaut des forces de l’ordre causera d’énormes dégâts humains et matériels pour tuer les membres de la SLA mais Patricia ne sera libérée que vingt-et-un mois après. Lola Lafon, avant de revenir aux Amérindiens, croit bon de nous emmener à Smith College, à Northampton, dans les cours de Neveva mais c’était inutile car ce roman sur l’émancipation des femmes aurait mérité davantage de simplicité ce qui l’aurait rendu plus efficace.

Jean-Paul

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