MENU

Jean-Michel Riou : Les mouches bleues

Les mouches bleues       par    Jean-Michel Riou.

Éditions de L’Observatoire  (2020) 165 pages.

 

 

 

Les mouches bleues, est un roman inspiré de l’histoire d’Aleksander Kulisiewicz dont la lecture est bouleversante mais ô combien riche et nécessaire !

 

 

Avril 1940, 102 déportés de Pologne entassés dans un wagon à bestiaux sont acheminés vers l’Allemagne, destination : le camp de concentration d’Oranienbourg-Sacksenhausen « le royaume du SS-Oberführer Hans Loritz, commandant des lieux. » Parmi ceux-ci, un jeune homme de 21 ans,   Aleksander Kulisiewicz va se retrouver au block des Polonais étiquetés « personnes internées pour raison politique », porteurs d’un triangle rouge sur leurs habits, la couleur renvoyant aux diverses catégories établies. Il y restera jusqu'à la libération en 1945.

 

 

 Dès son arrestation à Varsovie, il s’est promis de tout retenir « Même sans papier ni stylo, j’écrirai, d’autant que, en plus d’être artiste dilettante, et un peu étudiant, je suis journaliste. Jusqu’à mon arrestation, je collaborais à une revue ennemie de l’occupant ». Il faut souligner que depuis son plus jeune âge, la mémoire est son alliée, elle l’a aidé à vaincre son bégaiement.

 

 

Dans ce camp de concentration, probablement l’un des seuls que les prisonniers ont baptisé d’un diminutif : « Sackso », des milliers de personnes persécutées du fait de leurs convictions, de leurs origines ou de leurs religions doivent faire face à l’horreur et tenter de survivre à ce déferlement de violence, de cruauté, de turpitude, les mots sont trop faibles pour exprimer la barbarie dont font preuve les nazis, « c’est en cela qu’ils ressemblent aux mouches bleues. Les deux espèces cèdent à la même frénésie pour le sang et la chair fétide. »

 

 

Comment survivre donc, dans ces conditions ? Alex va tenir bon grâce aux chansons qu’il écrit sur la vérité cruelle du camp et qu’il va interpréter la nuit devant les autres déportés, comme une saynète, en prenant des risques immenses, échappant in extremis à la mort lorsque le SS Baumkötter lui fera à plusieurs reprises des injections de cultures diphtériques. Il devra son salut grâce à l'intervention courageuse et à la ruse des camarades médecins du « Revier », « l'hôpital » du camp pour en neutraliser le développement fatal. Il s’est promis de tenir jusqu’à la mort d’Hitler pour que ces chansons et ces airs qu’il garde en mémoire ne disparaissent pas. « J’ai la tête farcie de mots et de notes qui composent peu à peu l’histoire du camp. J’entre dans la bagarre. Il faudra survivre ».

 

 

 

 

C’est avec beaucoup de talent que Jean-Michel Riou (photo ci-contre) fait revivre les quatre années de déportation de ce jeune  Aleksander Kulisiewicz (photo ci-dessus) né en 1918 à Cracovie et décédé en 1982 dans cette même ville.       

                     

 

Comme il le souligne dans les notes de fin d'ouvrage, il a cherché à rester au plus près de la réalité et il ajoute que les exactions de toutes sortes subies sans relâche par les déportés sont exactes. Seuls certains personnages appartiennent au registre de la fiction, mais ce qu'ils ont subi ne l'est pas.

 

 

Le narrateur du roman est Alex, comme l'appellent ses compagnons de déportation, mais l'auteur a eu l'idée originale de faire parler parfois d'autres acteurs du drame et pour cela de mettre leurs pensées en italique.

 

Ce livre permet de se souvenir que  Aleksander Kulisiewicz a permis par ses chansons à de nombreux détenus de s'évader momentanément du camp de la mort  et à nous tous de ne pas oublier, en dictant, à la libération, sur son lit d'hôpital de Cracovie 716 pages de chants et de poèmes écrits dans les camps ! Il dira plus tard : « J’ai survécu à la période nazie, mais je n’ai jamais quitté le camp de concentration. »

 

 

J’ai eu la chance de pouvoir lire ce roman si important grâce à Babelio et aux éditions Plon que je remercie. Le bandeau de présentation, en noir et blanc, avec des notes de musique accrochées aux barbelés et en arrière-fond les baraquements du camp, est parfaitement adapté au contenu du livre.

 

 

Un livre à lire absolument pour ne pas oublier, et surtout rester vigilant, très vigilant car comme l'a dit Germaine Tillion : « Le mal peut revenir à tout moment, il couve partout et nous devons agir au moment où il est encore temps d'empêcher le pire. »

Ghislaine

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Thème Magazine -  Hébergé par Overblog