Karine Giebel : Glen Affric

Glen Affric     par   Karine Giebel.

Plon (2021) 761 pages.

 

Glen Affric de Karine Giebel m’a embarquée dans des émotions plus qu’intenses, émotions que j’ai rarement ressenties à ce degré lors de mes lectures.


Une présentation est faite de trois personnages, trois innocents à qui la vie n’a pas fait de cadeaux. Léonard est un jeune garçon de 16 ans doté d’un physique impressionnant que son amie Victoria décrit ainsi : un sourire d’enfant, un regard d’innocent et un cœur de géant. Il n’est pas comme les autres. Il a été trouvé dans un fossé alors qu’il avait 5 ans traumatisé par de multiples sévices d’où ses difficultés de compréhension et a été recueilli par Mona. Et même si celle-ci «  a beau affirmer qu’il est mieux que les autres, Léonard a du mal à la croire. Ses camarades de classe disent qu’il lui manque des cases, qu’il n’est pas fini ». Pour lui, le lundi matin est synonyme d’« une nouvelle semaine en enfer ». Harcelé, rançonné, il subit, encaisse, supporte. Son physique lui permettrait d’écraser aisément ses ennemis, mais il a promis à Mona de ne jamais utiliser sa force physique pour blesser quelqu’un.

 

Son bien le plus précieux qui lui permet de s’endormir le soir est une carte postale jaunie par le temps, envoyée d’Écosse, de Glen Affric par son frère Jorge, qu’il ne connaît pas et qu’il attend... Mais lorsque la bande à Jules s’en prend à son chat, Léonard voit rouge et se rebiffe !

 

Jorge, quant à lui, Mona n’a pas osé en parler à Léonard, tant celui-ci est fragile et sensible, il est écroué depuis seize ans pour un viol et deux assassinats qu’il a toujours nié avoir commis, et va être remis en liberté conditionnelle. Ironie du sort : le jour de sa levée d’écrou, Léonard est incarcéré. Il faudra attendre un peu pour que Jorge et son frère adoptif fassent enfin connaissance.

 

Et il y a également cette jeune femme Angélique qui ne parle plus et qui est séquestrée et abusée par  son oncle qui l’a recueillie lors du décès accidentel de ses parents.

 

Trois histoires, donc, qui vont s’entrecroiser.

 

Karine Giebel passe d’un personnage à l’autre sans nous laisser de temps de répit et je dois dire que j’ai souffert atrocement en découvrant la cruauté dont peuvent être capables les êtres humains, du moins certains. Que ce soient ces gamins sans pitié qui n’hésitent pas à s’en prendre aux plus faibles d’entre eux comme à  Hadrien, le surdoué ou à Léonard, « le triso, le bâtard », « différents des autres, des proies forcément », que ce soient les gens du village qui condamnent sans preuves, qui colportent les rumeurs, tiennent des propos vexants et haineux, surtout lorsqu’ils se retrouvent à plusieurs ou que ce soit encore des gendarmes ou des surveillants corrompus qui s’acharnent sur ces innocents ou ces faibles devenus leur proie.

 

Quant à l’univers carcéral, Karine Giebel le décrit de façon magistrale, sans faux-semblant, démontrant comment il détruit les individus, disant fort à propos, comme on peut le constater dans la vie «  que les innocents qui entrent en prison en ressortent coupables et que ceux qui le sont déjà en ressortent plus violents qu’ils ne l’étaient auparavant. »

 

La bienveillance, l’amitié, l’amour, la compréhension, la solidarité et l’espoir sont  néanmoins bien présents, terriblement bien incarnés et rendent d’autant plus abjects les comportements précédents.

 

Les sentiments familiaux avec cet amour maternel si chaud et si important incarné par Mona et cet amour « fraternel » entre ces deux garçons Jorge et Léonard atteignent quelque chose de sublime.

 

Léonard est sans aucun doute le personnage que l’on pourrait qualifier d’innocent le plus pur. En lui faisant faire référence à maintes reprises, soit à l’histoire de sa découverte dans le fossé, soit à sa phrase fétiche  « C’est con la vie, hein John ? », ou encore à ce rêve de voir Glen Affric, Karine Giebel rend le récit absolument émouvant et bouleversant.

 

Les erreurs judiciaires et les errances de la justice sont développées de façon extrêmement pertinente.

 

C’est une histoire pétrie d’humanité, de tolérance, d’amour, de soif de liberté mais de tellement de douleur.

 
Je dois avouer que les larmes ont accompagné la presque totalité de ma lecture tant il m’a été impossible  de ne pas être attendrie, touchée et secouée par les répliques si désarmantes de Lennie, ce garçon qui a compris que le monde n’aime pas ceux qui sont différents et qui rêve parfois et de plus en plus souvent de disparaître. Impossible également de ne pas être touchée par la beauté des sentiments exprimés par ces deux frères et au contraire, totalement révulsée par la bêtise et la cruauté humaines, l’horreur atteignant des sommets avec la séquestration d’Angélique.

 

Quant au dénouement, bien des surprises nous attendent, nous laissant cependant un goût amer et un sentiment d’amertume face à toutes ces vies gâchées. Le suspense est superbement bien entretenu et les deux frères resteront gravés dans ma mémoire pour longtemps.

 

Karine Giebel (photo ci-dessus) a un talent incontestable pour être parvenue à un thriller psychologique aussi abouti, où le plus beau côtoie le pire. J’avais beaucoup apprécié Toutes blessent, la dernière tue, mais j’ai trouvé Glen Affric encore plus convaincant.

 

Un énorme coup de cœur, donc, pour Glen Affric que j’ai eu l’immense plaisir de lire grâce à Babelio et aux éditions Plon, dans le cadre des Experts Polar de ces mêmes éditions, que je remercie très sincèrement.

 

Ghislaine

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Thème Magazine -  Hébergé par Overblog