Laurent Cappe : MAY

May      par    Laurent Cappe.

Éditions Vendeurs de Mots  (2021)  pages.

 

Dans ce château de Broclemet (Pas-de-Calais), Laurent Cappe m’a fait vivre une terrible et belle histoire bâtie autour de deux femmes : Belle et May. Même si la première est actuelle, c’est le destin de la seconde que j’ai brûlé de connaître au travers d’une vie extraordinaire et tellement humaine à la fois.

 

Je suis tout de suite dans l’ambiance avec un prologue présentant May, petite fille, délaissée par ses parents dans ce château – « Versailles du Nord » - où ils ne pensent qu’à faire la fête. May a 9 ans et sait se rendre invisible, se glisse entre les doigts de ceux qui veulent la retenir, comme une anguille. Seule une femme énigmatique, une harpie aux cheveux roux, lui demande d’avoir confiance en l’avenir.

 

 

Débute alors la première des trois parties avec Belle, directrice des affaires financières d’un grand groupe du bâtiment. Elle habite un appartement de cent quarante mètres carrés dans le VIIe arrondissement de Paris et sa meilleure amie, collègue de travail plus âgée, se nomme Jasmine ; elle est son âme sœur.

 

 

Malgré sa réussite professionnelle, Belle, n’est pas heureuse, ressent des problèmes de respiration. C’est dans la salle d’attente d’un psychologue qu’elle tombe sur une petite annonce décrivant un château du XVIIIe, à Broclemet. Ce château est à vendre, avec son parc, plus travaux à prévoir. C’est un choc pour Belle, une révélation !

 

Fascinée par cette annonce, elle se remet à respirer normalement et prend aussitôt une semaine de congés pour aller voir sur place, fortement tentée de s’installer dans le Pas-de-Calais. Au passage, j’apprends qu’elle a une fille, Victoire (5 ans), seul véritable amour de sa vie, dont le père, Mathias, collectionneur de conquêtes féminines, se révèlera, plus tard, fort malfaisant.

 

 

Voilà donc Belle à Broclemet avec l’agent immobilier qui lui fait visiter le château : vingt-cinq pièces plus salons, salles d’eau, de réception et un parc magnifique de trente hectares, bien boisé. La propriétaire étant décédée en 1995, les descendants veulent se débarrasser de cet héritage bien encombrant.

 

 

Avant de repartir pour Paris, Belle apprend que l’ancienne propriétaire avait traversé le village, entièrement nue, à cheval, un exploit qui marque encore les mémoires !

 

Grâce à une lettre remise par le notaire, Belle fait davantage connaissance avec May qui raconte son enfance, parle de ses parents écumant les grandes villes du monde la laissant dans les mains d’une nourrice, au château. Avec cette première lettre, c’est le début d’un jeu de piste littéraire passionnant, plein de surprises, qui permet de découvrir l’extraordinaire bibliothèque du château. Le père de May, amoureux des livres anciens, collectionnait les ouvrages rares et j’en découvrirai plusieurs, très bien décrits par Laurent Cappe (photo ci-dessous), au cours de ma lecture.

 

Sans temps mort, les chapitres se succèdent, chacun intitulé avec le prénom du principal personnage concerné. C’est avec plaisir que je côtoie donc Belle, Jasmine, May, Victoire, plus Marc et Elisa qui habitent la maison du gardien, à l’entrée du château. Marc en assure l’entretien alors qu’Elisa est institutrice à l’école publique du village.

 

La seconde partie apporte de nouvelles révélations sur la vie de celle qu’on appelait « La baronne » au village. La première guerre mondiale révèle ses talents d’infirmière et même de vétérinaire alors que le château est réquisitionné pour la convalescence des officiers français, plus un Allemand, prisonnier, Wilhelm, dont elle tombe amoureuse.

 

C’est dans cette partie qu’apparaît Hervé, menuisier, qui va beaucoup compter pour Belle qui progresse, de lettre en lettre, dans la vie de May.

 

Dans la troisième partie, de loin la plus intense, j’apprends que May est orpheline dès vingt-deux ans, qu’elle a eu un fils, qu’elle s’est mise à boire, ne veut plus voir son fils, le refile à la famille de Wilhelm et fait croire à sa mort. D’ailleurs, la tombe de ce petit Marcel se trouve au fond du parc.

 

Bien sûr, la seconde guerre mondiale fait des ravages. Le château est occupé par l’armée du Reich qui saccage bien les lieux. May peut résister grâce à Henri, homme à tout faire au château. C’est au cours d’une longue soirée mémorable que tout se délie.

 

Laurent Cappe, homme de théâtre dont j’avais découvert les talents d’écrivain dans Bleu, mène les dernières pages de son roman avec brio. C’est passionnant, terrible, haletant. Les coups de théâtre se succèdent jusqu’au bout avant qu’un épilogue se révèle infiniment précieux pour le lecteur.

 

Je remercie l’auteur qui a continué à me faire confiance pour découvrir son second roman parce que je me suis ré-ga-lé !!!

 

Jean-Paul

 

 

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