Laure Barachin : Le Mirage de la justice

Le Mirage de justice      par     Laure Barachin.

Auto édition  (2021) 209 pages.

 

 

Le Mirage de la justice, titre donné à son sixième roman par Laure Barachin indique assez clairement le sujet dont il va être question dans ce livre, à savoir l’apparence séduisante et trompeuse que peut revêtir la justice. Si c’est une matière à discussion relativement complexe, l’auteure, par le biais de ce roman, composé de deux parties, a su de manière délicate et sensible et pourtant très pertinente mener à bien ce défi.

 

Dans la première, nous faisons connaissance avec Aurore, qui, à l’âge de 12 ans, en 1978, a perdu ses parents dans un accident de voiture. Présente, lors de ce terrible événement, elle a entr’aperçu un homme qui n’a pas prêté attention à elle. Malgré son témoignage, certes inconsistant, l’enquête n’a pas résolu ce problème bien qu’il ait été démontré que les freins avaient été trafiqués. Le dossier finira par être relégué au rang des affaires  non classées faute de pistes. Pour lui faire oublier, son grand-père  l’emmènera alors vivre à Rome, au pays de ses ancêtres.

 

Mais Aurore reste profondément marquée par ces événements et surtout par les failles de la justice. C’est ce qui déterminera sa vocation à entrer dans la police. Si elle choisit ce métier, et devient commissaire, c’est vraiment par idéalisme « pour tenter de résoudre des énigmes et, ainsi, sortir les gens de la détresse dans laquelle ils s’enfoncent ».

 

Elle partage la même conception de la justice avec le procureur Mattia Bolucini qui, lui aussi, est un idéaliste et un humaniste invétéré. Amenés à se rencontrer sur certaines affaires, ils deviennent de plus en plus proches, souffrant tous deux de la même absence, celle d’un père et d’une mère. La mère de Mattia est décédée et, s’il a toujours son père, ses relations avec lui sont très conflictuelles.

 

Deux meurtres de commerçants vont peut-être permettre à Aurore, aidée de Mattia dont elle tombe irrémédiablement amoureuse, de trouver des liens avec la mort tragique de ses parents.

 

La deuxième partie emmène le lecteur bien loin de l’Italie,  en Inde, à Bombay, caricature des inégalités sociales, où la moitié de la population vit dans un bidonville et où les enfants sont en danger permanent, physiquement et moralement.  En dehors de la ville, près de la congrégation des Sœurs de la Charité, La Maison du Soleil est un édifice construit pour l’accueil des enfants, pour ces enfants de la rue, ces déshérités, pour qu’ils ne terminent pas leur vie allongés sur un trottoir, dans la plus totale indifférence et ainsi leur donner une deuxième chance dans la vie afin de réparer l’inégalité de naissance en leur offrant un hébergement, la possibilité de s’instruire  et aussi un peu d’affection. Une seconde chance peut-être pour ceux qui mendient et se prostituent sur les trottoirs de Bombay, qui travaillent comme des forçats afin de gagner misérablement leur vie. Un très beau portrait, fort et marquant d’une de ces enfants est brossé sous les traits d’Yselda.

 

Ces deux parties sont bien évidemment reliées entre elles et la seconde nous permet d’ailleurs de connaître la suite des péripéties survenues à ce couple si complémentaire.

 

Ce roman a l’immense mérite de poser de nombreuses questions sur le déterminisme social, sur la responsabilité de la société, sur les codes sociaux, sur le vide affectif et ses conséquences, sur le monde des affaires et bien entendu sur la fragilité de la justice humaine, thème central du roman.

 

Il montre également comment par nos choix et nos engagements, nous pouvons, non pas éradiquer l’injustice et la misère, mais tendre à améliorer le sort des plus défavorisés.

J’avais beaucoup apprécié Les Enfants du mal, le roman précédent de Laure Barachin (photo ci-dessus). Une fois encore j’ai été conquise par son écriture fluide, précise, toute en sensibilité et la justesse  du ton dans la confrontation des idées.

 

Un seul petit bémol : il me semble que, plutôt que faire des allusions à l’originalité que présentait le couple formé par les parents d’Aurore, sans la préciser, il eut peut-être été plus simple de la dévoiler pour une meilleure compréhension du lecteur. Aurore étant la fille de Capucine et Chris, ces enfants qui m’avaient tellement bouleversée dans Les Enfants du mal. Mais, ça peut être aussi une incitation à le découvrir pour ceux qui n’auraient pas eu la chance de le lire.

 

Le Mirage de la justice est non seulement un roman sur ce qu’est la notion de justice mais il est également, un roman d’amour, un roman d’aventure et un thriller haletant avec un suspense omniprésent, tout en nous immergeant dans différentes questions sociétales !

 

Si vous ne connaissez pas encore Laure Barachin, il est temps de remédier à cette carence en vous plongeant dans ce superbe roman qu’est Le Mirage de la justice.

 

Ghislaine

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