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Vincent Message : Les années sans soleil

Les années sans soleil      par    Vincent Message.

Seuil (2022) 254 pages.

 

 

Vincent Message, dont le dernier roman Les années sans soleil, titre faisant référence aux années 535 – 536, où le brouillard a obscurci le ciel et masqué le soleil pendant presque deux ans, tente d’appréhender ce que nous vivons maintenant, depuis deux ans, sans toutefois jamais le nommer, le Covid 19.

 

Elias Torres, un écrivain modeste, vivant à Toulouse avec Camille, sa compagne et leurs deux enfants Maud et Diego, se rend à New-York pour la promotion de son quatrième roman, le premier traduit en anglais. À son arrivée à l’aéroport, après un contrôle incompréhensible, il est renvoyé illico, sans explication,  vers la France par le même vol, comme une grande partie des voyageurs.

 

Fort déçu, il rejoint les siens dans un petit village situé dans les premiers contreforts des Corbières, où ils passent quelques jours à visiter notamment l’abbaye de Fontfroide (photo ci-dessous). Lors du retour sur Toulouse, ils tombent sur des contrôles de police, de véritables barrages à l’approche de la ville. Un justificatif de domicile leur est demandé : aucun problème, ils ont le droit de rentrer. « Nous venions de vivre sans le savoir nos dernière heures de liberté ».

 

Comme le dit très bien Elias, le narrateur, « chacun d’entre nous se souvient où il était quand ça a commencé, ou plutôt quand il a compris que ça n’était pas anodin, que ça ne toucherait pas que les autres, que c’était parti pour durer et que ça allait changer nos vies ».

 

Lorsque tout a fermé, le lycée de Maud, la crèche de Diego, la librairie où il travaille depuis vingt ans, un jour sur deux, la plupart des commerces, Elias Torres sent tout de suite la difficulté que sera d’affronter cette épreuve avec les enfants.

 

De plus, si Diego, le bambin de deux ans et demi prend cela comme des vacances, monotones certes, il n’en va pas de même pour Maud qui, à dix-sept ans, se retrouve, coupée de tout ce à quoi elle tient,  arrachée à ses amis, son copain…, Maud, qui ne décolère pas contre l’inaction des dirigeants face à la crise écologique.

 

Des violences policières vont aussi singulièrement éprouver la famille et le cadre familial est mis à rude épreuve. 

 

Ainsi, Elias se retrouve désarmé devant l’inattendu, impuissant, et va nous faire partager son cheminement intérieur pour encaisser, endurer, ne pas baisser les bras pour préserver cette cellule familiale, pas facile…

 

Il va , pour relativiser cette détresse du présent mener des recherches pour savoir quelles ont été les pires années de l’histoire de l’humanité, les années meurtrières sont hélas nombreuses, mais pour lui, cela ne fait pas de doute, ce sont les décennies qui ont suivi 535 – 536, où le soleil a cessé de briller près de dix-huit mois et dont l’hypothèse la plus probable est une série d’éruptions volcaniques. S’en sont suivies des famines, des pestes dues à des phénomènes climatiques brutaux amenant à d’importantes crises de civilisation. La comparaison alors, avec la situation actuelle semble assez pertinente.

 

Vincent Message (photo ci-dessus), par l’intermédiaire de son quasi alter-ego, excelle à raconter le métier d’écrivain avec ses difficultés mais surtout la joie d’exercer cette activité où il se sent libre et souverain et dont il aime toutes les phases de l’écriture. Il développe également avec brio la jubilation que peut apporter la lecture et il montre comment la littérature devient un des antidotes possibles aux angoisses qui nous habitent, tout comme l’art ou la poésie.

Photos ci-dessus et ci-dessous : Toulouse.

 

Il n’oublie pas d’évoquer le sort des librairies durement touchées lors de ce confinement avec pour certaines d’entre elles, comme ici dans le roman, l’obligation de mettre la clef sous la porte.

 

Le récit vivant de cet homme confronté, comme nous-même l’avons été, à une situation anxiogène jamais rencontrée m’a touchée. Les sentiments qu’il ressent et les solutions qu’il expérimente, sans forfanterie sont convaincantes.

 

En nous faisant vivre le quotidien de cette famille dans cette époque troublée, avec un regard lucide, réaliste, un ton juste et une réelle douceur, ce roman qui aurait pu se révéler ravageur, est plutôt apaisant et est une véritable ode à la littérature et à sa puissance.

Les années sans soleil est un roman humain qui met en exergue nos inquiétudes, nos doutes, nos désarrois et aussi nos impuissances, devant cet avenir incertain face aux impacts du réchauffement climatique, un roman qui m’a procuré beaucoup d’émotions, sans jamais me lasser.

 

Après Défaite des maîtres et possesseurs et Cora dans la spirale, deux romans de Vincent Message que j’avais fortement appréciés, grâce à Babelio et aux éditions du Seuil, j’ai pu, avec un immense plaisir découvrir et me passionner pour Les années sans soleil. Je les en remercie très sincèrement.

 

Ghislaine

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D
Très envie de le lire celui-ci ! Un auteur que j'apprécie particulièrement.
Répondre
D
Avec Jean-Paul, nous n'oublions pas que c'est en partie grâce à toi que nous avons découvert cet écrivain que nous apprécions également très fort !
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