Laurine Roux : L'autre moitié du monde

L’autre moitié du monde    par   Laurine Roux.

Les Éditions du Sonneur (2022) 251 pages.

Prix Orange du Livre 2022 (photo ci-dessous).

 

 

1930, en Espagne, des paysans s’éreintent dans les rizières du delta de l’Èbre exploités par Doña Serena, l’impitoyable Marquise et son mari et dont le fils dégénéré Carlos,  abuse du corps des employées.

 

 

C’est dans ce cadre que grandit Toya, douze ans, une gamine sauvage dégourdie et insoumise qui connaît la nature et les marais comme sa poche, choyée par ses parents Pilar, cuisinière au château et Juan travailleur dans les rizières.

 

 

Bien qu’harassés par le travail, ces paysans miséreux que les dominants considèrent comme invisibles sont solidaires entre eux et parviennent à partager quelques moments de joie.

 

 

Mais, dans ces restes d’une société éminemment féodale, la colère couve et les idées révolutionnaires du jeune instituteur Horacio vont les aider à organiser la révolte face aux terribles injustices que leur font subir ces propriétaires terriens, ces grands bourgeois associés à l’Église complice, révolte qui se manifeste dans tout le pays, les prémices de la guerre civile sont là. Franco ne tardera pas et la fin de la République avec.

 

 

L’Histoire va donc jouer un rôle primordial dans la vie de Toya, la révolution lui faisant goûter au meilleur tandis que la répression franquiste le lui ôtera.

 

 

Avec l’épopée de cette adolescente entourée de personnages consistants qui, par leur forte personnalité,  ont quasiment une présence réelle dans le récit, Laurine Roux, avec une écriture pleine de souplesse, de poésie, de sensualité où la nature est présente physiquement plonge le lecteur dans une véritable tragédie humaine sur fond de guerre d’Espagne.

 

 

 

 

Beaucoup de cruauté émaille le roman mais aussi énormément de tendresse et notamment celle de Pilar pour sa fille.

 

 

J’ai été très sensible à cette capacité qu’a Toya à faire corps avec la nature, tout comme aux talents culinaires exceptionnels de sa mère et sa capacité à accommoder et à tirer le meilleur de chaque élément. J’ai également été émerveillée par ces moments sublimes où Toya découvre le pouvoir des notes de musique : des passages enchanteurs !

 

Quelques termes et expressions espagnoles sont les bienvenus et apportent crédibilité et musicalité au roman.

 

 

 

Mais le contexte historique, cette guerre d’Espagne, montre combien il est important d’unir toutes les forces possibles pour faire face au tyran et que chaque homme compte mais aussi combien, hélas, il est difficile même dans les pires moments que les hommes s’entendent et les tensions entre ces Républicains composés de loyalistes à l'égard du gouvernement légalement établi,  de communistes,  de marxistes et de révolutionnaires anarchistes en est l’exemple type.

 

 

Le choix de Laurine Roux (photo ci-contre) d’avoir pris ce delta de l’Èbre (photo ci-dessus) pour situer son roman  me semble fort intéressant. Il est rare en effet que ce cadre rural soit choisi pour évoquer la révolution sociale espagnole de 1936 et pourtant la bataille de l’Èbre fut un des plus vastes combats qui furent livrés durant la guerre d’Espagne entre les forces républicaines et les insurgés nationalistes. Ce soulèvement rural a été parmi les expériences de collectivisation des terres, avant, hélas... 

 

 

Ce n’est pas du tout un hasard si L’autre moitié du monde de Laurine Roux a remporté le Prix Orange du Livre 2022, ce récit haletant, émouvant et bouleversant le mérite amplement !

 

 

Un grand merci à Nicolas Zwirn de Lecteurs.com pour cette fabuleuse découverte que j’invite chacune et chacun à découvrir pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore fait.

 

Ghislaine

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