Nguyên Phan Quê Mai : Pour que chantent les montagnes

Pour que chantent les montagnes    par    Nguyên Phan Quê Mai.

Traduit de l’anglais par Sarah Tardy.

Titre original : The Mountains Sing.

Éditions Leduc / Charleston (2020) 444 pages.

 

 

Nguyễn Phan Quế Mai (photo ci-contre), avec Pour que chantent les montagnes (Charleston, éditions Leduc), m’a entraîné dans une terrible histoire familiale. Sur les pas de Hương et de sa grand-mère Diệu Lan, j’ai vécu au cœur de l’histoire de ce Việt Nam déchiré par la colonisation puis par les guerres entre pays occidentaux et ceux se réclamant d’un communisme pur et dur tournant vite à la dictature.

 

 

Dès le début, je suis plongé dans la terreur apportée par les bombardiers américains sur Hà Nội. Les sirènes, les bombes, une petite-fille et sa grand-mère tentent d’échapper à la mort, à l’horreur.

 

 

Cette grand-mère a 52 ans et c’est d’abord Hương (12 ans) qui raconte les abris avec de l’eau jusqu’à la ceinture, les destructions, les cadavres. Une seule solution : fuir Hà Nội. Débute alors un échange entre la petite-fille et sa grand-mère. L’une raconte ce qu’elle vit alors que l’autre rappelle le passé, ce pays occupé par les Français et les Chinois. Commence alors la guérilla contre ces occupants avec le Việt Minh.

 

 

Chaque chapitre comporte un titre et des dates pour bien situer la période où nous nous trouvons. Ainsi, j’oscille entre les années 1930 et les années 1970, pour finir en 2017.

 

 

C’est une plongée au cœur de la vie des Vietnamiens en suivant les malheurs d’une famille déchirée par tant d’événements qui la dépassent. Il faut préciser que Diệu Lan, la grand-mère, a six enfants qui seront éparpillés au cours d’une fuite pleine de suspense, de douleurs et, quand même, de quelques moments de bonheur.

 

 

 

À Hà Nội, entre 1973 et 1975, il faut se relever pour retomber et surtout trouver à manger. Grâce au récit de celle que sa grand-mère surnomme affectueusement Goyave, j’apprends que cette grand-mère laisse tomber son métier d’enseignante pour le trafic, ce qui apporte une habitation correcte mais aussi nourriture, vêtements et livres. Cela provoque aussitôt la jalousie et la haine des voisins. Si les Américains se sont retirés, c’est maintenant la guerre entre Vietnamiens.

 

 
Diệu Lan, la grand-mère, prend alors le relais pour raconter ce que je ressens comme le plus terrible, le plus bouleversant : la course effrénée d’une mère et de ses enfants fuyant l’horreur absolue. C’est cette fameuse réforme agraire qui plonge le pays dans un abîme incroyable. Sous prétexte de partager les richesses, idée honorable en soi, les propriétaires terriens sont pourchassés, torturés, exécutés, les bons comme les mauvais. Nous sommes en 1954, juste après la victoire du Việt Minh sur les Français, à Diện Biên Phủ.

 

 

 

 

 

Au passage, je note la volonté de l’autrice, née en 1973 dans un petit village du nord Việt Nam, de transcrire fidèlement les noms avec l’écriture locale – coup de chapeau, au passage à la traductrice, Sarah Tardy. De même, Nguyên Phan Quê Mai note ainsi certaines phrases ou proverbes et cela ne gêne en rien ma lecture. Il serait très intéressant d’entendre ces mots ou ces phrases prononcées dans la langue du pays.

 

 

 

Puisque j’en suis aux remarques, j’apprécie le tableau généalogique inséré en début d’ouvrage. Je m’y suis référé souvent. J’ajoute que la référence à la religion, le bouddhisme, est un peu lassant mais je reconnais que c’est, principalement, pour honorer les ancêtres…

 

 

Surtout, il faut décrypter ce titre : Pour que chantent les montagnes. Quand l’oncle Đat remet à Hương cet oiseau sculpté par son père pendant les combats, j’apprends que cet oiseau s’appelle son ca, ce qui signifie « Les montagnes qui chantent », comme le révèle la grand-mère de Hương et donc mère de Hoàng qui ne donne plus signe de vie et que « Goyave » cherche inlassablement.

 

 

Tous ces détails du quotidien vécus par les Vietnamiens sont révélateurs des malheurs, des déchirures, des drames subis par un peuple victime d’un bain de sang qui a duré vingt ans. Plus de trois millions de personnes ont été tuées. Ce drame que je me souviens avoir suivi de loin, avec le déroulé de l’actualité et dans ce qu’on voulait bien nous en dire, a fait des millions d’infirmes, de traumatisés, d’exilés. Enfin, s’ajoute une terrible statistique cause de tous ces malheurs : sept millions de tonnes de bombes se sont abattues, durant ces années de guerre, sur le Việt Nam.

 

 

La lecture de Pour que chantent les montagnes a été, pour moi, un rappel, une mise au point, une extraordinaire plongée dans la vie quotidienne, au Việt Nam, grâce au talent d’écrivaine de Nguyên Phan Quê Mai. Comme je l’ai constaté souvent, une fiction basée sur la réalité permet le plus souvent d’apprendre, mieux que dans d’austères livres d’Histoire.

 

 

Vraiment, je recommande la lecture de Pour que chantent les montagnes et je remercie beaucoup Lecteurs.com et les éditions Leduc / Charleston pour m’avoir permis la découverte d’un livre déjà traduit dans quinze langues différentes.

 

Jean-Paul

 

 

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D
vous me donnez vraiment envie de le découvrir !
Répondre
J
Pas de problème ! Vas-y !
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