Jean d'Espinoy : Société anonyme

Société anonyme   par  Jean d’Espinoy.

Laléa (2022) 209 pages.

 

 

 

Avec verve et talent d’écriture impressionnants, Jean d’Espinoy a concocté un réveillon de fin d’année peu ordinaire dans Société anonyme, son second roman salué par l'excellente Amélie Nothomb.

 

 

 

Il ne faut pas se laisser induire en erreur par le titre qui fait penser à une entreprise car, comme je l’ai dit plus haut, l’auteur m’a plongé dans la dernière nuit de l’année, ce fameux réveillon.

 

 

 

Un restaurateur bruxellois, en manque de monde, ne sait pas s’il doit se féliciter de n’avoir que deux clients ou regretter de n’avoir pas fermé son établissement ce soir-là.

 

Chacune des six parties propose une étape du menu gastronomique, vin compris, de la copieuse entrée jusqu’au café. Mais ne salivez pas tout de suite car le début de ce roman est glaçant. Celui qui est appelé Le professeur parle de la mort de sa mère et de ce baiser qu’il a dû déposer, à l’âge sept ans, sur le front de la disparue, à la morgue.

 

Photo ci-dessus : Place du Grand Sablon (Bruxelles).

 

Le jeune orphelin a été fortement traumatisé par ce moment terrible de l’adieu à la personne la plus chère à son cœur. Il est aujourd’hui âgé de plus de soixante-dix ans et ce choc subi dans l’enfance a fortement marqué ses rapports avec les femmes.

 

Privé de l’amour de sa mère, il s’est retrouvé avec un grand frère âgé de onze ans. Tous les deux, ils ne s’aimaient guère. La description qu’il fait de son aîné est sans concession. Il dit que celui-ci n’aimait que l’argent et n’était même pas heureux.

 

 

Devenu Docteur en lettres classiques, ce professeur se décrit comme un libertin et le prouve en contant ses souvenirs. L’autre client semblant bien taciturne à sa table, l’enseignant maintenant retraité l’invite à partager le festin avec l’accord du patron.

 

 

Débute alors un échange extraordinaire, un débat passionné entre les deux hommes : le professeur et le taximan, comme l’autre client se présente. En réalité, cet homme a un autre passé que je vous laisse découvrir pour ne rien divulgâcher.

 

Le professeur développe donc sa folle passion pour les femmes, n’hésitant pas à offrir des descriptions assez torrides alors que son interlocuteur tente d’élever le débat, de pousser plus loin la réflexion, même si c’est parfois un peu long.

 

Si le restaurateur se contente, au début, d’écouter les échanges agrémentés d’un vocabulaire très recherché, il réussit tout de même à s’exprimer.

 

Dehors, la neige blanchit la place du Grand Sablon et cela n’émeut guère nos débatteurs qui ne lâchent rien, chacun refusant de céder à l’autre. Si le professeur partage ses aventures féminines aussi excitantes que douloureuses, c’est le chauffeur de taxi qui se réserve pour l’énorme surprise finale.

 

 

Avant cela, Jean d’Espinoy (photo ci-dessus), écrivain belge, m’a emmené au bout de ce festin délicieux largement arrosé avec du champagne en entrée jusqu’au Pacherenc au dessert… un nectar délicieux...

 

 

 

 

Au fil des pages,  j’ai ressenti l’infinie douleur d’un gosse privé de l’amour d’une mère, réfugié dans cette chambre maternelle abandonnée où il a retrouvé parfums et vêtements de cette femme. La marque indélébile du baiser déjà évoqué l’a poursuivi jusqu’au bout. Elle a été aggravée par l’épreuve douloureuse de la pension loin de la chaleur familiale à jamais effacée.

 

 

Il faut maintenant s’attarder sur la rencontre du professeur avec un doyen de l’université et sa très jeune épouse. Ce fut une aventure déterminante autant que traumatique pour un homme qui affichait beaucoup de certitude et une forte confiance en lui vis-à-vis des femmes. Croisière en Méditerranée, longère en Côte d’Armor, grand appartement en ville, ces lieux furent le théâtre d’événements qui bouleversèrent la vie du professeur.

 

 

Avec beaucoup d’érudition, sans négliger religion et mythologie, Jean d’Espinoy m’a embarqué dans un débat passionnant et je l’en remercie car les rapports entre les femmes et les hommes, en train d’être rééquilibrés aujourd’hui, méritent d’être disséqués afin de pousser au plus loin une réflexion souvent dérangeante pour notre intimité.

 

 

Photo ci-dessus : Longère bretonne.

 

L’heure est vraiment avancée quand les deux convives sortent du restaurant. Leur longue discussion n’a pu que leur être bénéfique comme elle l’a été pour moi et, je l’espère, le sera pour d’autres lecteurs de Société anonyme.  

 

Jean-Paul

 

 

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