Sabri Louatah : Safari
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Safari par Sabri Louatah.
Flammarion/Versilio (2025) 235 pages.
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Une tempête de neige balaye Chicago. En balade dans la serre tropicale de Lincoln Park, Elliott, 4 ans, échappe à la vigilance de son père, le narrateur, un écrivain français malvoyant marié à Chelsea, psychothérapeute américaine spécialisée dans les problèmes de couple. Affolé, ce père surprotecteur s’effondre. Soudain, il croit entendre la voix de son père qui s’était volatilisé vingt ans auparavant dans des circonstances mystérieuses, jamais élucidées. Ouvrant les yeux, il se rend compte que cette voix tout à fait identique à celle de son père appartient à un jeune homme, Gabriel, qui a retrouvé son fils chéri.
Cette rencontre avec le sosie vocal de son père va ranimer sa mémoire car cette disparition inexpliquée n’a jamais cessé de l’obséder et les souvenirs refont surface.
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Quand, quelques jours plus tard, il revoit cet homme, alors qu’il est assis avec Elliott devant une toile du peintre iranien Safari, peintre fictif, lui-même disparu sans laisser d’adresse et qui le fascine, les questions l’assaillent. Qui est ce Gabriel, a-t-il un lien avec son père et cette rencontre serait-elle organisée par ce dernier ?
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Sabri Louatah, écrivain et scénariste s’est fait connaître et a rencontré un grand succès avec Les Sauvages, saga en quatre tomes mettant en scène une famille kabyle, les Nerrouche, au cours d’une élection présidentielle qui voit la victoire d’Idder Chaouch, le premier président français d’origine algérienne.
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Ce n’est pas un thriller politique qu’a écrit cette fois Sabri Louatah, auteur français, installé aujourd’hui aux États-Unis, mais plutôt un thriller sur la paternité.
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Son titre, Safari fait référence non pas à une expédition à la rencontre d’animaux sauvages mais à Omid Safari, le peintre préféré du narrateur, lui-même disparu sans laisser d’adresse et qui le fascine.
Il est très intéressant d’apprendre que pour gérer la disparition de ce père, remédier à ce manque, le double littéraire de l’auteur est devenu écrivain, un romancier privé, qui écrit des biographies romancées sur des personnes disparues, à la demande de leurs proches incapables de faire leur deuil et ne pouvant se résoudre à les croire mortes.
L’écriture comme thérapie…
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Si le roman est inquiétant par bien des points, notamment par la paranoïa du héros, il est tempéré par cette verve absolument géniale de Sabri Louatah (photo ci-contre) lorsqu’il s’agit de parler des relations familiales. Inutile de vous dire qu’entre sa mère et son nouveau compagnon Danilo, maçon à la retraite, sa sœur Nora et son mari Blaise et leur rat Fiston, tous venus à Chicago pour Noël, toujours prêts à donner les meilleurs conseils, les rapports sont parfois tendus et presque ubuesques. C’est là que j’ai retrouvé toute la saveur de l’écriture de Sabri Louatah.
D’un accès moins facile, Safari de Sabri Louatah (404), thriller psychologique, roman bouleversant sur la paternité, l’absence, l’oubli, le doute, la parole, l’écriture, la quête identitaire, la fragilité de l’existence, m’a cependant moins emportée que Les Sauvages.
Ghislaine
