Caryl Férey : Grindadráp
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Grindadráp par Caryl Férey.
Gallimard/Série noire (2025) 381 pages.
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Quel plaisir de retrouver Caryl Férey avec ce nouveau roman d’aventures, un thriller à la veine écologiste, palpitant.
Loin de son précédent opus Okavango qui nous entraînait en Afrique, dans la savane, sur les traces des trafiquants d’ivoire, du braconnage dans les réserves africaines, l’écrivain, voyageur et scénariste, nous transporte, cette fois-ci sur les îles Féroé, théâtre d’une tradition de chasse aux cétacés qui consiste à les conduire vers les berges. Arrivés en eaux peu profondes, les animaux se blessent et se trouvent à la merci des tueurs qui, ensuite les hissent à l’aide de crochets enfoncés dans l’évent. Cette mise à mort sanglante se nomme le grindadráp.
À bord du Mogwai, ils sont seize membres d’équipage, partis dans l’Atlantique nord, pour une mission Sea Sheperd (« le berger des mers »), organisation d’intervention pour la préservation des baleines, l’ONG de Paul Watson (photo ci-dessous). Leur cible est un navire-usine norvégien, le Skeid.
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À peine ont-ils le temps de savourer la réussite de leur mission qu’ils sont pris dans un terrible ouragan. Gerbes d’eau furieuses, déferlantes à la chaîne, bourrasques en série, dégâts matériels, gens à la mer, le navire est incontrôlable et file droit sur les îles Féroé où il s’échoue en catastrophe. Ne réchapperont du naufrage que les deux activistes Ayleen et Gabriel dit Gab.
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En parallèle, Soren Barentsen, policier danois, vient de débarquer sur l’archipel pour tenter de se reconstruire et sur l’avis d’un pêcheur à la retraite, visite, puis loue un meublé au fond du fjord de Vestmanna. Il fait connaissance avec sa voisine Eirika Novak, rédactrice en chef de Sosialurin, avec qui il va rapidement se lier.
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L’archipel se prépare pour le Grindaráp, cette chasse traditionnelle aux mammifères marins, qui, autrefois était une méthode de survie en milieu hostile et qui perdure encore aujourd’hui, bien que cette tradition sanglante ne soit plus nécessaire à la survie des habitants de l’île.
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Soren s’est rendu sur la plage de la baie de Tjørnuvík où une foule hétéroclite se presse, y compris des enfants en bas âge qui grimpent sur les cadavres décapités. Le spectacle est indécent mais « galvanise les instincts qu’on attribue généralement aux bêtes ». Le policier sort de sa torpeur lorsqu’il distingue un corps humain qui flotte dans la mer écarlate : il s’agit du corps couvert d’étranges plaies de Bent Hansen, le chef de grind. Un meurtre ? Le capitaine se charge de l’enquête.
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Sur ce, la présence d’une nuée qui approche à grande vitesse, des nuages qui noircissent à vue d’œil…
L’archipel étant coupé du continent par la méga tempête, le capitaine de police va devoir agir rapidement dans ce contexte de violence, car les deux militants écologistes pris en charge par Eirika, leur seul soutien, auquel s’associera Soren, ne sont pas les bienvenus et doivent faire face à l’hostilité de la population, Sea Shepherd étant leur ennemi juré, et à l’hypocrisie de la congrégation de Tórshan des évangélistes luthériens.
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Dès le début, c’est une immersion totale dans l’Atlantique nord avec la bataille navale absolument homérique qui a lieu entre le navire Sea Shepherd et le navire-usine, le lecteur se trouve confronté à une véritable scène de piraterie dans laquelle nos amis écologistes prennent des risques insensés dans le seul but de sauver des baleines. Et quand l’ouragan s’en mêle, que les forces se déchaînent…
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Grindadráp est un polar certes, dont l’intrigue est fort intéressante, mais en abordant des thématiques environnementales et culturelles, Caryl Férey (photo ci-dessous) lui donne alors une dimension écologique, une réflexion nécessaire sur notre rapport avec la nature.
Si le cadre dans lequel se déroule l’intrigue est spectaculaire, impossible pourtant de lire ce bouquin sans être révulsé par ce massacre autorisé de grands cétacés ; les îles Féroé qui dépendent du Danemark n’ont, en effet, signé aucun accord de protection des mammifères marins et sont les seules à continuer cette chasse, lors de laquelle, chaque année, sont tués des centaines de globicéphales, dauphins… Pour des raisons d’éthique animale, cette chasse traditionnelle n’est plus soutenable !
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Comme dans chacun de ses polars, Caryl Férey nous fait voyager et, tout en nous faisant découvrir des cultures nouvelles comme ici ce fameux grindadráp, nous fait pénétrer dans des univers marqués par la violence, le tout toujours extrêmement bien documenté.
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J’ai cependant été surprise et un peu déstabilisée par l’atmosphère parfois mystique et teintée de chamanisme de ce polar, polar dédié au géographe Jean Malaurie (photo ci-dessous) avec qui, hélas, il n’a pu converser du lien manquant entre l’humain et le cosmos qui nous a créés, un lien qui pique également ma curiosité.
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Ce huis clos magistral au cœur de la nature déchaînée et des paysages magnifiques des îles Féroé est un polar engagé captivant, envoûtant et glaçant, un cri d’alarme bouleversant !
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Il n’a pas été sans me rappeler parfois celui de Morgan Audic « Personne ne meurt à Longyearbyen ».
Ghislaine
