David Deneufgermain : L'Adieu au visage
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L’Adieu au visage par David Deneufgermain.
Marchialy (2025) 261 pages.
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L’Adieu au visage est le premier texte de littérature du réel de David Deneufgermain. Il est né du journal de bord qu’il a tenu entre mars et mai 2020, pendant la pandémie de Covid-19.
L’écrivain-médecin exerçait alors en qualité de psychiatre à l’hôpital et à son cabinet mais aussi dans la rue avec son unité mobile.
On le retrouve d’ailleurs en tant que narrateur, en ce fameux mardi 17 mars, premier jour de confinement, dans une ville fantôme, à bord d’un camion avec Ben au volant, à sillonner les rues pour tenter de convaincre les SDF qu’ils soignent, d’aller en foyer se confiner.
Il se demande ce qui lui a pris de se porter volontaire pour l’après-midi même en unité covid, alors que cela fait vingt ans qu’il n’a pas mis les pieds dans une unité de soins.
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David Deneufgermain (photo ci-dessous) revient sur ce temps absolument hors du temps, ce temps où la pandémie a chamboulé le quotidien de millions de citoyens et bouleversé le soin, le prendre soin, le prendre soin jusqu’au bout.
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Quand l’adieu au visage, ce temps intime et familial qui permet de voir une dernière fois le corps de l’être cher avant la mise en bière, et de lui manifester son attachement, est interdit par décret à compter du 1er avril, que « le corps ne pourra pas faire l’objet d’une présentation en chambre funéraire ni de toilette funéraire », que reste-t-il de notre humanité ?
L’Adieu au visage, de David Deneufgermain transcrit admirablement la résistance fragile et la lutte qu’ont mené certains soignants pour prendre soin de l’autre, soulignant l’impossibilité pour eux d’obéir strictement à la loi et souvent leur grand désarroi. Il est une parenthèse de dignité.
Ce roman empli d’humanité montre les efforts incommensurables qu’ont été amenés à faire les soignants pour tenter d’apporter soin et réconfort à leurs patients.
Qu’il s’agisse de la séance de chirurgie sans anesthésie avec Loïc, de la séance de télé consultation de la professeur de sociologie à la retraite, Suzanne, de l’urgence psy pour Steve, des scènes avec la mère et son fils handicapé, avec Tony et sa fille Sarah ou encore avec Serge, toutes sont terriblement bouleversantes et suscitent une émotion intense, et l’attention qu’apportent le psychiatre et l’équipe médicale à ces gens déstabilisés nous étreint et nous fait chavirer le cœur.
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C’est aussi sa vie de famille que nous fait partager l’auteur-narrateur, avec la terrible angoisse de contaminer sa femme et ses deux enfants, mais aussi des temps plus souriants avec notamment les devoirs en visio et cet exercice impossible à résoudre pour sa petite Jeanne : « Combien il y a de nez dans une classe de vingt oreilles, demande la maîtresse ? »
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Si une citation de Martin Winckler sert d’épigraphe à cet ouvrage, l’esprit d’humanité de ce médecin- écrivain pour qui « écouter, c’est soigner » se retrouve tout au long du roman de David Deneufgermain.
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L’Adieu au visage, met en lumière toute l’énergie déployée par les soignants durant la pandémie pour conserver sa dignité à l’homme et éviter la déshumanisation, mais révèle également toute la générosité et le dévouement des équipes médicales mobiles dont il faut saluer ici la détermination à venir en aide aux marginaux, aux SDF et à celles et ceux que la pathologie mentale jette sur le pavé.
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Un livre fort, très fort, bouleversant, poignant, empli de tendresse et surtout d’humanité.
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Merci à Babelio et aux éditions Marchialy.
Ghislaine
