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Libres d'obéir : BD par Johann Chapoutot et Philippe Girard

Libres d’obéir 

BD par Johann Chapoutot et Philippe Girard.

 Casterman (2025) 139 pages.

 

 

 

 

Intriguée par cette BD, Libres d’obéir, dont la ligne principale est de montrer comment le management moderne trouve certaines de ses racines dans l’organisation nazie, je n’ai pas été déçue par sa lecture. Adaptée de l’essai éponyme de Johann Chapoutot, sous-titré « Le management du nazisme à aujourd’hui » elle est superbement illustrée par Phiilippe Girard.

 

 

 

J’ai découvert ainsi comment cet ancien juriste, professeur et général SS du IIIe Reich, Reinhard Höhn a influencé la pensée managériale en prônant l’autonomie sous contrôle, de l’après-guerre jusqu’à nos jours.

 

Dès 1942 Il a été l’un des penseurs du management nazi lorsqu’il a fallu gérer un territoire qui grandissait avec moins de personnes et de ressources. Avec des hauts fonctionnaires et des universitaires, ils ont réfléchi à la question du Mennchenmaterial, matériau humain, terme utilisé par les nazis pour désigner les individus comme de simples ressources à gérer, au même titre que les matières premières ou les machines.

 

 

À la capitulation du Reich, Höhn s’est tourné vers les réseaux de solidarité qui lient les anciens du SD, le service de renseignement. Ces réseaux sont puissants et actifs et Höhn obtient sa réhabilitation légale.

 

 

En 1956, est créée l’Akademie für führungskräfte, l’académie des chefs d’entreprise de Bad Harzburg. Elle est dirigée par celui qui, onze ans auparavant était le SS-Oberführer Reinhard Höhn et dans laquelle enseignent plusieurs membres du SD et de la SS. L’école accueillera 600 000 cadres des principales sociétés allemandes jusqu’en 2000.

 

 

 

Cette méthode d’organisation hiérarchique du travail mise en œuvre par le Reich, Johann Chapoutot (photo ci-dessous), historien, professeur d’histoire contemporaine à Sorbonne Université et spécialiste du nazisme, l’analyse brillamment, examinant à la loupe les liens qui semblent bien exister entre le nazisme et les pratiques de management modernes où la liberté d’obéir et l’obligation de réussir sont indissociables.

 

 

Parallèlement à cet exposé plus qu’intéressant et instructif, se joint le récit de Florence, cadre chez Appal, une entreprise high-tech. Submergée par la pression de l’entreprise qui prône une philosophie managériale non autoritaire où l’employé consent à son sort dans un espace de liberté et où on a l’impression d’être libre mais où, en fait, on n’a pas le choix et qui, sous des allures détendues dissimule une pression écrasante, Florence est rongée par le stress. Elle se confie à son amie, rescapée d’un burn-out qui lui remet un livre troublant Libres d’obéir, le fameux essai de Johann Chapoutot. Florence va alors découvrir l’étonnante familiarité qui existe entre certaines pratiques de management moderne et la pensée nazie de l’organisation.

 

 

Cette réflexion absolument pertinente que nous offre Johann Chapoutot est magnifiquement illustrée par Philippe Girard (photo ci-dessous), écrivain, scénariste et auteur québécois de bandes dessinées. Outre la superbe couverture, le dessinateur a choisi principalement des couleurs franches, du rouge, du noir, du jaune à l’unisson des idées proposées, pour bien frapper l’esprit et étayer cette politique innovante au sein des entreprises. Il a  su manier, avec une étonnante dextérité, différentes polices jonglant également avec la taille des caractères.

 

 

Les dessins, comme l’écriture, sont d’une grande sobriété mais d’une intense densité.

 

 

J’ai été effarée en découvrant le nombre important d’anciens nazis ayant pu échapper à tout jugement, la facilité avec laquelle, grâce aux réseaux de la SS, ils ont pu non seulement se procurer des papiers, des certificats de bonne conduite ou une virginité pénale, mais encore grâce à la présence de ceux-ci dans les cercles de pouvoir au sein de la chancellerie ou des grandes entreprises, obtenir des charges et des emplois !

 

 

Je n’avais jamais supposé que l’idéologie nazie ait pu avoir un quelconque rapport avec le monde professionnel actuel.

 

 

Elle demande parfois beaucoup d’attention pour suivre et comprendre le cheminement de la pensée de son auteur mais le jeu en vaut la chandelle tant on ressort éberlué et satisfait de sa lecture.

Je ne peux que recommander vivement cette BD captivante, fascinante et particulièrement éclairante sur les méthodes de travail contemporaines.

 

 

Impossible de clore ma recension sans citer cette dernière réflexion :

« L’intuition…

Elle nous apprend que la véritable manière d’être libre…

… C’est de désobéir. »

 

Un immense merci aux éditions Casterman et à Babelio.

 

Ghislaine

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