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Philippe Collin : Léon Blum, une vie héroïque

Léon Blum, une vie héroïque   par  Philippe Collin.

Albin Michel et France Inter (2023) 365 pages.

 

Parler de Léon Blum, le remettre à l’honneur, le sortir d’un oubli qui semble arranger beaucoup de monde, il fallait le faire et Philippe Collin, en s’appuyant sur un grand nombre de témoignages l’a réussi brillamment, d’abord en podcast pour France Inter puis dans cet ouvrage essentiel édité par Albin Michel.

 

Léon Blum, une vie héroïque, gros livre de couleur rouge avec un Léon Blum marchant d’un pas décidé mais avec un visage qui incite au dialogue, ce livre m’a captivé, m’a rappelé quantité d’événements importants dans la vie de notre pays et appris aussi beaucoup sur le parcours de celui qui mena le Front Populaire à la victoire en 1936, avec les premiers congés pays qui procurèrent un bonheur incroyable au peuple de France. De plus, la vie de Léon Blum éclaire ce que nous vivons aujourd’hui et c’est précieux.

 

 

En quelques mots, Jean Fabaud, journaliste à la RTF, résume parfaitement sa vie, en 1955 : « Léon Blum, une longue vie, diverse, complète, commencée par le dilettantisme, poursuivie dans le combat, achevée dans la sérénité. Une existence réussie par l’accord exceptionnellement harmonieux entre une conscience, une conduite et un destin. »

 

 

Pourtant, comme le fait remarquer très justement Philippe Collin, rares sont les rues, les places, les écoles, les collèges, les lycées portant son nom. Pour savoir pourquoi, il faut lire Léon Blum, une vie héroïque, précieux ouvrage de référence rassemblant quantité de témoignages et un nombre impressionnant de documents photographiques.

 

 

Celui qui écrira ensuit Le Barman du Ritz, journaliste à France Inter, a abordé ce problème en neuf parties après une introduction où il répond à la question « Pourquoi Léon Blum ? » :

 

1. Juif alsacien, dandy parisien ;

2. Le dossier Alfred Dreyfus ;

3. Le gardien de la vieille maison ;

4. Face aux loups ;

5. 1936, changer la vie ;

6. Dans les prisons de Vichy ;

7. Les mariés de Buchenwald ;

8. Le vieux sage en son royaume :

9. L’héritage de Léon Blum.

 

Déjà, les titres parlent d’eux-mêmes et donnent envie d’en savoir plus, ce que j’ai fait avec passion.

 

 

Brillant intellectuel, Léon Blum ne se destinait pas à la politique. Il avait réussi le concours de Normale Sup avec André Gide, Pierre Louÿs… et voulait devenir écrivain. À 24 ans, il réussit le concours pour entrer au Conseil d’État puis épouse Lise Bloch en 1896. Ils auront un unique fils, Robert.

 

 

 

Dès 1898, c’est l’affaire Dreyfus qui déchire la France. Léon Blum, juif issu de la petite bourgeoisie, s’engage pour faire triompher l’innocence d’Alfred Dreyfus (photo ci-contre) et se fâche avec Maurice Barrès, antisémite, intégriste catholique.

 

Ensuite, il s’engage au côté de Jean Jaurès pour qui il a une admiration totale. Pourtant, à partir de 1906, il n’a plus d’activité politique, préférant la vie mondaine. Sa rencontre avec Thérèse Pereyra lui fait mener une double vie. Il se bat même en duel avec Pierre Veber, un critique d’art. Malgré une blessure, il sort vainqueur mais la mort de Jaurès, le traumatise et le pousse à entrer en politique. Il a 42 ans.

 

 

Socialiste humaniste, il fait partie de la SFIO (Section française de l’internationale ouvrière). Marcel Sembat, ministre, le prend pour diriger son cabinet en 1914 car il est déclaré non mobilisable en raison de sa forte myopie.

 

 

Ainsi, grâce à l’énorme travail de Philippe Collin (photo ci-dessus), je suis le parcours d’un homme qui va vivre le Congrès de Tours en 1920 et la rupture avec le Parti communiste. Pour lui, le léninisme n’est pas le socialisme. Il reste fidèle à Jaurès (photo ci-dessous). Hélas, l’antisémitisme augmente dans cet entre-deux guerres et la violence verbale devient inimaginable.

 

 

Heureusement, la parenthèse du Front Populaire du printemps 1936, permet à Léon Blum d’être appelé à la présidence du Conseil par le Président Albert Lebrun. Pris à partie violemment par Xavier Valat, député de l’Ardèche, catholique et antisémite, il est profondément choqué. D’ailleurs, ce sinistre sire appliquera ses idées en 1941 dans le gouvernement de Pétain où il est chargé des questions juives.

 

 

Le problème de la guerre d’Espagne est bien étudié avant de retrouver Léon Blum dans les prisons de Vichy puis en Allemagne, à Buchenwald où sa troisième épouse, Jeanne le retrouve. S’il est cantonné dans un pavillon forestier en lisière du camp avec Georges Mandel (photo ci-dessous), gardé par les SS, il sait ce qui se passe à côté.

 

 

Au passage, Philippe Collin n’oublie pas de parler de son frère, René Blum, heureusement sorti de l’oubli par Aurélien Cressely dans Par-delà l’oubli.

 

 

Dès 1945, les procès de Pétain puis celui de Laval permettront à Léon Blum de témoigner avant qu’une crise cardiaque ne l’emporte le 30 mars 1950.

 

 

Cet homme a laissé des écrits. Beaucoup ont témoigné sur son action, comme Daniel Mayer, prouvant toute l’importance de cet homme qui a su faire face à tant d’événements dramatiques et à tant de haine de la part des antisémites. Même ceux qui partageaient ses idées mais plus radicaux ne lui ont pas fait de cadeau. Philippe Collin l’a brillamment prouvé, Léon Blum est bien un héros français. Il ne doit pas être oublié même si sa tombe, au cimetière de Jouy-en-Josas est très modeste, portant juste la mention :

 

Léon Blum, 9 avril 1872 – 30 mars 1950.

 

Jean-Paul

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M
J'ai écouté la majorité des émissions sur France Inter.........Passionnant
Répondre
J
J'ai laissé passer cette chance. J'ai lu le livre et, maintenant, j'écoute le podcast et c'est toujours aussi captivant.
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