Thomas Schlesser : Les Yeux de Mona
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Les Yeux de Mona par Thomas Schlesser.
Albin Michel (2024) 484 pages ; Le Livre de Poche (2025) 620 pages.
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Lorsque Mona s’écrie « Maman, c’est tout noir », l’affolement est de mise pour ses parents. Après avis du médecin traitant, ils la conduisent aux urgences de l’Hôtel-Dieu où elle recouvre la vue. Après divers examens, le pédiatre livre un premier diagnostic : AIT, Accident ischémique transitoire.
D’autres examens sont ensuite pratiqués qui ne révèlent aucune anomalie particulière. Soixante-trois minutes de cécité avec à priori, aucune cause physiologique, le praticien recommande alors un suivi par un pédopsychiatre.
Camille, la mère de Mona demande à son père Henry Vuillemin auquel Mona est très attachée s’il lui est possible de la conduire au rendez-vous, histoire qu’elle se sente rassurée.
Sous couvert du secret, celui que Mona appelle Dadé décide en guise de consultation de lui faire découvrir pendant un an, chaque mercredi, une œuvre d’art. Cinquante-deux semaines pour découvrir toute la beauté du monde, avant qu’elle ne perde peut-être pour toujours, l’usage de ses yeux.
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C
es visites aux trois musées parisiens seront d’ailleurs aussi bien pour Mona que pour le lecteur une nourriture artistique et intellectuelle fabuleuse, tout en restant très accessibles.
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Ensemble, ils vont ainsi sillonner Le Louvre, Orsay et Beaubourg et s’émerveiller, s’émouvoir, s’interroger devant des toiles connues ou plus confidentielles, ou des sculptures, de la Renaissance italienne à la période contemporaine, de Sandro Botticelli à Pierre Soulages et extraire de chacune une leçon de vie, sous-titre de chaque chapitre.
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Pour exemples : Franz Hals (La Bohémienne – vers 1626), Respecte les petites gens, Paul Cézanne (La Montagne Sainte-Victoire - vers 1890), Viens, bats-toi, signe et persiste ou encore Niki de Saint-Phalle (La mariée – 1963), L’avenir de l’homme est la femme.
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Tableau ci-dessus : Vénus et les trois Grâces offrant des présents à une jeune fille (Sandro Botticelli).
À noter que les cinquante-deux chefs-d’œuvre sont réunis à l’intérieur de la jaquette dépliable, une opportunité fort judicieuse, même si l’on préférerait sans conteste, être aux côtés de Dadé et de sa petite-fille devant ces véritables trésors !
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Tableau ci-dessus : Peinture par Pierre Soulages.
Les yeux de Mona est d’ailleurs une furieuse incitation à se rendre au musée.
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Tableau ci-dessus : La Bohémienne (Frans Hals).
Dans chaque chapitre, soit un pour chaque œuvre, Thomas Schlesser décrit ce que le grand-père et Mona regardent pendant de longues minutes, puis, la fillette exprime son ressenti, pose éventuellement une question et s’en suivent un échange fructueux et une réflexion pertinente sur la perception de l’art et la manière de voir un tableau ou une sculpture.
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Tableau ci-dessus : La Montagne Sainte-Victoire (Paul Cézanne).
Parmi les nombreuses questions soulevées au cours de ces visites de musées, une a retenu particulièrement mon attention, celle posée devant l’œuvre de Marcel Duchamp intitulée Porte-bouteilles : « À partir de quand peut-on considérer qu’un objet devient une œuvre d’art ? »
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Œuvre ci-dessus : La mariée (Niki de Saint-Phalle).
J’ai été très étonnée et très intéressée de découvrir comment de nombreuses œuvres renvoyaient à d’autres, parfois beaucoup plus anciennes.
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Œuvre ci-dessus : Porte-bouteilles (Marcel Duchamp).
Impossible de ne pas être happé dès les premières lignes par le désarroi de cette jeune enfant privée de vision et de ne pas ensuite être conquis par cette initiation à la beauté proposée par le grand-père et invitation à réutiliser tous nos sens, ce que Mona fera d’elle-même.
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Tableau ci-dessus : Un enterrement à Ornas (Gustave Courbet).
Si Thomas Schlesser (photo ci-dessous), historien de l’art et spécialiste de la peinture de Gustave Courbet centre son roman Les yeux de Mona sur l’art, la beauté et l’amour, il met également en avant d’autres thèmes comme ceux de la transmission ou de l’euthanasie.
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Véritable exploration des émotions humaines, Les yeux de Mona m’a subjuguée par la facilité avec laquelle l’auteur parvient, à partir de chaque joyau artistique à dégager des enseignements.
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Épatée par ce superbe roman d’initiation à l’art et à la vie, émerveillée par cette relation solaire entre une petite fille et son grand-père, et séduite par tant de culture, je suis cependant mitigée et restée un peu incrédule devant l’intelligence de cette enfant de dix-onze ans.
Merci à Livres hebdo et aux éditions Albin Michel pour ce beau cadeau.
Ghislaine
