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Caryl Férey : Grindadráp

Grindadráp    par  Caryl Férey.

Gallimard/Série noire (2025) 381 pages.

 

 

Retrouver Caryl Férey (photo ci-dessus) pour de nouvelles aventures dans des contrées dépaysantes au maximum est un véritable plaisir auquel je ne résiste pas.

 

 

Non seulement l’auteur de Zulu, Condor, Mapuche, Paz, Lëd Norilsk et Okavango – je mets Magali à part, bien sûr – pour les livres que j’ai lus, sait dépayser mais il est très fort pour me scotcher et faire accélérer les battements de mon cœur…

 

 

 

Cette fois, avec Grindadráp, il m’emmène aux îles Féroé pour un thriller teinté de chamanisme, ce qui ne gâte rien, à condition de ne pas en abuser.

 

 

 

Avant d’aborder ce territoire danois, Caryl Férey m’embarque à bord du Mogwai, un bateau de Sea Shepherd (le berger des mers), l’association de Paul Watson, qui se bat pour sauver baleines, orques, dauphins, tous les cétacés, du massacre organisé par de trop nombreux pays qui violent les règlementations internationales, Japon, Islande et Norvège continuant à chasser les baleines, faisant valoir des traditions obsolètes.

 

 

 

Sur le Mogwai, je fais connaissance avec Julia, volontaire à 20 ans, porte-parole de Sea Shepherd, qui a organisé cette navigation de plusieurs semaines dans l’Atlantique nord au départ du Havre. Julia a embauché Gab, le narrateur, pour ses talents de plongeur en apnée. Au total, ils sont seize membres d’équipage de sept nationalités différentes. Ayleen Flaherty est la capitaine à bord et dirige la recherche du Skeis, un navire-usine norvégien qui traque les cétacés. Alors, cap sur l’Islande.

 

 

Gab se raconte, parle de l’Umvelt, cette façon propre de ressentir son environnement, ce qu’il réussit bien en apnée depuis l’âge de 16 ans. C’est vivant et bien raconté.

 

 

Tout change d’un seul coup quand l’auteur nous emmène aux îles Féroé sur les pas de Soren Barentsen, responsable de la police locale. Là-bas, on compte environ 50 000 habitants, deux fois plus de moutons et quatre millions d’oiseaux. La capitale, Tórshavn (photo ci-dessus), n’a pas de véritable prison, les cas graves étant expédiés au Danemark. On y parle le féroïen, une langue proche du danois.

 

 

Caryl Férey sait parfaitement planter le décor  et, à plusieurs reprises, fait rêver avec ces falaises impressionnantes qui plongent dans l’océan. Justement, Soren s’est installé dans un meublé avec vue sur le fjord de Vetmanna (photo ci-dessus), près d’une certaine Eirika Novak, rédactrice en chef du seul quotidien de l’archipel : Sosialurin. Cette dernière est enfin enceinte à… 43 ans, par don de sperme d’un certain Martin, un homosexuel.

 

 

On vient à peine de faire connaissance quand, brusquement, les cloches sonnent pour l’appel du Grindadráp, la chasse aux cétacés.

 

 

Le retour sur le Mogwai de Sea Shepherd, toujours avec Gab, angoisse vite car une formidable tempête se déchaîne après que les activistes aient réussi à immobiliser le navire-usine qui allait s’en prendre à douze baleines et à leurs petits. L’ouragan se déchaîne et je vous laisse profiter de la verve de l’auteur qui sait parfaitement faire trembler son lecteur comme il saura me choquer, m’horrifier sur la côte féroïenne avec le massacre des cétacés.

 

 

Comme Soren, je suis dévasté par ce qui se passe, des centaines de dauphins et plus de mille cétacés rabattus vers la plage sans espoir de survie ; tout se complique alors et le polar est lancé quand un corps humain se détache sur la mer écarlate. C’est celui de Bent Hansen, le chef de grind, comme on nomme familièrement le Grindadráp.

 

 

Nous sommes dans la baie de Tjørnuvik et la tension va monter jusqu’au paroxysme car, poussé par la tempête, le Mogwai vient s’échouer, s’éclater même dans le port de Tórshavn.

 

Photo ci-dessus : Paul Watson.

 

Alors là, je n’en dis pas plus et je vous laisse avec Caryl Férey et une histoire mêlant appât du gain, jalousies, ferveur religieuse, chamanisme et quelques scènes d’amour quand même.

 

 

Non seulement Grindadráp passionne, fait frémir mais pousse aussi à la réflexion à propos du modèle de pêche que nous laissons se développer pour notre propre consommation.

 

 

L’auteur donne régulièrement des informations sur le monde de la mer, les cétacés, les poissons ; il pousse ainsi à la réflexion sur les dérives que tout le monde connaît mais qui perdurent. Quand ce n’est pas pour la tradition, c’est pour le profit ou pour préserver l’emploi mais, pour cela, on dévaste mers et océans sans vouloir comprendre vers quoi nous allons. Bientôt, ce sera irréversible. Alors ?

 

 

En attendant, je vous laisse avec Ayleen, Gab, Eirika, Soren et bien d’autres personnages bien moins sympathiques pour profiter au maximum de ce Grindadráp toujours d’actualité aux îles Féroé

 

Jean-Paul

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