Alain Jaspard : Les Bleus étaient verts
-
Les Bleus étaient verts par Alain Jaspard.
Éditions Héloïse d’Ormesson (2020) 204 pages ; Voir de Près (2021) 520 pages..
Prix Claude-Fauriel 2020.
/image%2F3417118%2F20250904%2Fob_23d519_les-bleus-etaient-verts-3.jpg)
Fils de mineur, Max était promis à la mine.
Lorsque fin des années 1950, à quatorze ans, il descend dans le puits Couriot de Saint-Étienne, à sept-cents mètres sous terre, emmené avec toute sa classe par leur instituteur, cette visite conforte la volonté inébranlable de Max « que jamais, mais jamais de la vie, il ne fera cette saloperie de métier ». Son père et son frère sont furibonds. Max tient bon mais il doit trouver une solution. Il a alors l’idée de rentrer au lycée. Il réussit l’examen pour passer en quatrième au lycée Claude-Fauriel (photo ci-dessous) de Saint-Étienne et prend alors le car chaque matin pour s’y rendre. C’est là qu’il fera la connaissance d’Ali.
Il abandonne le lycée en philo, cherche du travail, rencontre Monique qu’il rebaptisera Monika en souvenir de ce film suédois qu’ils avaient vu ensemble et où il lui roula sa première pelle.
En décembre 1960, Max reçoit sa feuille d’incorporation dans une caserne de Lorraine où il fera ses classes avant de s’embarquer sept mois plus tard pour l’école militaire de Cherchell, en Algérie.
/image%2F3417118%2F20250904%2Fob_d151aa_r.jpg)
Il sort aspirant de l’école d’officier, est chef d’une section de vingt chasseurs alpins.
Il va passer de longs mois à surveiller depuis une tour, le barrage électrique à la frontière algéro-tunisienne, à surveiller la frontière de l’empire colonial en cours d’effondrement, où il ne se passe rien. Pour tout dire, « il s’emmerde ».
/image%2F3417118%2F20250904%2Fob_694015_photo93.jpg)
Puis Leila, une jeune Berbère apprentie infirmière apparaît dans la vie de Max et supplante dans son cœur Monika sa fiancée devenue sténo-dactylo chez Manufrance à Saint-Étienne.
/image%2F3417118%2F20250904%2Fob_0282c7_dans-les-annees-30-50-le-site-couriot.jpg)
Qu’adviendra-t-il de l’amour entre l’enfant d’un mineur de La Ricamarie et cette gamine aux immenses yeux noirs et au rire de fontaine ?
/image%2F3417118%2F20250904%2Fob_2a02b5_des-mineurs-au-travail-photo-puits-cou.jpg)
Tous deux font des projets, mais à l’approche du cessez-le-feu, les tensions s’exacerbent et tout se complique quand le conflit est censé s’arrêter.
/image%2F3417118%2F20250904%2Fob_d38733_r-1.jpg)
J’ai beaucoup aimé retrouver Alain Jaspard dans Les Bleus étaient verts, que j’avais découvert lors de la parution de son premier roman Pleurer des rivières, sur le thème du désir d’enfant.
/image%2F3417118%2F20250904%2Fob_5a9358_avec-15-ans-d-avance-les-archives-de-l.jpg)
Cette tragi-comédie, traitée avec un mode malicieux, se révèle très corrosive, montrant toute la laideur de ce conflit peu glorieux et laissant un sentiment de vies gâchées.
/image%2F3417118%2F20250904%2Fob_29c6d5_42-saint-etienne-arrivee-au-fond-d-une.jpg)
Jouant habilement avec des retours sur deux périodes, celle des années 1961 à 1963 et celle des années 2010 à 2020, par le biais et la voix de plusieurs personnages, notamment celui de Max et d’Ali, mais aussi de Monika avec ses lettres et son journal intime, Alain Jaspard nous donne à entendre le ressenti de ces jeunes français ou arabe et de cette jeune femme sur la laideur de cette guerre et sur leur appétit de vivre et d’aimer.
/image%2F3417118%2F20250904%2Fob_4ee888_appeles-dalgerie.jpg)
L’auteur montre toute l’absurdité de cette guerre, montre que les exactions en tout genre ont eu lieu des deux côtés et que les deux millions de pauvres bougres appelés ont passé deux longues années dans un conflit qui ne les concernait pas. Impossible pour ceux qui sont rentrés de raconter ensuite leur guerre « la sale guerre d’Algérie » qui n’osait même pas s’appeler guerre mais seulement « les événements d’Algérie ». Quant aux harkis (photo ci-dessous), l’écrivain y a pensé aussi…
/image%2F3417118%2F20250904%2Fob_32a83d_img-3.jpg)
Ce roman, Les Bleus étaient verts, dépeint également à merveille le passé houiller de Saint-Étienne et on ne peut qu’être en empathie avec Max le rebelle, qui n’a qu’un désir échapper à cette vie terrible de mineur. Il brosse aussi en parallèle le portrait d’une jeunesse en mutation qui ne supporte plus les entraves et qui commence à les briser. Elle est le précurseur des années 1968 avec cette soif de liberté et d’indépendance et laisse voir les prémices d’émancipation des femmes.
/image%2F3417118%2F20250904%2Fob_098916_r-2.jpg)
En inscrivant l’histoire intime au cœur de l’Histoire, avec une tonalité tragi-comique empreinte de poésie, pouvant être tendre et délicate, parfois grossière, mais toujours espiègle et mordante, Alain Jaspard (photo ci-dessus) signe un roman décapant : une nouvelle approche très originale et instructive de la guerre d’Algérie.
Ghislaine
