Alice Milliat, pionnière olympique BD
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Alice Milliat, pionnière olympique BD
par Didier Quella-Guyot (scénarios), Laurent Lessous (pages documentaires),
Chandre (dessins) et Marie Millotte (couleurs).
petit à petit (2021) 63 pages.
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Excellente idée des éditions petit à petit d’avoir consacré un album à Alice Milliat, cette pionnière olympique très injustement oubliée !
En effet, peu de personnes connaissent cette femme qui a tant œuvré pour le sport féminin que Didier Quella-Guyot, le scénariste, le dessinateur Chandre et la coloriste Marie Millotte présentent dans ce docu-fiction, associés au documentariste Laurent Dessous.
Ce sont ainsi dix chapitres qui mêlent les planches de bandes dessinées aux pages de documentaires.
Durant la grande guerre, débarrassées de la tutelle patriarcale, si les femmes remplacent les hommes au travail, elle peuvent aussi s’épanouir dans la pratique du sport.
C’est en 1918, au bois de Chaville lors d’un tout premier cross féminin officiel que nous faisons connaissance avec Alice Milliat. S’affrontent en effet 42 athlètes sous l’œil de cette dernière qui est déterminée à aider les femmes à s’émanciper par le sport, et son rôle ne fait que commencer…
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À noter qu’à l’issue de cette épreuve, Lucienne Laudré, 11 ans seulement, se classe 2e, début d’une belle carrière de sportive.
Au cours de ce cross, un journaliste au quotidien L’Auto, approche Alice Milliat pour en connaître davantage sur cette Nantaise, institutrice, qui a voyagé, appris plusieurs langues, été traductrice, fait du commerce et pratiqué pendant toutes ces années, différents sports mais surtout l’aviron.
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Après qu’un club omnisports féminin, Fémina Sport, a été créé et dont elle devient la présidente en 1915, c’est la FSFSF, la Fédération des Sociétés Féminines Sportives de France qui voit le jour, dont elle est devenue trésorière.
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C’est à son initiative qu’a lieu le premier match officiel de football féminin au stade de de Saint-Ouen.
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Quand, après la guerre, le baron Pierre de Coubertin épaulé par le Comité International Olympique refuse les athlètes féminines dans les épreuves phares de l’athlétisme, Alice Milliat est galvanisée par cette position qui ne fait que renforcer sa détermination. Elle encouragera et convaincra les sportives de se battre et d’organiser sans lui.
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L’émancipation féminine s’accélère et le 20 août 1922, s’ouvrent à Paris, au stade Pershing, les premiers jeux olympiques féminins, un magnifique coup d’éclat, une victoire pour Alice Milliat, face à Pierre de Coubertin qui ne voulait pas « d’olympiade femelle » !
Ce succès consacre l’engagement de cette femme opiniâtre : faire bouger les lignes et permettre aux femmes d’enfin disposer de leur corps en toute liberté !
Que de courage, de persévérance et de militantisme, il a fallu à cette sportive émérite pour parvenir à la reconnaissance des femmes.
Grâce à ce docu-BD, j’ai découvert les luttes qu’ont menées les femmes et de grandes sportives pour pouvoir pratiquer leur sport, pour se faire admettre dans les compétitions à une époque où la pratique sportive était considérée comme un loisir exclusivement masculin et donc monopolisée par les hommes.
Considérées comme des êtres inférieurs, elles ont été obligées de toujours lutter pour faire admettre leur valeur et exister dans un monde d’hommes.
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Un exemple frappant est donné avec la détermination de Violette Morris (photo ci-dessus), la sportive française la plus titrée et la plus admirée dont la réussite dérange certains hommes qui n’hésiteront pas à refuser de lui renouveler sa licence sportive. J’avais lu à son sujet l’excellent roman : Femme qui court de Gérard de Cortanze qui retraçait la vie de cette championne, rebelle insoumise.
Alice Milliat est décédée en 1957, à 73 ans, oubliée de tous.
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Son combat n’aura pas été vain, mais il faudra attendre 2021 pour que la reconnaissance arrive avec l’exposition d’une statue (photo ci-dessus) la représentant dans le hall du CNOSF, la Maison du sport français, aux côtés de celle de Pierre de Coubertin, pour qu’à travers sa figure, tout le sport féminin soit enfin honoré. La parité est enfin de mise au sein de la plus haute instance sportive nationale.
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Les Jeux de Paris 2024 avec l’atteinte de la parité des athlètes lui redonneront enfin son incontestable place de « pionnière olympique ».
Mais parité n’est pas égalité, et des progrès restent encore à faire ...
Photo ci-contre : Lucienne Laudré.
Alice Milliat, pionnière est un docu-BD passionnant et enrichissant sur cette inspiratrice des JO paritaires de Paris 2024, dont l’implication dans la reconnaissance des femmes dans le milieu sportif est primordiale et qui reste encore beaucoup trop méconnue.
Ghislaine
