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Colombe Schneck : Deux petites bourgeoises

Deux petites bourgeoises  par  Colombe Schneck. 

Stock (2021) 147 pages ; Le Livre de Poche (2023) 128 pages.

 

 

 

Deux petites bourgeoises de Colombe Schneck est un petit roman autobiographique. Il raconte la rencontre en sixième, en 1977, de deux petites filles Esther et Héloïse. Elles sont dans la même classe à l’École alsacienne (photo ci-dessous), une école privée parisienne.

 

 

Toutes deux sont des filles de bonne famille qui se ressemblent, nées dans les bons quartiers. Elles vont grandir ensemble, puis se marier, avoir des enfants...

 

 

C’est cette amitié indéfectible entre Esther et Héloïse et leurs vies respectives, chacune empruntant un chemin différent, que Colombe Schneck raconte, de leurs 11 ans, un âge où elles sont encore dans une relative incertitude de leur situation sociale, jusqu’à ce que la mort frappe à la porte de l’une d’elles.

 

 

Deux petites bourgeoises combine récit de vie et enquête sociologique.

Colombe Schneck a imaginé une enquêtrice observatrice factice, issue d’un milieu ouvrier, féministe qui serait chargée d’une peinture sociale de la bourgeoisie parisienne dans les années soixante-dix.

 

 

C’est comme si celle-ci s’immisçait simultanément chez les deux familles, nous en décrivait les lieux, leurs habitants, suivait pas à pas nos deux héroïnes et nous faisait part de son ressenti, se permettant parfois d’être déçue. À un moment, elle avait espéré qu’Héloïse et  Esther, vu leur éducation, vu leurs diplômes, vu leur milieu, vu leurs relations, échapperaient à leur condition de femmes, d’épouses, de mères, mais il n’en est rien. Néanmoins, quand peu d’années plus tard, en 2007, elles quittent leurs maris et rencontrent d’autres hommes, notre enquêtrice sociale voit là un acte de rébellion qui la réjouit.

 

 

J’ai trouvé le début assez superficiel, même si on devine que derrière les apparences, cette absence de doute devant la vie, se cachent quelques faiblesses.

C’est souvent un peu froid, un peu rapide, rythmé certes, mais distant comme narration avec des phrases très courtes, sans verbes parfois, des énumérations... Une écriture très épurée.

 

 

L’émotion gagne cependant, quand, en 2015Héloïse, après avoir eu mal au cœur pendant trois semaines, consulte et apprend qu’elle est atteinte d’une maladie incurable. Elle n’a pas cinquante ans. Comment réagit Héloïse et que va ressentir Esther lorsque son amie va lui en faire part ?

« Comment fait-on face à la mort quand elle est là, brute, sans artifice et qu’il n’y a rien pour lui échapper ? »

Au cours de cette lecture, j’ai beaucoup apprécié l’épisode de gymnastique avec le monter à la corde qui m’a ramenée avec nostalgie quelques décennies en arrière, me retrouvant en lieu et place d’Esther

 

 

Difficile par contre, à un moment, pour ne pas dire incroyable de voir ces deux jeunes femmes rester impassibles et ne pas se révolter, face aux propos de leurs employeurs. Ainsi : embauchée à la rédaction d’une chaîne de télévision, le chef d’Esther la prévient qu’il ne la paie pas pour penser ! Quant à Héloïse recrutée dans un cabinet de conseil prestigieux, sa cheffe la prévient qu’elle aime travailler avec les filles de bonne famille, car elles sont gentilles et obéissantes ! L’éducation a fait son œuvre.

 

 

Deux petites bourgeoises est un livre drôle et amer sur la bourgeoisie dans les années 1970/1980, cette classe dont Esther et Héloïse ont hérité et le couple Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre (photo ci-dessus) et l’élection de François Mitterrand (photo ci-dessous) vont soulever des questions dans les deux familles.

 

 

Il est aussi un beau portrait de femmes et un éloge de l’amitié, cette force plus fidèle et plus durable que nombre d’histoires d’amour, c’est en tout cas l’avis d’Esther.

 

 

C’est également la question de la mort et du deuil qu’aborde l’autrice de manière aussi franche que touchante, cette mort que l’on cache, que l’on n’ose surtout pas évoquer par son nom.

 

 

Sous une apparence frivole, Deux petites bourgeoises de Colombe Schneck est empli de sensibilité et de pudeur. Court, il se lit d’une traite.

Ghislaine

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