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Morgan Audic : De bonnes raisons de mourir

De bonnes raisons de mourir    par  Morgan Audic.

Albin Michel (2019) 490 pages ; Le Livre de Poche (2020) 600 pages.

 

 

De bonnes raisons de mourir, ce roman policier saisissant et stupéfiant de Morgan Audic, paru en 2019, se déroule dans une Ukraine disloquée, fin des années 2010, et plus exactement dans la zone d’exclusion de Tchernobyl mise en place peu de temps après la catastrophe de 1986.

 

Cette dimension documentaire sur la catastrophe de Tchernobyl et ses conséquences enrichit grandement le roman.

 

Un cadavre atrocement mutilé est découvert, suspendu par des câbles à l’avant-dernier étage d’un immeuble, entre deux fenêtres, les bras en croix, à Pripiat, cette ville fantôme abandonnée depuis 1986, à cause de l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl.

Il s’agit de Léonid Vektorovitch Sokolov.

 

 

Ce sont les inspecteurs Joseph Melnyk, formé à l’ancienne école soviétique, muté au commissariat de Tchernobyl depuis sept ans après avoir osé témoigner contre son supérieur sur une affaire de corruption et la jeune Galina Novak bombardée à Tchernobyl pour sa première affectation, son père ayant participé à la répression lors des manifestations de 2014, qui sont chargés de l’enquête.

 

 

La victime n’est autre que le fils de Vektor Sokolov (photo ci-dessous), ancien ministre de l’Énergie du temps de Boris Eltsine. Lors de la privatisation sauvage des biens de l’État russe, au milieu des années 1990, il a su user de sa position pour s’emparer d’une partie des vastes ressources en or noir de la Sibérie, fondant PetroRus, l’une des plus puissantes entreprise pétrolières du pays.

C’est la deuxième tragédie qui le touche.

 

 

Sa première épouse Olga, la mère de Léonid a été assassinée tout comme Larissa Leonski dans la datcha de cette dernière, à Zalissya, le jour de la catastrophe de Tchernobyl, le 26 avril 1986.

Lui, Vektor, le mari d’Olga, était alors, le chef du Gorkom de Pripiat et Piotr Leonski, le mari de Larissa, était ingénieur de la centrale.

 

 

Le milliardaire, Vektor Sokolov, se disant peu confiant envers les méthodes de la police ukrainienne,  convoque alors un ancien policier russe, Alexandre Rybalko né en 1978 qui a passé son enfance à Pripiat, qui a fait la guerre de Tchétchénie, divorcé depuis deux ans de sa femme Marina et père d’une fillette Tassia atteinte de surdité congénitale. Venant d’apprendre qu’il était atteint d’une leucémie incurable, Rybalko accepte la mission, Sokolov lui promettant cinquante millions de roubles pour la mener. Avec cet argent, sa chère Tassia pourra bénéficier de cette opération chirurgicale quasi vitale, faire les études de son choix et sera à l’abri des besoins

.

Une seule condition ne figurera pas dans le contrat : sitôt l’assassin trouvé, il faudra « qu’il crève ».

 

 

Son contact sur place est une jeune femme blonde s’appelant Ninel. Elle est ornithologue, travaille pour une ONG dénommée 1986. Son activité consiste à mesurer l’impact des radiations sur la faune et la flore et elle bénéficie de laissez-passer pour effectuer des prélèvements dans la nature.

 

 

Les deux enquêteurs, Melnyk et Rybalko, aux motivations divergentes, confrontés bientôt à d’autres meurtres mystérieux signés à chaque fois d’une hirondelle empaillée, vont, grâce à cet indice faire le rapprochement avec celui dont ils ont découvert la passion, la taxidermie.

 

 

Si l’intrigue est captivante et bien rythmée, ce qui rend le roman passionnant c’est le cadre et le contexte historique et écologique dans lequel il se déroule.

 

 

Morgan Audic (photo ci-dessous)  nous offre une immersion totale au cœur de cette zone interdite, où la végétation et la faune prolifèrent, reprenant ses droits mais où les radiations sont encore là pour des millénaires, zone où se côtoient des touristes en mal d’émotions fortes, des braconniers, des stalkers, ces personnes qui franchissent illégalement la barrière de la zone pour y piller des objets, des récupérateurs de matériaux supervisés par les mafias locales… Bref, cette zone s’avère un cadre  absolument adéquat pour un thriller, par son ambiance post-apocalyptique et par son atmosphère  étouffante et propice au mystère.

 

 

La profondeur des portraits psychologiques des personnages permet d’explorer avec une grande acuité les traumatismes causés tant par l’explosion de Tchernobyl, la guerre civile dans le Donbass, la crise économique ou le chômage.

 

 

Conséquences sanitaires, environnementales, politiques, économiques et sociales de la catastrophe de Tchernobyl, conflits armés, tensions russo-ukrainiennes, tous ces thèmes se retrouvent entrelacés dans ce prodigieux thriller qui nous invite entre autre à réfléchir sur le poids de l’histoire.

 

Déjà conquise par Personne ne meurt à Longyearbyen de Morgan Audic, polar qui était un cri d’alarme pour dénoncer le trafic des mammifères marins, De bonnes raisons de mourir du même auteur, a été pour moi un véritable coup de cœur. Divertissant et hautement instructif, il m’a profondément marquée.

 

 

Ghislaine

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D
J'avais bien aimé ce roman, trouvé intéressante cette approche du site nucléaire. Et cela m’avait pas penser aussi au premier roman d'alexandra Koszelyk.
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