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Cătălin Mihuleac : Les Demoiselles de Fontaine

Les Demoiselles de Fontaine   par  Cătălin  Mihuleac.

Noir sur Blanc (2025) 311 pages.

Traduit du roumain par Marily Le Nir.

Titre original : Poziția a unsprezecea și Domnișoarele lui Fontaine.

 

 

 

 

Avec Les Demoiselles de Fontaine, à travers le destin de deux hommes de passion, Cătălin Mihuleac, en conteur hors-pair et avec une force narrative irrésistible, revisite toute l’histoire de la Roumanie depuis la première Guerre mondiale. Avec ce style si caractéristique déjà présent dans Les Oxenberg & les Bernstein, où l’humour, l’ironie et la satire se mêlent à la poésie, l’auteur né à Iași  en Roumanie, livre ici, un grand roman de la fraternité franco-roumaine. 

 

C’est d’abord avec Marcel Fontaine, jeune officier français, que nous faisons connaissance. Celui-ci s’est porté volontaire pour la mission Berthelot, cette mission militaire française en Roumanie chargée de contribuer à la réorganisation et à la modernisation de l’armée roumaine entrée en guerre aux côtés des Alliés en 1916.

 

 

L’objectif est de préparer les militaires roumains pour qu’ils puissent être victorieux. Entraîner les muscles et l’aptitude au combat du soldat, certes, mais pour le jeune capitaine, les entraînements physiques et tactiques ne sont pas suffisants si l’on n’entraîne pas aussi l’âme du soldat. Or, pour un officier étranger, un Français comme lui, comment sonder les tréfonds de l’âme du soldat roumain ?

 

 

Il a besoin pour cela d’un soldat à même d’être son guide, une sorte de médiateur entre lui et l’âme du soldat roumain. Or, voilà qu’il tombe sur un grand soldat dont la poche laisse dépasser un livre, le premier militaire roumain qu’il voit avec un livre et de plus il parle un français correct. Il s’agit de Petru Negru, un étudiant roumain passionné par l’étude des traditions populaires et également amoureux de la fille du consul de France à Iași (photo ci-dessous).

 

 

Fontaine est soulagé, il a trouvé son homme. Une amitié va naître entre l’officier et son ordonnance et Fontaine va s’éprendre de ce pays déchiré entre francophilie et russification.

 

 

Après la victoire de Mărășești, « le Verdun roumain », dernière bataille importante du front de l’Est, un échec pour les Allemands, Marcel Fontaine décoré de la médaille de chevalier dans l’ordre de l’Étoile de Roumanie quitte le pays – la mission militaire française, ayant fait avec brio son devoir en Roumanie, est rapatriée.

 

 

Mais dès 1919, le revoilà dans les contrées roumaines pour une mission française, cette fois  universitaire, et pendant trente ans il y enseignera le français avec l’idée d’éduquer les Roumains à l’esprit de la culture française.

 

 

En 1949, suite à l’instauration du régime communiste, il est expulsé avec les autres enseignants français au moment de la fermeture de l’Institut des Hautes études de Bucarest et du Lycée français. Ainsi, « le héros de Mărășești  doit quitter les demoiselles de Fontaine, ses élèves préférées des cours du soir du Lycée français ».

 

 

Il reste cependant en contact avec le monde roumain. Nommé en 1949 chef de la section roumaine de la Radiodiffusion française, il diffuse chaque dimanche une émission, L’Heure de la Roumanie, contre le nouveau régime de Bucarest. Évidemment son émission est écoutée attentivement par la Securitate qui se pose la question de savoir d’où lui viennent toutes ses informations. La seule déduction possible est que leur provenance vient de ses anciennes élèves nommées les demoiselles de Fontaine. Ces dernières vont alors être victimes de persécutions pour espionnage et notamment Michaela Ghitulescu accusée rien moins que de crime « de haute trahison et de complicité dans le délit d’agitation publique ».

Quant à l’érudit Petru Negru, il va s’efforcer de s’adapter au système, victime de la bolchevisation de l’enseignement supérieur.

 

 

Si Marcel Fontaine apparaît bien dans le roman sous sa véritable identité, Petru Negru et Michaela Ghițulescu sont les pseudonymes respectifs de Petru Caraman (photo ci-dessous) et Micaela Ghițescu (photo ci-dessous).

 

 

Magnifique roman de la fraternité franco-roumaine, Les Demoiselles de Fontaine de Cătălin Mihuleac est une mine de renseignements sur l’histoire de la Roumanie durant cette première moitié de vingtième siècle et sur la culture populaire de ce pays.

 

 

L’écriture merveilleuse et le talent fou de conteur de Cătălin Mihuleac permettent de rendre compte d’événements parfois terribles et destructeurs, de manière poignante certes, même très poignante, mais assortie de drôlerie dans leur récit.

 

 

Il en est ainsi par exemple, lorsqu’est pratiqué le descolindat – le colindat à l’envers. Le descolindat,  terme employé par Negru pour nommer ce phénomène folklorique pratiqué en fin d’année, consistant en des vœux de mauvais augure, des malédictions, pouvait s’achever dans la violence, les descolindatori pouvant être considérés comme les terroristes de Noël et du Nouvel An.

 

 

C’est ainsi également qu’avec cette écriture satirique, très imagée, Cătălin Mihuleac (photo ci-dessous), en utilisant le comique, parvient à tourner en ridicule certains personnages, certaines situations pitoyables et à critiquer des faits à première vue respectables, par exemple cette fameuse Securitate !

 

 

À noter la belle couverture de ce roman riche et enrichissant, Les Demoiselles de Fontaine, un tableau « Coq mort » de Melchior d’Hondecoeter, bel hommage au coq Maurice de Fontaine.


Merci aux éditions Noir sur blanc et à Babelio pour m’avoir confié Les Demoiselles de Fontaine de Cătălin Mihuleac dont j’avais déjà fort apprécié Les Oxenberg & les Bernstein !

 

Ghislaine

 

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