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Emmanuel Carrère : Kolkhoze

Kolkhoze     par    Emmanuel Carrère.

P.O.L. (2025)  558 pages.

Rentrée littéraire 2025.

 

 

 

Emmanuel Carrère est très fort. Avec Kolkhoze, il a réussi à écrire un livre qui m’a souvent lassé, perdu avec beaucoup trop de noms mais qui m’a ému au plus profond de moi-même dans les dernières pages.

 

 

Cette histoire familiale avec, au centre, Hélène, sa mère, est compliquée. Un arbre généalogique n’aurait pas été de trop pour m’y retrouver. D’ailleurs, Emmanuel Carrère la complique à loisir avec de nombreuses digressions, des allusions pas toujours utiles. Au final, cette histoire qui se passe dans un milieu privilégié où les relations impressionnent le lecteur que je suis, cette histoire est très intéressante. J’ajoute que cette famille a vécu quand même des années très difficiles avant de retrouver le haut du panier…

 

 

Kolkhoze m’a surtout passionné quand son auteur aborde cette actualité qui nous inquiète, nous angoisse : la guerre en Ukraine. Cette agression russe qu’Hélène Carrère d’Encausse n’arrivait pas à imaginer, est toujours là, en arrière-plan. Elle se produit même quand Emmanuel Carrère vit, à Moscou, les premiers jours de cette « opération spéciale » et ne rentre pas aussitôt en France comme on le lui conseille expressément.

 

 

La Russie, l’Ukraine mais aussi la Géorgie. Ces pays de l’Est sont très importants pour la famille Carrère puisque Hélène (photo ci-dessous) s’appelait Zourabichvili et qu’elle vient de ce pays appelé Colchide jusqu’en 1783. Au passage, Emmanuel Carrère rappelle que Staline était un voyou géorgien surnommé Soso avant de s’emparer du pouvoir soviétique.

 

 

Ainsi, Kolkhoze permet de revisiter une histoire un peu trop vite oubliée et ces passages m’intéressent. Plus tard, l’auteur lève le voile sur la signification du titre alors qu’il aborde des séquences familiales pleines de sincérité. Louis, le mari d’Hélène, étant appelé par ses responsabilités au sein de la GMF à visiter les agences un peu partout en France, Emmanuel, Nathalie et Marina, les enfants, se retrouvaient seuls avec leur mère. Marina, la plus jeune, dormant avec elle, les deux autres s’empressaient d’apporter leur matelas près du lit maternel pour dormir dans la même chambre. Alors, la maman appelait cela « faire kolkhoze ».

 

 

En commençant son livre avec l’hommage de la Nation à Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuel de l’Académie française, le 3 octobre 2023, 53 jours après sa mort, dans la cour des Invalides, Emmanuel Carrère me place sans délai dans une posture admirative pour cette femme exceptionnelle : sa mère.

 

 

Malgré cela, l’humour réaliste de l’auteur fait mouche aussitôt. Puis, il commence à raconter sa famille au moment où, comme il l’avoue, « le monde croule ».

 

 

Avec les Géorgiens, arrive l’aristocratie russe du côté de la famille maternelle d’Hélène. C’est là que déboule une cascade de titres ronflants et ennuyeux. Dès qu’Emmanuel Carrère aborde le quotidien, c’est intéressant à nouveau. Il sait parfaitement broder, à partir de photos ou d’histoires inventées, fantasmées, utiliser des « si » pour étoffer son récit.

 

 

Au passage, l’auteur rappelle quelques drames qui n’ont pas manqué de marquer l’Histoire de l’Union soviétique comme le sort terrible réservé à celles et à ceux qui avaient cru au pardon et ont décidé de rentrer au pays après avoir émigré.

 

 

Il y aurait tant à dire à propos de ce livre de plus de cinq cents pages mais je ne peux passer sous silence l’histoire de la cousine d’Hélène Carrère d’Encausse, née Zourabichvili. Cette cousine, Salomé Zourabichvili (photo ci-dessous), française jusqu’en 2018, est devenue géorgienne en 2003. Elle qui était ambassadrice de France à Tbilissi, a été Présidente de la République géorgienne de 2018 à 2024.  

 

 

Avec beaucoup de franchise, Emmanuel Carrère se confie aussi, fait part de ses doutes, des moments très difficile qu’il traverse, tout cela écrit simplement, ce qui est d’autant plus émouvant.   

 

 

Aux récentes Correspondances de Manosque, sur la place de l’Hôtel de Ville, Emmanuel Carrère (photo ci-dessous) a réuni une foule immense qui l’a écouté scrupuleusement car ses écrits éclairent les temps que nous vivons. Comme dans Kolkhoze, il a parlé de Dostoïevski et de Tolstoï, une comparaison très intéressante et étonnante à la fois. Lui qui « parle mal le russe mais avec un accent admirable » a produit une œuvre littéraire conséquente dont j’ai lu L’Adversaire, Limonov, Le Royaume et Yoga.

 

 

Kolkhoze m’a permis surtout de faire connaissance avec sa mère, une femme d’une honnêteté scrupuleuse dont on n’est pas obligé de partager les convictions mais qui, après la lecture du portrait sans concession mais plein d’amour écrit par son « petit Helenou », force l’admiration.                                                                                                                                                                                                                                                                       

 

Jean-Paul

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D
Il devait venir à Pau, mais c'est reporté à cause des problèmes de train. Bien évoe de l’écouter parler de son roman
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