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Gérard Mordillat : Les Vivants et les Morts, vingt ans plus tard

Les Vivants et les Morts, vingt ans plus tard    

par    Gérard Mordillat.

Calmann-Lévy (2025) 519 pages.

 

 

 

 

Gérard Mordillat est toujours autant captivant et passionnant à lire. Reprendre, vingt ans après, son fameux roman, Les Vivants et les Morts, était un challenge délicat et ô combien difficile ! Pourtant, l’auteur de Rouge dans la brume, Xénia, La Brigade du rire, Ces femmes-là, Les roses noires, pour les livres que j’ai lus, a réussi à remettre ses héros, Dallas et Rudi, sur pied, et à leur faire vivre une nouvelle expérience hélas bien trop d’actualité.

 

 

 

Les Vivants et les Morts, vingt ans plus tard, me ramène donc à Raussel,Dallas arrive à la demande de son père qui est en soins palliatifs, dans l’hôpital local. Il veut absolument lui confier un secret qui va bouleverser sa fille.

 

 

 

Raussel avait subi un véritable désastre social et humain très bien raconté dans Les Vivants et les Morts, histoire brillamment adaptée en série par l’auteur lui-même. Marie Denarnaud et Robinson Stévenin sont inoubliables dans leur rôle. D’ailleurs, dès que débute ma lecture, ce sont leurs visages qui s’imposent dans mon esprit malgré les vingt ans de plus.

 

 

Raussel est maintenant aux mains de l’extrême-droite avec Quentin Minard comme maire parachuté par le RN. Le docteur Kops n’étant plus là, il faut absolument résorber ce désert médical. Deux seuls candidats se présentent, le couple Camara qui se heurte à un racisme odieux et omniprésent. Lui reprendrait la médecine générale en ville et elle, Aïda, interviendrait à l’hôpital et chez Property, l’entreprise installée sur le site de la Kos, l’usine fermée il y a vingt ans. D’origine sénégalaise, ils sont Français et acceptent les conditions qui leur sont proposées.

 

 

Pour Dallas et Rudi, c’est la disparition de leur fille, Ève, qui ne leur laisse aucun répit. Ils l’ont cherchée partout, ont tout tenté mais ont échoué. Cela perturbe leur couple alors que Rudi est toujours au volant de son trente-cinq tonnes, à sillonner les routes.

 

 

De plus, se retrouvant sans logement, à Montreuil, ils sont contraints, dans l’urgence, de trouver quelque chose. Finalement, son père étant mort, c’est à Raussel que Dallas décide de revenir habiter, dans la maison de ses parents. Après le désastre industriel de la Kos – voir Les Vivants et les Mortstout a été rasé et c’est une base logistique qui s’est installée à la place : Property. Avec deux autres bases, à Annonay (Ardèche) et à Grenade (Haute-Garonne), Property tente de concurrencer une autre entreprise très connue dans il est interdit de prononcer le nom…

 

 

Après une série de tests surréalistes, Dallas réussit à se faire embaucher en CDD et cela permet de plonger dans ce monde infernal de la vente directe par internet. Gérard Mordillat (photo ci-dessous) décrit parfaitement cela de l’intérieur. Florence, une journaliste qui est comme une sœur pour Dallas, veut écrire un livre à propos de ce travail déshumanisé et lui demande de raconter en détails ses journées au travail.

 

 

Pour Rudi, à qui Dallas a demandé une séparation momentanée, rien n’est simple non plus puisque son patron veut qu’il s’endette afin d’acheter son camion pour devenir autoentrepreneur. Pendant que Dallas fournit un récit édifiant sur ses conditions de travail chez Property, Rudi est viré, accumulant de terribles galères au cours desquelles il démontre toute sa valeur humaine. Tous les deux, ils ont, chaque jour, chaque nuit, l’esprit obsédé par la disparition de leur fille qui n’est pas morte. Ils en sont sûrs.

 

 

Tout en écrivant des événements parfois très durs et difficiles à vivre, Gérard Mordillat affirme une fois de plus un style vivant, efficace, allant au fond des problèmes d’aujourd’hui. Pourtant, cela ne l’empêche pas, au passage, d’offrir quelques lignes poétiques ou une description soignée.

 

 

Les tensions s’affirment, les amours sont contrariés, souvent impossibles comme pour Maxime avec Dallas. Celui-ci tente de diriger le site Property de Raussel ; il est complètement tourneboulé à cause de ce qui se passe car tout s’accélère et ma lecture passionnante jusque-là devient addictive.

 

 

Les Glottes rebelles et leurs chants de lutte et de révolution jouent leur rôle mais les insultes racistes, xénophobes pourrissent l’ambiance à Raussel au moment où il faudrait une complète solidarité. L’odieuse agression perpétrée par une trentaine de fanatiques venus « casser du rouge, du bougnoule » vient confirmer l’omnipuissance du dieu Profit.

 

 

Tout cela, Gérard Mordillat, dans Les Vivants et les Morts, vingt ans plus tard, me l’a fait vivre intensément, poussant ma réflexion au plus près des ravages subis en ce moment par notre société qui sacrifie l’humain pour préférer la vanité de quelques privilègiés et pour le pouvoir de l’argent-roi.

 

Jean-Paul

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J'en ai entendu parler mais à l'époque je n'avais pas lu le premier donc je me suis dit qu'il valait mieux commencer par là d'autant plus que je ne connais pas non plus la série Tv. Merci de nous en parler.
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