II. 2025 : nos dixièmes Correspondances de Manosque
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II. 2025 : Nos dixièmes Correspondances de Manosque.
27e édition
Jeudi 25 septembre
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Ce jeudi, nous avons trois auteurs au programme. Le rythme est vite pris et nous savons que ces quelques jours passent très vite. Nous essayons donc d’en profiter au maximum.
En ce début d’après-midi, nous rencontrons un écrivain que nous apprécions beaucoup : Lionel Duroy.
Lionel Duroy : Un mal irréparable (Mialet-Barrault)
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D’emblée, l’auteur de « Disparaître » et d’ « Eugenia » pour ne citer que deux de ses nombreux livres, nous explique pourquoi, aujourd’hui, il marche doucement avec une canne. Passionné de vélo, il roule le plus souvent possible dans la région du Mont Ventoux où il réside. Hélas, un automobiliste l’a renversé récemment et il paie l’imprudence dont les cyclistes sont trop souvent victimes. Par contre, il nous assure qu’il reprendra son vélo dès que possible !
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Cette fois, dans « Un mal irréparable », Lionel Duroy reprend la route de ces pays de l’ex-bloc communiste de l’Est de l’Europe dont l’histoire le passionne.
Élodie Karaki est au micro pour animer la rencontre.
Âgé de 70 ans, Frédéric Riegerl est un écrivain d’origine roumaine. Au soir de sa vie, il décide de se pencher sur l’histoire familiale que ses parents n’ont pas voulu lui transmettre.
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Hélas, il n’a qu’une photo de sa famille prise par la Securitate, à Czernowitz - ville, aujourd’hui en Ukraine - qui a été somptueuse, sa ville de naissance. Découvrant la correspondance amoureuse de ses parents, il en sait un peu plus sur ce qui leur est arrivé. En 1941, ils ont franchi le petit fleuve qui sépare la ville de la Roumanie car Hitler et Staline se disputent les lieux.
Pentecôte 1951, le régime communiste décide de déporter 45 000 personnes au Bărăgan, région inhabitable située entre Bucarest et la Mer Noire : pas de maison, rien à manger. Ils s’enterrent d’abord puis construisent une masure, puis survivent pour les plus résistants. Friedrich, le narrateur sait que sa petite sœur est morte là-bas, de faim et de froid… Revenu à Czernowitz, il découvre cette déportation massive que Ceausescu a tenté de gommer avec des bulldozers défonçant les cimetières pour tout labourer. Heureusement, tout n’a pas pu être effacé.
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Avec toujours beaucoup d’émotion, Lionel Duroy nous captive, nous apporte quantité d’informations historiques méconnues, réactivées aujourd’hui par la guerre en Ukraine car les souffrances des peuples se perpétuent plusieurs dizaines d’années après. Écrire pour sortir ces gens de l’oubli est indispensable… même si le mal est irréparable. Aujourd’hui, les Russes déportent des enfants ukrainiens, ne respectent pas la vie, appliquent une désinvolture de la violence.
Anne Berest : Finistère (Albin Michel)
Présentée par Maya Michalon, Anne Berest (La carte postale) nous confie son plaisir de retrouver Manosque et son enfance.
C’est son père, Pierre Berest, qui lui a fait remarquer qu’elle avait écrit sur sa mère, sa famille mais rien sur le côté paternel qu’elle devait, comme il lui a dit, considérer comme des ploucs.
Son père voulait qu’elle parle de ses travaux scientifiques… très difficile… la théorie des catastrophes… la théorie des bifurcations… l’étude de la façon dont les corps se meuvent dans l’espace… pas facile.
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Alors, elle travaille sur son arbre généalogique, se demandant ce qui se joue de génération en génération. Elle découvre que son arrière-grand-père a fondé la première coopérative agricole pour les paysans du Léon, en Bretagne. Son grand-père découvre le grec ancien. Intellectuel brillant, il sera maire de Brest et député. Et voilà Anne qui n’est pas la fille dont son père rêvait. Elle écrit des romans vrais, modifie, amplifie, fusionne mais elle veut que son lecteur sache qu’elle ne ment pas.
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Finistère raconte aussi Lélia, mère de l’autrice, qui, enceinte d’Anne, est malade du cancer. Elle refuse d’avorter malgré les risques. Elle est chercheuse et accepte d’être objet de recherche, poussant la science à un très haut niveau, frôlant l’irrationnel.
Sarah Chiche : Aimer (Julliard)
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Pour finir cette seconde journée, alors qu’il ne fait vraiment pas chaud sur la place de l’Hôtel de Ville, Camille Thomine nous présente Sarah Chiche, déjà lue dans « Saturne », livre qu’elle nous avait donné envie de lire lors des Correspondances 2020.
Deux enfants, Alexis et Margaux, se sont rencontrés très tôt, en Suisse. Ils s’aiment très fort mais, hélas, la vie les sépare alors que ce premier amour était marqué par l’innocence, la pureté, l’incandescence.
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Lorsqu’ils se retrouvent, Margaux a 50 ans, vit seule et heureuse. Voilà qu’elle retombe sur son amour d’enfance. Traversé par l’air du temps, leur amour qui visait à l’éternité, peut-il renaître ? Les temps ont changé, les lieux aussi et… "c’est dur d’aimer, c’est un sacerdoce", affirme Sarah Chiche. De plus, comment s’aimer dans un monde en lambeaux ?
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Si Margaux est devenue journaliste et écrivaine, Alexis est aidant pour son père. Il devient alors évident que ce n’est pas possible d’écrire sur l’amour sans écrire sur la mort.
L’autrice nous rassure : la fin du livre est positive. Pourtant, si l’amour pouvait sauver le monde, cela se saurait… Elle poursuit en parlant des malheurs que nous traversons qui n’empêchent pas d’apprécier la vie et d’aimer les livres.
Parlant de son travail, Sarah Chiche nous confie qu’elle a passé dix-huit jours sans sortir de chez elle pour écrire. Elle ajoute qu’écrire, c’est aimer la vie. Son sens de la formule, son talent pour l’aphorisme font mouche.
Bref, les trois rencontres du jour ont été très positives, donnant bien envie de lire Lionel Duroy, Anne Berest et Sarah Chiche, le but recherché.
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Maintenant, rentrons pour nous mettre au chaud !
Ghislaine et Jean-Paul
