Laurent Guillaume : Opium Lady (Les dames de guerre)
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Opium Lady ( Les dames de guerre) par Laurent Guillaume.
La Bête Noire / Robert Lafont (2025) 288 pages.
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Après Saïgon, premier volet fort réussi de la trilogie Les dames de guerre, Laurent Guillaume vient de publier le deuxième : Opium Lady.
Dans les deux volumes, il s’agit du destin de femmes pendant les guerres.
Dans le premier, en pleine guerre française d’Indochine, une jeune journaliste américaine Elizabeth Cole prend la suite d’un grand photographe renommé de Life magazine, mort dans des circonstances étranges alors qu’il accompagnait des commandos français dans les montagnes où l’on cultive le pavot. Elle part sur le terrain pour élucider les conditions de sa mort.
On retrouve cette même reporter de guerre en Birmanie, en mai 1954.
Là, la journaliste-photographe rencontre Olive Yang une princesse de l’État shan en Birmanie qui lui accorde sa confiance et accepte de lui dévoiler une partie de ses secrets.
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Cette fois, l’enquête que va mener Elizabeth Cole va porter sur un personnage qui a réellement existé et c’est l’un des points forts de ce thriller.
En effet, Erjie alias Olive Yang née en 1927 dans le nord de l’État shan en Birmanie britannique, n’a jamais voulu se plier aux normes du genre, ce dès l’enfance. Pas davantage plus tard, elle ne se pliera au rôle d’épouse et de mère.
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Devenue une guerrière à la tête d’un millier de soldats kokangs, reine du trafic d’opium, elle crée le triangle d’or, cette région montagneuse d’Asie du Sud-Est aux confins du Laos, de la Birmanie (Myanmar) et de la Thaïlande, ce triangle d’or qui produisait l’opium, c’est elle qui crée cette zone.
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Portant son battledress et ses pistolets Browning HP 35, escortée par son « fidèle » Lo Hsing Han, cette guerrière intrépide combattait les troupes communistes de Mao au profit de la CIA américaine. Elle a cependant été gommée de l’Histoire car elle était une femme et l’Histoire est écrite par les hommes... Merci à Laurent Guillaume (photo ci-dessous) d’avoir su réhabiliter sa mémoire.
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Opium lady est un thriller intense plein de suspense et l’auteur réussit à nous passionner aussi bien par le tourbillon d’aventures se déroulant au cœur du Triangle d’or que par le récit de sa vie que confie la reine de l’opium à la photographe journaliste, les deux narrations se faisant en alternance.
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Impossible de ne pas être happé dès les premières pages en apprenant comment la petite Erjie est soumise de force à cette coutume des pieds bandés, cette terrible tradition des « lotus d’or ».
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Roman d’aventures, thriller mais avant tout roman psychologique dont l’intérêt est largement amplifié par le fait qu’il soit basé sur des faits historiques, tout comme l’était déjà le premier tome, Opium lady brosse ici le portrait magnifique d’une femme qui était lesbienne, éprise d’indépendance, figure éminente du trafic d’opium et du commerce de l’or, à la fois puissante et insaisissable, éclipsée totalement des mémoires.
Le portrait de cette princesse reine de l’opium dont la vie a été riche et intense prend d’autant plus de valeur qu’il est dévoilé et mis en valeur par une journaliste reporter de guerre issue de la bourgeoisie new-yorkaise et qui elle aussi, refuse la soumission et la contrainte.
Cette amitié née entre ces deux femmes, renforcée par les menaces qui pèsent sur elles lors de leur périple dans ce milieu de vingtième siècle au cœur du Triangle d’or est mise en scène sobrement mais très efficacement par l’auteur. La carte proposée en début d’ouvrage m’a été indispensable pour bien situer à la fois les différents pays et suivre les protagonistes et nos héroïnes dans cette course contre la mort.
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Dans l’attente impatiente du troisième opus, je remercie vivement La bête noire – Robert Laffont et Babelio pour cette lecture aussi captivante qu’instructive.
Ghislaine
