Roberto Saviano : Giovanni Falcone
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Giovanni Falcone par Roberto Saviano.
Gallimard / Du monde entier (2025) 606 pages.
Traduit de l’italien par Laura Brignon.
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Remettre en avant le formidable courage de Giovanni Falcone, Roberto Saviano a su le faire avec le talent que j’avais déjà apprécié en lisant Le contraire de la mort, Extra-pure, Piranhas et Baiser féroce, sans oublier Gomorra.
En suivant le parcours à la fois obstiné et héroïque du juge Falcone (photo ci-dessous), j’ai été horrifié par cette banalité de la mort que la mafia sicilienne appliquait sur toute personne pouvant gêner son trafic de drogue en liaison avec les États-Unis.
Roberto Saviano, bien traduit par Laura Brignon, décortique tout ce trafic mais n’oublie pas de faire ressortir toutes les implications politiques que cette masse d’argent récoltée pouvait générer.
L’essentiel de la vie sicilienne est régie par la loi mafieuse au cours de ces années 1980 et 1990. Les entreprises, les commerces doivent passer sous les fourches caudines des clans qui tentent de monopoliser la perception des taxes et n’hésitent pas à tuer quiconque tente de résister.
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En 71 chapitres, tous datés et localisés, Roberto Saviano retrace le parcours de Giovanni Falcone dont la fin tragique est connue. L’énorme travail de recherche réalisé par l’auteur est détaillé en fin d’ouvrage. Toutes les sources sont citées. Lorsqu’il a pris la liberté de romancer certains passages de la vie privée ou pour narrer les entretiens sans témoin, il détaille sa façon de procéder. J’apprécie cela. Je reconnais que, dans un tel récit, c’est indispensable pour éviter de tomber sous les foudres de la critique.
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Roberto Saviano,(photo ci-dessus) dans son premier chapitre, m’emmène en 1943, ce qui lui permet de détailler l’organisation sociale en Sicile, à l’époque. Déjà, c’est une déflagration qui secoue le village de Corleone où Giovanni et ses trois garçons récupèrent les bombes américaines non explosées. Ils s’ingénient ensuite à les désamorcer. La vente du métal et de la poudre met du beurre dans les épinards. Lorsqu’un coup malheureux sur l’obus récupéré déclenche une formidable explosion, seul Salvatore, surnommé Totò u curtu « Toto le petit » (12 ans), survit. Son nom de famille est Riina et il deviendra un redoutable chef mafieux, celui qui décidera de supprimer Giovanni Falcone quarante-neuf ans plus tard.
1982 ; à Palerme (photo ci-dessus), le juge Falcone commence à récolter tous les documents bancaires prouvant l’activité souterraine de la mafia et son rôle déterminant dans le trafic d’héroïne. Aussitôt, on lui reproche de foutre en l’air l’économie palermitaine. Heureusement, son chef, Rocco Chinnici, qui dirige le pôle d’instruction, le soutient. Ce dernier n’hésite pas à intervenir à l’université de Palerme avec un médecin pour faire prendre conscience aux étudiants de l’engrenage mortel qui les menace. La présentation est simple, efficace et terrible à la fois. De l’opium à la morphine puis à l’héroïne, ce poison mortel rapporte gros, très gros, et il est toujours à l’œuvre aujourd’hui.
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Photo ci-dessus : Rocco Chinnici.
La situation, à Palerme (photo ci-dessous), est un vrai bourbier avec beaucoup d’implications, de liens secrets jusqu’au sommet de l’État. C’est une vraie fourmilière que Falcone bouscule avec une obstination admirable et un sens du devoir exemplaire. Heureusement, il n’est pas seul, soutenu aussi par le général dalla Chiesa, préfet de Palerme.
Rencontres, magouilles, circuits secrets permettant de faire passer ce poison de l’autre côté de l’Atlantique sont très au point. C’est une ronde infernale que Roberto Saviano démontre avec talent. Il redonne vie à ces magistrats intègres qui frôlent la mort chaque jour et qui savent qu’ils n’en réchapperont pas toujours malgré la protection policière. Le Maxi-procès qui a duré plus de vingt-et-un mois et s’est conclu le 16 décembre 1987, aurait dû être le point d’orgue de la carrière de Giovanni Falcone mais Cosa nostra a continué son œuvre mortifère ensuite et Falcone a continué à la combattre.
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Beaucoup de noms jalonnent le récit. C’est souvent complexe mais le souci du détail et de la vérité qui habite Roberto Saviano mérite d’être salué. Il mène parfaitement son roman et sait accrocher son lecteur, mettant en situation ses personnages avant de livrer les renseignements qui, petit à petit, permettent d’éclairer la lecture.
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Giovanni Falcone était un cœur pur et la terrible séquence détaillant la préparation des meurtriers et leur organisation m’a mis à rude épreuve. Il aurait suffi d’un moindre détail pour que toute la machination déraille…
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Francesca, son épouse, était à ses côtés dans la Fiat Croma blanche escortée par deux autres voitures. Giovanni Falcone avait tenu à conduire pour venir de l’aéroport à Palerme où ils avaient atterri, venant de Rome où ils travaillaient tous les deux.
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Il est 17h 56’ et 48 secondes ce 23 mai 1992 quand une explosion terrible met fin aux jours de cet homme qui voulait abattre Cosa nostra, l’organisation criminelle qui gangrenait la Sicile…
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Jean-Paul
