MENU

Sorj Chalandon : Le Livre de Kells

Le Livre de Kells   par  Sorj Chalandon.

Grasset (2025) 379 pages.

Rentrée littéraire 2025.

 

 

Lire Sorj Chalandon n’est jamais neutre. Chaque fois, il m’a transporté, ému ou bouleversé. Bien qu’ayant lu dix romans de cet immense écrivain : Une Promesse, Mon traitre, La Légende de nos pères, Retour à Killybegs, Le quatrième Mur, Profession du père, Le jour d’avant, Une joie féroce, Enfant de salaud et L’Enragé, j’ignorais que Sorj Chalandon s’était fait appeler Kells au début des années 1970.

 

Son ami Jacques, en vacances en Irlande avec ses parents avait campé dans la ville de Kells. Il lui avait envoyé une carte postale reproduisant une gravure médiévale : « Le Livre de Kells, chef-d’œuvre du catholicisme irlandais… » Sidéré par la beauté de l’œuvre représentée, Sorj choisit de s’appeler Kells alors qu’il a fui L’Autre, ce père brutal, admirateur du nazisme et farouchement d’extrême-droite.

 

 

Sans cesse, Kells fait référence à cet homme qui le hante et qui le dissuade de revenir à Lyon d’où il est originaire. Le Livre de Kells débute en mars 1970 et raconte seulement trois années de la vie de l’auteur mais trois années fondatrices pour cet homme qui a vécu intensément les luttes de l’extrême-gauche mais a surtout dû subsister difficilement dans les rues de la capitale.

 

 

Le ton du récit est simple car, avec beaucoup de sincérité, Sorj Chalandon (photo ci-dessus) laisse remonter à la surface un passé impossible à oublier. S’il parle avec effroi de son père, il n’oublie pas sa mère, femme effacée vivant sous la coupole d’un mari ultra-autoritaire. Lors de son départ avec un sac et quelques bricoles, elle réussit à le rejoindre en gare de Perrache pour lui donner 100 Francs, le fameux billet à l’effigie de Pierre Corneille.

 

 

Si Kells rêve d’Ibiza et de Katmandou dont on parle beaucoup à l’époque, il se retrouve dans la rue à Paris après un crochet par Les Saintes-Maries-de-la-Mer.

Commence alors une vie difficile pour Kells, obligé de voler pour se nourrir. Il dort sous les ponts, se fait dévaliser par plus ou moins malheureux que lui, subit le froid, la pluie alors qu’il vient d’avoir 18 ans.

 

 

La méfiance est de rigueur à chaque instant car il ne doit faire confiance à personne. Lorsqu’il s’aperçoit dans le reflet d’une vitrine, il ne se reconnaît pas. Comme dans ses précédents livres, l’écriture de Sorj Chalandon est efficace et envoûtante en même temps. Je suis emporté par ce qu’il décrit ou plutôt par ce qu’il me fait vivre. J’ai mal pour lui.

 

 

Dans la rue, il a son premier contact visuel avec la Gauche prolétarienne qui affronte les CRS, comme en mai 68 ; mais Kells est déçu car il croyait trouver plus de traces de ces événements. Il voit les militants vendre leur journal, La Cause du Peuple, dans la rue, et il le fait aussi bientôt.

 

 

Jusque-là, Kells a refusé toute drogue dure. Mais, dans un squat, une fille lui avait donné un buvard imprégné de LSD. Quelque temps après, dans une cave, il décide d’essayer… C’est un long voyage dans la folie, plein d’hallucinations. Tout chavire et c’est bien détaillé avec une plume inventive. Il est en même temps relié au réel et au passé familial. Le retour sur terre est très difficile…

 

 

Il parle d’Angela Davis, raconte ses 9 ans quand il voulait devenir prêtre et vénérait le curé d’Ars. Il fait allusion à la colonie pénitentiaire si bien racontée dans L’Enragé mais c’est le monde cruel de la rue qui domine car ses conditions de vie deviennent de plus en plus difficiles.

 

 

Kells est sorti de la rue grâce à la générosité de ses camarades d’extrême-gauche. Il s’est battu avec eux mais la désillusion approche. L’assassinat de Pierre Overnay, le drame de Bruay-en-Artois, le massacre de Munich (photo ci-dessus) et la lutte des Lip à Besançon remettent tout en question. C’est là que j’apprends comment Sorj Chalandon a mis un pied au journal Libération, Libé, alors que le coup d’État de Pinochet, au Chili, renverse un pouvoir démocratiquement élu avec le soutien de la CIA.

 

 

Le Livre de Kells est un livre très, très fort comme Sorj Chalandon sait parfaitement en écrire.

 

 

Un grand merci à Babelio et aux éditions Grasset.

Jean-Paul

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
M
Je l'ai réservé à la médiathèque et je suis par chance la prochaine sur la liste d'attente donc je l'aurai bientôt...J'ai lu tous les romans de Chalandon alors forcément celui-ci me tente aussi :)
Répondre
J
Sorj Chalandon est un écrivain tellement attachant et terriblement émouvant que, comme toi, je ne veux rater aucun de ses livres.
E
Merci, je le lirai car vous m'avez convaincue et aussi parce que j'aime tant cet auteur !
Répondre
Thème Magazine -  Hébergé par Overblog