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Thomas Cantaloube : Mai 67

Mai 67   par  Thomas Cantaloube.

nrf Gallimard, série noire (2023)  359 pages ; Folio (2025) 368 pages.

 

 

 

 

 

Cela fait du bien et s’avère fondamentalement nécessaire de se replonger dans l’Histoire récente du XXe siècle. Cela est d’autant plus instructif quand Thomas Cantaloube, fidèle à son habitude, le fait avec talent dans Mai 67 ; cela met en lumière des faits gravissimes mis rapidement sous l’éteignoir.

 

 

 

Ces événements se sont déroulés pour une partie en Guadeloupe le 20 mai 1967 où le roman se déroule avant de basculer en métropole pour m’amener aux péripéties de mai 68. D’ailleurs, Thomas Cantaloube aurait dû titrer son livre : De mai 67 à mai 68, cela aurait été plus juste.

 

 

 

Le prologue, d’emblée me fait vivre un fait divers révélateur de l’état d’esprit des békés, habitants d’origine européenne installés en Guadeloupe pour exploiter le travail des noirs, descendants d’esclaves  qui peuplent majoritairement l’île.

 

 

Raphaël Balzinc est âgé. Il vient chaque jour avec sa charrette pour clouter les chaussures de ses compatriotes. Cela leur permet de continuer à marcher sans se ruiner dans l’achat de chaussures neuves ou… de marcher pieds nus. Hélas, cela ne plaît pas  du tout à un certain Srnsky, européen d’origine tchèque, qui n’accepte pas cette concurrence alors que lui, dans son magasin, vend justement des chaussures neuves…

 

 

Il lance son chien sur Raphaël aussitôt défendu par des passants qui se font tous insulter, traiter de « sales nègres, de vauriens, de fainéants » et même de… «  communistes ! » Cela dégénère vite et les émeutiers tiennent la rue avant que certains tombent sous les balles.

 

 

Avec ces faits, Thomas Cantaloube rappelle des évidences vite oubliées : les esclaves amenés de force depuis l’Afrique ont beaucoup travaillé pour rendre l’île habitable ; ils ont durement contribué à l’enrichissement des propriétaires mais ils sont toujours méprisés et exploités.

 

 

Débute alors la valse des trois personnages principaux, personnages connus depuis Requiem pour la République et Frakas : Sirius Volkstrom, Luc Blanchard et Antoine Lucchesi. Tour à tour, chacun apparaît et permet de faire avancer une histoire marquée par la violence et l’attitude d’une République dont il est difficile d’être fier.

 

 

En mai 1967, Sirius Volkstrom travaille pour la CIA qui essaie de le pousser à recruter pour envahir CubaFidel Castro et ses « barbus » résiste à toute tentative de déstabilisation.

 

 

Luc Blanchard est un ancien policier devenu journaliste à France-Antilles. Il vit avec Lucille et leur petite fille : Célanie. Je ne cache pas qu’il est le plus sympathique des trois.

 

 

Le troisième héros de l’histoire se nomme Antoine Lucchesi, connu aussi sous le nom de Carrega dans Requiem pour la République. Corse d’origine, Marseillais de résidence, il convoie un voilier pour les Antilles, a des liens avec le Milieu marseillais, liens qu’il essaie d’évacuer.

 

 

L’humour caustique de l’auteur me régale lorsque, par exemple, il fustige les USA qui emploient toujours les grands moyens pour de piètres résultats. Thomas Cantaloube a des formules excellentes et peut être aussi très efficace lorsqu’il décrit les rouages des administrations, les compromissions et l’incapacité des dirigeants politiques qui négligent vraiment les Guadeloupéens.

 

 

J’apprécie le rythme du récit et la tension permanente qui me scotche à la lecture de Mai 67. Les rappels historiques sont fréquents et précieux comme le remplacement de Maurice Papon par Maurice Grimaud au poste de Préfet de police à Paris.

 

 

Je rencontre aussi les jeunes Antillais venus travailler en métropole et qui ne récoltent que des emplois subalternes. D’impressionnants témoignages sur la situation en Guadeloupe complètent le tableau avant que l’auteur me rappelle les fameux événements de Mai 68. Son style est efficace et sa lucidité impressionnante lorsqu’il compare l’attitude de De Gaulle à celle de Pompidou.

 

 

Mai 67, au travers des parcours de trois hommes, est un thriller politique et social qui a le mérite de mettre en lumière des faits ignorés ou soigneusement minorés. Une fois de plus, Thomas Cantaloube a réussi à me passionner et à raviver ma mémoire, ce que j’ai grandement apprécié.

 

 

Jean-Paul

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