Giuliano da Empoli : L'heure des prédateurs
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L’heure des prédateurs par Giuliano da Empoli.
nrf Gallimard (2025) 150 pages.
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L’heure des prédateurs de Giuliano da Empoli, en quelque sorte un essai littéraire, est une réflexion sur l’exercice du pouvoir, un roman en pleine liaison avec l’actualité, non l’actualité russe comme dans l’excellent Mage du Kremlin, mais l’actualité mondiale.
L’essayiste, romancier, ancien conseiller politique de Matteo Renzi alors qu’il était Président du Conseil italien, maintenant enseignant de politique comparée à Sciences-Po Paris, en fin observateur de la politique tant européenne que mondiale pour l’avoir approchée de très près, s’empare de la réalité, et analyse le profil des dirigeants du monde entier et la mutation en cours des démocraties confrontées aux nouveaux prédateurs issus du monde de la technologie, de l’intelligence artificielle et de l’information.
Pour écrire ce petit livre dans lequel il rend compte de ce qu’il a compris et vécu en tant que conseiller politique, donc en tant que témoin direct, de ce qu’est l’exercice du pouvoir, l’auteur n’hésite pas à comparer le comportement des responsables politiques des démocraties occidentales face aux conquistadors de la tech, à celui des aztèques du XVIe siècle : « Confrontés à la foudre d’Internet, des réseaux sociaux et de l’IA, ils se sont soumis, dans l’espoir qu’un peu de poussière de feu rejaillirait sur eux. »
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Le récit de ces faits, Giuliano da Empoli (photo ci-dessus) l’écrit donc, comme il le souligne, par images plutôt que par concepts, du point de vue et à la manière d’un scribe aztèque.
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Il le fait à travers les personnages de Mohammed ben Salmane (MBS) - photo ci-dessous - prince héritier d’Arabie saoudite, de Nayib Bukele, président du Salvador, de Javier Milei, président de la Nation argentine, de Donald Trump, président des États-Unis réélu, ou de Poutine dont le spectre est souvent présent au cours du récit, tous, des personnages brutaux, totalement décomplexés, pouvant utiliser la force pour imposer leur réalité, et cela sans aucune limite que ce soit dans la guerre militaire ou la guerre commerciale, et de façon irréfléchie et tapageuse.
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S’ajoutent à ces portraits inquiétants, ceux des patrons de grandes entreprises de la tech comme Elon Musk (photo ci-dessous), le milliardaire sud-africain, canadien et américain ou Sam Altman, cofondateur et PDG de OpenAl, l’entreprise à l’origine de ChatGPT.
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Avec l’alliance entre ces prédateurs politiques très extrêmes et les seigneurs de la tech qui n’ont qu’un désir, celui de balayer le système existant, on assiste quasiment impuissants à un vrai basculement. C’est l’alliance de la brutalité politique avec la puissance du numérique.
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Photo ci-dessus : Sam Altman.
Aujourd’hui, la compétition politique ne se déroule plus dans le monde réel, le débat public a déménagé en ligne, a basculé dans le numérique et le digital. Il se convertit en une véritable foire d’empoigne où la prime est à l’agresseur.
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Photo ci-dessus : Nayib Bukele.
La force serait-elle devenue un instrument essentiel pour gouverner ? C’est bien ce que pense l’auteur et il n’est qu’à voir :
« La guerre est à nouveau à la mode », « Et chaque jour, la guerre pénètre un peu plus à l’intérieur des frontières de l’Europe ».
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« l’idée même d’une limite à la logique de la force, de la finance et des cryptomonnaies, à l’emballement de l’IA et des technologies convergentes, ou au basculement de l’ordre international vers la jungle, est sortie du domaine du concevable. »
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Photo ci-dessus : Javier Milei.
J’ai fort apprécié les deux exemples concrets utilisés par Giuliano da Empoli pour montrer le pouvoir absolu des applications de l’intelligence artificielle, celui d’un livreur confronté à un événement imprévu et celui d’un maire, à l’application Waze, dont le bourg est soudain envahi de véhicules. Dans les deux cas, personne vers qui se tourner. Le bon sens et la sensibilité d’un être humain ont été délibérément écartés.
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L’heure des prédateurs est un bouquin fascinant et malheureusement trop réaliste, qui analyse et nous permet ainsi de comprendre ce nouvel ordre mondial qui se met en place devant nos yeux et qui menace nos démocraties.
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Photo ci-dessus : Matteo Renzi.
Si, chacun a une petite idée de ce qui est en train d’advenir de l’ordre mondial, où la réalité dépasse parfois la fiction, Giuliano da Empoli, l’analyse et le décrypte de manière simple et très étayée et dresse un constat alarmant et un tableau du monde plus noir qu’il n’a jamais été. De quoi faire froid dans le dos et laisser pessimiste.
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Néanmoins, les derniers mots de son ouvrage laissent entrevoir un espoir ténu.
Pour peu qu’on s’intéresse à l’actualité et par voie de fait un tantinet à la politique, ce bouquin s’avère indispensable pour bien comprendre les métamorphoses en cours.
Ghislaine
