Marin Ledun : Free Queens
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Free Queens par Marin Ledun.
nrf Gallimard, série noire (2023) 403 pages.
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Avec Free Queens, Marin Ledun fait prendre conscience de l’exploitation de ces jeunes femmes africaines plongées dans la prostitution et dont le corps est exploité avec un cynisme profondément scandaleux.
Si Free Queens débute à Paris, porte de Pantin, le 13 juin 2019, Marin Ledun me transporte vite au Nigeria, à Kaduna, dans le nord du pays où Boko Haram prospère, le 11 janvier 2020.
À Paris d’abord, Serena Monnier, journaliste au Monde, assiste à l’exploitation de prostituées nigérianes que des bénévoles tentent d’informer à propos des MST (maladies sexuellement transmissibles). À bord d’une BMW noire garée à proximité, deux proxénètes nigérians observent avant d’intervenir très violemment. Dans le bus de l’association, se trouve Serena Monnier qui fait connaissance avec Jasmine Dooyum, presque 15 ans, qui affirme sa volonté de vivre.
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C’est à Kaduna (photo ci-dessus) ensuite que deux policiers sans scrupule, membre du SARS (Special Anti-Robbery Squad), brigade spéciale de répression des vols, arrivent dans ce roman noir : Ira Gowom et son second, Vitalis Udo. Dans cette ville du nord, coupée en deux par le fleuve Kaduna, délaissée par le pouvoir installé à Abuja, la capitale, la Master Brewers Nigerian Incorporated possède la plus grosse usine fabriquant de la bière.
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Les dirigeants locaux de l’entreprise d’origine néerlandaise ne reculent devant aucun moyen pour imposer la First, leur boisson : ils utilisent des jeunes femmes pour stimuler les clients, passant très vite à la prostitution. Celles qui se rebellent sont vite corrigées et même supprimées comme cela vient de se produire pour deux d’entre elles.
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Entre aussi en scène Oni Goje, autre protagoniste important de Free Queens. Cet ancien policier, père de cinq enfants, a démissionné pour entrer à la sécurité routière (Federal Road Safety), photo ci-dessous. C’est lui qui découvre, dans une décharge, les corps de deux jeunes femmes, nues, sous une bâche. Le décor est planté et cette histoire va me passionner, m’intriguer, me révolter, m’angoisser, me terrifier aussi.
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Pendant ce temps, Serena Monnier arrive à Lagos, l’ancienne capitale. Jasmine Dooyum lui a raconté son histoire. Depuis le Nigeria, elle est passée au Niger puis en Lybie pour devenir coiffeuse en France. Elle a cru aux boniments d’Idriss, le passeur, l’a payé mais la chaloupe a chaviré en Méditerranée. Elle fut la seule survivante recueillie dans un camp de réfugiés où, hélas, elle a été enlevée, convoyée en train jusqu’à Nice où on lui a demandé de régler une dette de 35 000 € ! D’autres filles l’ont formée, l’ont battue pour la forcer à se prostituer. Après s’être échappée, elle a été retrouvée puis emmenée à Paris où elle a pu se confier à Serena.
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Décidée à enquêter sur le sort de ces jeunes filles exploitées sexuellement, Serena Monnier, à Lagos, rencontre Favour Egbe, cadre de Free Queens of Nigeria. Tout de suite, Serena apprend que le cas de Jasmine est banal dans ce pays gouverné par et pour les hommes. Jamais découragée, elle va au bout de son enquête, risque sa vie, malgré toutes les mises en garde, les menaces, les intimidations et la violence qui règne autour d’elle.
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Voilà le décor dans lequel se déroule Free Queens. Marin Ledun (photo ci-contre) maîtrise bien son sujet, me fait passer des deux flics corrompus à Oni Goje admirable de persévérance puis découvrir les lieux où boissons alcoolisées et filles se consomment à la fois avant de décrire le milieu des ultra-privilégiés qui, sans gêne aucune, ne se privent de rien. Il montre aussi comment vit la majorité du peuple nigérian dont les enfants rêvent d’Europe pour sortir de la misère.
Là-dessus, arrive la fameuse épidémie du Covid-19, un confinement synonyme de famine, de passe-droits aggravés par une mousson terrible pénalisant surtout les plus humbles.
Finalement, Free Queens est un roman social avant d’être un polar, méritant bien son qualificatif de roman noir. L’engrenage infernal dans lequel sont entraînées ces filles est bien démontré, l’appât du gain et l’assouvissement des désirs les plus vils passant au-dessus de tout sentiment humain. Misère et pauvreté sont hélas le lot de millions de personnes alors qu’une minorité de privilégiés se gavent au mépris de toute justice, ignorant le mot tout simple de : partage…
Jean-Paul
