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Mathieu Belezi : Cantique du chaos

Cantique du chaos   par  Mathieu Belezi.

 Pavillons / Robert Laffont (2025) 397 pages.

 

 

 

Ayant fort apprécié Attaquer la terre et le soleil de Mathieu Belezi, sur la conquête française de l’Algérie et les violences de cette époque, je ne pouvais faire l’impasse sur son dernier roman Cantique du chaos.

 

Un préambule en forme de poème, décrit un monde où la folie des hommes est à son apogée et le dérèglement climatique bien là. L’apparition de nuages annonciateurs d’un déluge va faire des milliards de morts et tout dévaster sur son passage.

 

Des années plus tard, des tyrans ont pris le pouvoir par la violence et imposent aux quatre coins de la planète de nouvelles formes d’esclavage.

 

 

 

La France est désormais gouvernée par l’imprédictible et brutale Générale-présidente.

Le Front ayant encore réduit les libertés individuelles, un homme, Théo Gracques, décide une fois pour toutes de rompre les amarres et se réfugie sur une île.

Il y rencontre deux jeunes enfants Joan et Hugo, puis leur mère Chloé Dumont.

Ancien tueur en série, hanté par la violence dont il a fait preuve dans le passé, il est aussi rapidement confronté à des fantômes aux yeux rouges.

Mais la Générale-présidente a également des plans pour l’île et, en quelques semaines, des centaines d’ouvriers sous le contrôle de soldats construisent un camp avec bientôt des miradors se dressant aux quatre coins. Une sorte de stalag concentrationnaire voit le jour.

 

 

Décidés à défier le destin et à vivre jusqu’au bout leur liberté, tous les quatre vont alors fuir, s’engager dans un périple à travers l’Italie où la démocratie a tout autant foutu le camp qu’en France, remplacée par une violence totalitaire religieuse, avant de pouvoir enfin, traverser l’Atlantique, et gagner l’Amérique.

 

 

Ils y découvrent que le déluge a emporté la presque totalité de la population, que c’est encore pire qu’en Europe et que les survivants se débrouillent comme ils peuvent pour oublier les millions de morts qui ont disparu dans les eaux du déluge, sans que les corps n’aient été retrouvés.

Partout, ils ne rencontrent que désolation et cruauté des hommes.

 

 

Parallèlement au récit de ce périple ou plutôt de cette fuite sans avenir, en alternance, Théo raconte sous forme de poème, un autre road-movie américain qu’il a vécu il y a des années de cela, avec sa compagne d’alors, Léonore.

 

 

Comme l’on aimerait que ce récit qui se déroule dans un monde imaginaire sous le contrôle d’un pouvoir totalitaire et tyrannique, après qu’une catastrophe écologique ait dégradé l’environnement et l’humanité, ne soit qu’une dystopie et un pur récit de fiction !

Hélas, de nombreux signes avant-coureurs d’un tel futur sont déjà présents dans notre monde d’aujourd’hui.

 

 

Si Cantique du chaos peut s’apparenter à un roman d’aventures, il est également un roman philosophique qui nous incite à réfléchir entre autres sur la violence qui semble inhérente à l’homme, sur le comportement des hommes lorsque tout repère social a disparu ou encore  sur les dérives possibles d’un régime totalitaire et également sur la fin du monde.

 

 

Si, dans un premier temps, on peut être désarçonné par l’écriture de Mathieu Belezi (photo ci-dessus), par ses phrases dépourvues de point, seulement des virgules, on est bien vite absorbé et emporté par ce flux verbal plein de lyrisme qui s’écoule avec force et fureur pour décrire la tragédie vécue et la violence rencontrée et qui donne vraiment un sentiment d’urgence.

 


Seuls, de nombreux retours à la ligne et les poèmes de son précédent voyage aux États-Unis avec Léonore  nous permettent quelques respirations.

 

 

Cantique du chaos de Mathieu Belezi est un roman crépusculaire, apocalyptique, habité par la mort, hanté par la survie dans lequel Théo est à la fois le témoin d’un passé révolu et d’un futur sans avenir.

 

 

S’il se lit comme un thriller, il fait extrêmement froid dans le dos car ce qu’il décrit est à nos portes.

Il me semble que ce bouquin aurait pu facilement faire partie des goncourables, tant par son thème que par son écriture.

 

Ghislaine

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