Anne Berest : Finistère
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Finistère par Anne Berest.
Albin Michel (2025) 424 pages.
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Roman ? Biographie ? Recherche généalogique ? Déclaration d’amour d’une fille à son père ? Points forts de l’Histoire du XXe siècle ? Finistère est tout cela et c’est d’une écriture remarquable comme Anne Berest me l’a prouvé déjà avec La carte postale.
Lors des Correspondances de Manosque 2025, je l’avais écoutée parler de Finistère, son nouveau roman, et j’avais très envie de le lire pour en savoir un peu plus sur cette histoire familiale, cette fois du côté paternel.
Anne, comme Isabel, sa sœur aînée, et Claire, sa cadette, avec qui elle a écrit Gabriëlle, a grandi à Paris ou tout près de la capitale. Pourtant, elle n’a pas oublié ces vacances en Bretagne, près de St-Pol-de-Léon dont la famille de Pierre, son père, est originaire.
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Petit à petit, Anne Berest va révéler cette histoire qui débute avec le voyage en train, le Paris-Brest, sept heures de trajet dans un wagon fumeurs. Cette précision me permet tout de suite de donner mon ressenti très négatif sur l’omniprésence du tabac, de la cigarette, tout au long du roman. Il y aura juste une éclaircie trop brève avec la Journée sans tabac mise en place lorsqu’Anne et Claire étaient à l’école primaire et cela a fort déplu à leur mère, Lélia…. Hélas, ce fut sans lendemain.
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Bien sûr, j’ai connu ces années où l’on fumait partout, dans les bureaux, dans les salles d’attente, pendant le Conseil municipal… mais cela, cette tabagie passive si écœurante, ne poussait pas tout un chacun à devenir fumeur. L’autrice a bien fait ne pas cacher cela mais elle parle aussi de cancer. Elle ne fait jamais le lien avec cette addiction, heureusement en net recul, mais, hélas, il y en a d’autres…
Découpant son récit en six livres, Anne Berest (photo ci-dessus) mène l’ensemble à un rythme soutenu avec de courts chapitres bénéficiant tous d’un titre et je suis vite captivé, happé par cette lecture.
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C’est en 1909, à St-Pol-de-Léon qu’Eugène Bérest, venu de St-Malo, s’affirme. Au fait, si je mets un accent aigu sur le premier e de Bérest puis s’il n’y en plus à partir de Pierre Berest, le père d’Anne, ce n’est pas une erreur de ma part. L’explication, très prosaïque, se trouve dans Finistère.
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C’est donc à St-Pol-de-Léon qu’Eugène Bérest crée un syndicat rural pour permettre aux paysans bretons de résister à la voracité des négociants qui exploitent leur travail. Ce même arrière-grand-père réussit aussi à faire installer une balance publique pour que les pesées ne souffrent aucune contestation et ne lèsent pas les producteurs.
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Cette coopérative, La Bretonne, se développe, pousse les paysans à se moderniser, à agrandir leurs terres, à raser les haies, à raboter les talus et l’on sait aujourd’hui que cela a causé d’énormes dégâts à la biodiversité.
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Eugène épouse Theresa, une anglaise, et ils ont deux filles avant que naisse, en 1922, le grand-père d’Anne Berest. Les mots bretons émaillent le récit et, très vite, le petit Eugène se révèle un brillant élève. Plus tard, il sera maire de Brest (1973-1977), photo ci-dessous.
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Anne Berest passe vite sur la Première guerre mondiale, arrive à la Seconde avec ces réfugiés qui affluent puis l’occupant allemand et la destruction de Brest par les bombes américaines. Eugène part étudier à Paris, lui qui veut étudier le grec. Son père l’accompagne pour l’inscrire au Lycée Henri IV. Il aurait préféré que ce fils assure sa succession à La Bretonne.
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Anne Berest découvre tout cela dans des carnets laissés par son grand-père mais elle tente aussi de parler avec Pierre, son père, avec qui elle a perdu le contact depuis son adolescence. De temps en temps, elle laisse de côté le rythme soutenu des événements pour revenir aux côtés de Pierre (photo ci-dessous) qui, hélas, est très malade. Il était un brillant chercheur, ingénieur général des Mines.
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Dans sa jeunesse, séduit par les idées révolutionnaires, il milite dans les mouvements d’extrême-gauche et c’est passionnant de vivre de l’intérieur les événements de Mai 1968. Anne Berest livre des pages impressionnantes où tout y est : un panel détaillé de la vie étudiante et lycéenne. Elle me fait même rencontrer André Lagarde, le co-auteur des manuels Lagarde et Michard, si utiles mais décriés plus tard.
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Finistère m’a donc captivé du début à la fin et je n’ai pas pu mentionner tous les bons moments, toutes les informations distillées au cours de ma lecture qui s’est terminée par un festival de phrases s’adressant à son père. Elles sont débordantes de sensibilité et d’émotion, commençant toutes par « J’ai aimé », phrases que je complèterai juste par :
j’ai beaucoup aimé lire Finistère !
Jean-Paul
