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Bruno Loth : La Fabrique des Insurgées BD

La Fabrique des Insurgées    1868 : La première grève d’ouvrières. 

BD par Bruno Loth.

Delcourt (2025) 125 pages.

 

 

 

Mars 1867, deux jeunes filles de la campagne ardéchoise prennent le train en gare de Chirols. Elles se rendent à Lyon pour y trouver un avenir meilleur. Un recruteur leur a dit de se présenter chez Bonnardel.

 

 

Camille espère ainsi avec son salaire pouvoir aider son père qui ne s’en sort plus depuis la mort de la mère. Pour Adelaïde, tous les sous gagnés iront pour son trousseau de mariage.

 

Embauchées dans une filature de soie comme ovalistes, c’est à dire comme ouvrières chargées de mettre la soie en écheveau,  elles travaillent douze heures par jour pour un salaire dérisoire,

 

Mal nourries, elles sont hébergées dans un dortoir insalubre pour lequel elles doivent payer une location  et doivent en plus subir l’humeur des contremaîtres et se plier à leurs désirs sous peine d’être renvoyées. Pour résister à tout cela, toutes les ouvrières  se serrent les coudes et font preuve d’une grande solidarité.

 

 

Un an plus tard, le père de Camille, ruiné, se pend. Tonin et Louison se retrouvant seuls, décident d’aller retrouver leur sœur Camille à Lyon.

 

 

Ainsi, Camille, son frère et sa jeune sœur se retrouvent mêlés à cet événement qui marquera un tournant dans l’histoire des luttes sociales en France : la première grève d’ouvrières.

 

 

En effet, les ouvrières indignées par les conditions de travail inhumaines qu’elles subissent, traitées de « grabottes », mauvaises ouvrières, fainéantes, en parler lyonnais, vont réclamer une augmentation et un peu plus de reconnaissance et de considération. Face au refus des patrons, elles entament une grève générale. Dans ce monde éminemment patriarcal, dirigé par et pour les hommes, elles vont néanmoins tenir tête aux patrons pendant deux mois, malgré la répression souvent brutale et le recrutement d’ouvrières italiennes pour briser la grève.

 

 

En mélangeant personnages fictifs et personnages réels, en les replaçant dans le contexte politique, social et économique de cette deuxième moitié du 19ème siècle,, en incluant quelques extraits de journaux locaux, Bruno Loth (photo ci-dessous) signe un ouvrage  remarquable, richement documenté, un vibrant témoignage sur ces oubliées de l’Histoire, ces féministes avant l’heure.

 

 

Y sont également évoquées la pauvreté dans les campagnes et la terreur que font régner les riches propriétaires sur leurs fermiers. C’est le début de l’exode rural. Autre fait marquant de l’époque, peu de femmes encore savent lire.

 

 

Les dessins dans un doux blanc et noir sont particulièrement réussis, exprimant de façon très réaliste avec des traits fins, les ressentis des personnages, que ce soit la fatigue, la douleur, la colère de ces femmes tout comme la fatuité, l’égoïsme, l’orgueil et la puissance dont se sentent investis ces nantis avides de pouvoir et d’argent et rendent compte de façon percutante de la violence du conflit.

 

 

Ce roman graphique particulièrement intéressant m’a permis de découvrir cette première lutte ouvrière féminine historique.

 

 

Je reste admirative devant le courage, la détermination et la dignité dont ont fait preuve ces pionnières dans les luttes féminines au travail, défendant leur condition professionnelle tout en revendiquant une société plus égalitaire.

 

Ghislaine

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G
Merci à toutes les 2 pour votre passage.<br /> Je ne peux que vous conseiller cette BD, vraiment très intéressante et enrichissante et dont le dessin m'a bien plu !
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D
Très intéressant je ne connaissais pas cet épisode et la BD a l'air top
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M
Une BD intéressante en effet. J'avais lu sur ce sujet un petit roman "Il n'y aura pas de sang versé" de Maryline Desbiolles que j'avais trouvé intéressant bien que je n'ai pas vraiment adhéré avec l'écriture de l'autrice...En tous les cas j'avais appris beaucoup de choses sur cette grève et ces femmes courageuses.
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