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Javier Cercas : Le Fou de Dieu au bout du monde

Le Fou de Dieu au bout du monde   par  Javier Cercas.

Traduit de l’espagnol par Aleksandar Grujičić et Karine Louesdon.

Titre original : El Loco de Dios en el fin del mundo.

Actes Sud (2023) 471 pages.

 

 

 

Quelle œuvre ! Quelle prouesse littéraire et philosophique a réalisé Javier Cercas en écrivant Le Fou de Dieu au bout du monde ! Je devrais ajouter œuvre religieuse et filiale car, bien sûr, tout ce qu’il relate, ce qu’il décrit tourne autour du pape François, ce Fou de Dieu raconté par un Fou sans Dieu comme l’auteur prend bien soin de se définir.

 

Ressort aussitôt de ce récit hors normes la question essentielle : est-ce que la mère de l’auteur, très âgée, lorsqu’elle mourra, retrouvera son mari au paradis, espoir qu’elle possède au fond d’elle-même ?

 

Personne n’est mieux placé, sur cette terre, pour répondre, que le pape, ce pape argentin, Jorge Mario Bergoglio, pape François élu par le conclave en 2013.

 

 

Bien traduit par Aleksandar Grujičić et Karine Louesdon Javier Cercas, l’affirme sans délai et le rappelle souvent afin d’écarter toute ambigüité : « Je suis athée. Je suis anticlérical. Je suis un laïc militant, un impie rigoureux. » Pourtant, il est dans l’avion qui emmène le pape et toute sa suite en Mongolie… au bout du monde.

 

Aux Correspondances de Manosque, avec sa verve et son sens du récit, Javier Cercas (photo ci-contre) m’avait captivé, amusé et motivé pour lire son dernier livre, après avoir dévoré Terra Alta, Indépendance et Le Château de Barbe-Bleue.

 

Aussi, je me suis lancé dans la lecture, lecture que j’ai trouvée longue et parfois fastidieuse. Le Fou de Dieu au bout du monde tente de décrypter ce que représente l’Église aujourd’hui sans oublier de rappeler son passé et d’envisager son évolution ; alors, Javier Cercas rencontre un nombre impressionnant de personnalités laïques et religieuses. Il accompagne le pape en Mongolie, réussit à s’entretenir avec lui mais ce n’est pas long comparé à toutes les discussions qu’il fait partager dans son livre.

 

 

C’est lors du Salon du Livre de Turin, le 21 mai 2023, que l’aventure a débuté lorsque Lorenzo Fazzini, responsable éditorial de la LEV (Libreria Editoria Vaticana), la maison d’édition du Saint-Siège, lui propose d’accompagner le pape François en Mongolie, un pays bouddhiste de trois millions d’habitants où l’on recense à peine mille cinq cents catholiques.

 

 

D’emblée, le récit est vif. L’auteur est direct, s’exprime sans fioritures, ajoutant beaucoup d’humour. Je suis vite passionné car il donne de nombreuses informations, prouve qu’il est bien documenté. Son portrait de Bergoglio, pape François en hommage à François d’Assise, est complet. Sa personnalité irrigue l’ensemble du récit jusqu’à l’énorme et très émouvante surprise finale.

 

 

Voilà donc Javier Cercas installé à Rome, près du Vatican. Chaque matin, il n’oublie pas de courir durant cinquante minutes, activité physique essentielle pour son équilibre ; je veux bien le croire.

 

Au plus près des lieux où vit un pape qui se dit anticlérical, l’auteur entame une série de rencontres grâce à Fazzini car on lui a promis qu’il pourrait aller partout, rencontrer qui il veut et poser toutes les questions qu’il désire poser.

 

 

Ainsi, il occupe les quelques jours précédant le décollage pour Oulan-Bator, la capitale de la Mongolie, avec diverses rencontres donnant lieu à d’intenses discussions à propos de la religion, de ses dogmes et de la vision du pape sur tous les problèmes qui se posent comme le célibat des prêtres, la place des femmes, les abus sexuels dans l’Église, etc… Il complètera ses investigations au retour.

 

 

Si Javier Cercas découvre de l’intérieur tous les rouages du Vatican, les discussions sont longues mais nécessaires pour comprendre son fonctionnement et la personnalité du pape. Tout cela est illustré par des détails pratiques intéressants mais c’est en Mongolie que je suis pressé d’arriver car le dépaysement est réel. J’apprends que ce que nous nommons yourte est appelée ger, là-bas, un type d’habitat ancestral et fondamental encore maintenant.

 

 

Si l’auteur ne manque aucune cérémonie officielle, il rencontre des missionnaires, ces religieuses et ces religieux qui tentent de s’imprégner de la vie locale, d’aider les plus pauvres, apportant ainsi le meilleur des témoignages pouvant permettre d’implanter un peu plus le catholicisme.

 

Fidèle à son habitude, Javier Cercas questionne pour savoir, pour connaître le vécu des missionnaires dans un pays à majorité bouddhiste. S’ajoute à cela la proximité de la Chine, voisin impressionnant auquel François ne manque pas de faire allusion dans un de ses discours.

 

 

Le Fou de Dieu au bout du monde m’a donné l’occasion de découvrir de l’intérieur le Vatican, de pousser très loin les débats philosophique et religieux grâce au sens du récit toujours impressionnant de Javier Cercas.

Jean-Paul

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jamais encore lu cet auteur, mais ça me donne envie
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