Laurent Mauvignier : La Maison vide
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La maison vide par Laurent Mauvignier.
Les éditions de Minuit (2025) 743 pages.
Prix Goncourt 2025.
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Quelle aventure ! Quelle prouesse littéraire a réalisé Laurent Mauvignier en écrivant La Maison vide, son histoire familiale recouvrant quatre générations, avec si peu d’éléments !
En ouvrant ce livre d’un volume impressionnant, je savais qu’il avait été couronné par le prestigieux Prix Goncourt mais j’ignorais que je me lançais dans une histoire aussi captivante.
Laurent Mauvignier le confie à plusieurs reprises : il écrit cette histoire avec très peu d’éléments, il invente, il romance « à partir de faits vérifiés ».
Un prologue que prolongera l’épilogue, me fait entrer dans cette maison vide, bien réelle, où il vient passer des vacances en famille. Il cherche car il sait que son arrière-grand-père paternel, Jules Chichery, né en 1880, a été décoré de la Croix de guerre et de la Légion d’honneur après ses faits d’armes en Argonne où il est tombé le 18 mai 1916. D’ailleurs, le monument aux morts de La Bassée a été payé par sa famille, la plus riche du secteur, et la statue installée sur le monument représente Jules en vaillant combattant. Souvent négligé, le rôle essentiel des femmes durant cette guerre est démontré de façon très concrète.
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Très vite, je fais connaissance avec plusieurs membres importants de la famille : la tante Colette, le grand-père André, l’arrière-grand-mère Marie-Ernestine, l’épouse de Jules, et leur fille, grand-mère de l’auteur, Marguerite (1913 – 1954). Tiens, justement, sur une photo de groupe retrouvée dans un tiroir, son visage a disparu, a été découpé. Il en est de même sur d’autres photos. Il va falloir découvrir l’explication de ce fait étrange, reconstituer le puzzle familial, rappeler au passage le nom de l’arrière-arrière-grand-père, Firmin Proust … aucun lien de parenté avec un célèbre écrivain…
C’est donc parti avec Marie-Ernestine qui a 11 ans. Elle a deux frères ; Paul, l’aîné, est curé, alors que son cadet, Anatole, est « une fille manquée ». Ces deux-là disparaissent très vite pour ne réapparaître furtivement que plus tard.
Laurent Mauvignier (photo ci-dessus aux Correspondances de Manosque 2016) reconstitue, remet en place, fait revivre ses ancêtres, détaille leur psychologie, n’oublie pas de bien rappeler le contexte historique car La Maison vide traverse deux guerres mondiales et le Front Populaire. L’écriture est vive, entraînante, révèle un talent fou pour mettre en scène chacun des personnages. Il fait partager leurs émotions, leurs impressions, leurs sentiments, leurs amours, leurs colères et surtout la passion de Marie-Ernestine pour le piano, piano qui est toujours là quand la famille de Laurent Mauvignier investit cette maison qui domine les alentours.
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Je note au passage une mise en page originale pour les dialogues et ça se lit très bien. C’est en explorant La Maison vide mais toujours meublée que Laurent Mauvignier découvre des traces et comprend que, dans sa famille, il y a des faits que l’on essaie de taire. Est-ce par mépris, par haine ? Il veut tenter de comprendre.
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Personnage central d’une bonne partie du roman, Marie-Ernestine ne réussit pas trop à m’émouvoir, même si l’éducation très stricte imposée par les religieuses du couvent où elle est interne, laisse forcément des traces. Florentin, son professeur de piano, pourrait me toucher mais il me déçoit beaucoup alors que Jules fait preuve d’une extraordinaire persévérance pour obtenir la main de Marie-Ernestine, comme Firmin, son père, l’a décidé. Au passage, je ne peux que signaler la séquence extraordinaire vécue chez le notaire lors de l’ouverture du testament de Firmin en présence de ses trois enfants : Paul, Anatole et Marie-Ernestine, plus Jeanne-Marie, sa veuve.
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Il est difficile d’en dire davantage pour ne rien divulgâcher mais il faut que je souligne encore l’excellente description de l’exode lorsque les nazis envahissent notre pays. Il se trouve que la ligne de démarcation passe par La Bassée et que les Allemands s’installent alors que Rubens, le fils de Lucien, le notaire, et André, le mari de Marguerite sont prisonniers en Allemagne. Marguerite ne supporte pas cette longue séparation et veut à tout prix que son homme revienne… Violence, amour, haine, ragots, mensonges, tout y est avec, en plus, cette épuration qui n’arrange rien.
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Laurent Mauvignier (Autour du monde) est un fameux conteur et il le prouve tout au long des 743 pages de son roman : La Maison vide, un impressionnant récit qui m’a passionné de bout en bout.
Jean-Paul
