MENU

Anthony Passeron : JACKY

JACKY    par  Anthony Passeron.

Grasset (2025) 204 pages.

 

 

 

Dans Jacky, son deuxième roman après Les enfants endormis, Anthony Passeron mêle son histoire personnelle à l’évolution des jeux vidéo. Il l’avoue dès les premières pages : « Les jeux vidéo se sont imposés comme une balise, un repère incontournable pour écrire le roman de la disparition de mon père. »

 

Dans le premier chapitre qui se déroule en 1997 nous découvrons des ados traînant dans un dépôt-vente tenu par une famille de brocanteurs, espérant y dénicher quelques  cassettes, disques ou bandes dessinées. Et voilà que des jumeaux, l’auteur et son frère,  dégotent  un vieux skate-board, le leur, leurs prénoms étant inscrits au marqueur noir sous la planche, puis découvrent les vêtements, les magazines de jeux vidéo, tout ce qu’ils avaient dû abandonner le jour où leur père les avait mis à la porte de chez lui.

 

 

 

D’abord effarés, une pensée jaillit : l’Atari ! Hélas, leur Atari 2600, le gérant se souvient l’avoir cédée pour trois fois rien à un collectionneur de la côte…

 

 

Dans cette autofiction, l’auteur revient alors sur sa cellule familiale, sur son enfance et son adolescence. Il revient à Noël 1989, le Noël de ses six ans, un Noël matriciel comme il le nomme, où son frère et lui reçurent une console de jeux, une Atari 2600, avec mention « Space Invaders inclus ! », l’un des jeux emblématiques de la console. Une passion va naître transmise par leur père Jacky, la passion des images cathodiques.

 

 

Trois parties, Atari 2600, Nintendo Entertainment System et Sega Mega Drive composent ce roman dans lequel est auscultée, dans les années 1980 – 1990, la relation entre un père et ses fils à travers l’évolution des jeux vidéo. Ce sont également les blessures du silence qu’Anthony Passeron essaie de décrypter.

 

 

Le père, Jacky, figure principale du roman, avait dû quitter l’école très jeune pour commencer un apprentissage de boucher dans le magasin familial. S’inscrivant ainsi dans le sillage des siens, il gardait un sentiment d’amertume d’avoir dû rester dans ce  village niché dans une vallée de l’arrière-pays niçois.

 

 

Il essayait de faire sentir à ses fils la chance qu’ils avaient d’appartenir à une génération nouvelle et à celle d’un monde qui changeait enfin. Il aurait souhaité avoir des fils capables de se battre et de se défendre, quand ceux-ci n’avaient aucune aspiration à mettre leurs adversaires à terre.

 

 

Malgré son métier qui lui laissait très peu de temps auprès de ses enfants, avec ce cadeau, il leur fait découvrir un autre monde dans lequel ils trouveront refuge quand des drames frapperont bientôt le plus jeune de leurs oncles et leur cousine Émilie. Hélas, il va peu à peu s’en détacher et s’en désintéresser, jusqu’à ce qu’il quitte brutalement la maison.

 

 

 

Jacky est un roman pudique, poignant et fort intéressant sur la relation père-fils. Empreint de nostalgie, de mélancolie, il est également très intéressant par ce lien que le père tisse avec ses enfants avec les jeux vidéo.

 

 

L’auteur, avec une écriture claire et limpide, décrit fort bien ces dernières décennies du XXème siècle,  montrant comment en quelques années, à l’entrée de Nice, la société a patiemment acheté des terres à des familles de maraîchers pour trois fois rien, y faisant surgir les hypermarchés attirant les habitants de l’arrière-pays « On y vendait la viande au prix auquel mon grand-père la payait aux éleveurs avant d’abattre les bêtes », et comment en même temps les foyers accédaient à la voiture individuelle, à la télévision …

 

 

Anthony Passeron (photo ci-dessus) n’oublie pas de mentionner le développement gigantesque des stations de ski et tout ce qui a été mis en place pour pallier le manque de neige. Le Sida qui va toucher des membres de sa famille, ébranlant leur cohésion est également évoqué de manière très pudique et très poignante.

 

 

 

N’étant pas du tout fan de jeux vidéo, j’ai beaucoup moins aimé le récit historique de la naissance de ces consoles. J’ai cependant beaucoup appris sur ces inventeurs, des jeunes passionnés, mais hélas, le récit, là, s’apparentait pour moi à de la description style Wikipédia.

Avec cette figure du père très complexe et ambivalente, Jacky d’Anthony Passeron restera pour moi une autofiction sobre et sensible et un subtil roman d’apprentissage conduisant son auteur, de la tendresse de l’enfance aux désillusions de l’adolescence.

Ghislaine

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Thème Magazine -  Hébergé par Overblog