Frédéric Sallée : Les Enfants du pays
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Les Enfants du pays par Frédéric Sallée.
Flammarion (2025) 250 pages.
Prix Valérien Essai 2025.
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Devant une photo montrant des membres d’un Einsatzkommando abattant une femme juive portant son enfant dans les bras, à Ivanhorod, présentée par leur professeur d’histoire, Frédéric Sallée, des élèves de terminale sont en train de réfléchir aux aspects méthodologiques de l’analyse photographique en histoire : qui a pris la photo? dans quel but ? Quel contexte ?, quand une élève pose la question suivante : « Pourquoi ne pas étudier une photo où l’on sait qui sont les personnes et ce qu’elles sont devenues ? »
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Cette question paralyse l’enseignant et l’incite à s’interroger sur son propre passé et à se pencher sur le cas de son cousin, Georges Faure sur lequel le souvenir de la guerre s’était cristallisé. Le jeune homme, 17 ans, dont il ne possède que deux photos, aurait été raflé parce qu’il était apprenti dans une pharmacie tenue par des patrons juifs et déporté à Auschwitz. Il pressent derrière cette histoire d’apparence simple, un lourd secret.
L’auteur va alors enquêter sur cette rafle menée par un groupe de miliciens, accompagnés de la Gestapo de Saint-Étienne et d’un détachement de la Feldgendarmerie de Privas, qui eut lieu le 13 avril 1944 dans le petit village ardéchois de Vernoux-en-Vivarais et au cours de laquelle, outre son cousin Georges, dix autres personnes furent arrêtées, l’instituteur, le prêtre et son vicaire, des notables, des résistants et des Juifs.
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Conduits d’abord dans les locaux de la Gestapo à Saint-Étienne, c’est en terre lyonnaise, à la prison du fort de Montluc que leurs destins vont se disperser géographiquement et ce, dans toute l’Europe.
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Frédéric Sallée (photo ci-dessus) est bien conscient qu’arriver avec des fragments épars de vies cassées disséminées dans toute l’Europe, à relier onze destins aux origines aussi diverses relève de l’hypothétique.
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Il lui a fallu énormément de ténacité, de patience et un œil aguerri pour trouver trace dans les archives de ce jeune Ardéchois mais aussi beaucoup de pédagogie pour pouvoir faire travailler ses élèves sur les documents qu’il avait pu collecter concernant les autres victimes de la rafle, leur offrant une plongée dans l’intimité de l’histoire.
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Son récit dévoile les modalités de l’enquête, les différentes étapes, toutes les difficultés rencontrées et rend compte de l’incroyable dissemblance du devenir de chacun. Son enquête le mènera de l’Ardèche aux confins de l’Allemagne, des terres de la Shoah jusqu’au Goulag sibérien où semble avoir fini le docteur Maurice Hamburger, l’un des Juifs.
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Ainsi, Frédéric Sallée montre, comment, à partir d’une histoire locale, familiale, d’une histoire intime et tragique se déroulant dans un département français, il est possible d’arriver à une histoire universelle.
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À travers ce récit poignant et émouvant, il aborde la question de la transmission de mémoire, comment enseigner l’histoire de la Shoah mais également la question de la préservation de cette mémoire pour les jeunes d’aujourd’hui.
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En reconstituant cette histoire, Frédéric Sallée, historien, spécialiste de l’histoire du nazisme et de la Shoah ne se doutait pas qu’elle bouleverserait à jamais sa façon d’enseigner.
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Dès les premières pages de l’ouvrage, j’ai été surprise et très émue de découvrir cet événement historique qui s’est déroulé dans ce village de Vernoux relativement proche de mon domicile et dont je n’avais jamais entendu parler.
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Pour bien définir le contexte historique dans lequel se déroule la rafle du 13 avril 1944, l’auteur se devait d’évoquer le rôle de cet homme politique local, ce triste personnage qu’a été Xavier Vallat (photo ci-dessus), député de la deuxième circonscription de l’Ardèche, devenu commissaire général aux questions juives.
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Si l’on aimerait pouvoir rayer cet homme de nos mémoires, il en est un, Ardéchois d’adoption que Frédéric Sallée cite à plusieurs reprises et qui le mérite amplement, c’est Jean Ferrat, Jean Tenenbaum et son inoubliable et tellement bouleversant Nuit et Brouillard…
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J’ai été captivée et fascinée par cette enquête menée par l’auteur-professeur ainsi que par ses élèves, bouleversée par les souffrances endurées par les victimes, souffrances physiques mais aussi morales que l’auteur parvient avec beaucoup de sensibilité, avec des mots simples, à nous faire ressentir. Ainsi, pour exprimer ce que peut éprouver Georges lorsqu’il arrive au camp de Neuengamme : «c’est ne pas savoir où l’on est, mais surtout ne pas savoir où l’on va aller », ou encore « La matité de ses yeux se perd désormais en transparence tant l’agitation du camp tranche avec la quiétude ardéchoise. »
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J’ai également été particulièrement intéressée par la dimension didactique et pédagogique de cet essai, Les Enfants du pays, pour lequel Frédéric Sallée a obtenu le prix Valérien Essai 2025.
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Écrit dans un style clair, même si le vocabulaire est parfois soutenu, Les Enfants du pays de Frédéric Sallée est un bel ouvrage de littérature, très touchant et accessible à tous, qui contribue à la transmission de l’histoire et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale.
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Un immense merci à Simon !
Ghislaine
